" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

samedi 28 mars 2015

28, fauvettes grisettes, dernier arrêt avant le Sahara

2015 03 28 16h55, fauvette grisette dans un balanites aegyptiaca en fleurs, derrière le Ranch de Bango / © Photo par Frédéric Bacuez

* Le tour du Ranch de Bango-

16h25-18h15-
A pied.
Temps: bien plus chaud qu'hier...

Plus on cause de l'impérieuse nécessité de planter et de préserver le couvert arboré... plus... on coupe et déboise ! Les gens du terrain le vérifient, partout, même si le spectacle industriel de la déforestation amazonienne ou les incendies qui ravagent chaque année les latitudes pré-guinéennes d'Afrique sont plus télégéniques que l'éclaircissement quotidien des petites brousses et le raccourcissement des arbustes dans la savane soudano-sahélienne... Et pourtant ! Jamais on a autant haché, coupé, déchiqueté, décapité, déraciné, et même dessouché, sur les marges sahéliennes ! Jamais les charbonniers et les experts de la machette n'ont autant travaillé ! Seuls les hébétés s'en étonneront: mais l'explosion démographique dont tout le monde se contrefiche, en Afrique, fait son oeuvre - et c'est l'environnement qui en prend plein la gueule ! Comme une lèpre, elle s'étale, s'infiltre partout, gagne tous les terrains... Populations ahuries d'ignorance et de précarité, abandonnées à leur misérable destinée, contraintes de survivre dans des pays qui ne cessent de chanter le "progrès" tcha tcha - son "développement" et sa "croissance"- depuis les quartiers kitsch de la capitale... C'est en tout cas la croissance exponentielle de l'oignon, ici dans le delta sénégalais ! Tout le monde cultive les oignons, on finit même par se demander si on ne les croque pas comme on croquait... les arachides, en d'autres temps ! Pas la moindre parcelle plus ou moins éloignée de l'eau qui ne soit pas débroussaillée pour y faire fleurir le bulbe à la mode ! Petites gens d'un coté manipulées par les prédateurs de toutes les chapelles (chefferies affairistes, religieux immoraux, petits commerçants cupides, fonctionnaires véreux, politicards profiteurs), et de l'autre laissées à leur débrouillardise et aux espérances illusoires qui vont avec, dans des sociétés individualistes au possible et dans lesquelles chacun fait ce qu'il veut, comme il veut, où il veut - et comme il peut. Bref...

Le Ranch de Bango, bientôt un îlot au milieu de... rien

Il y a quelques années, se rendre au Ranch de Bango c'était un peu retrouver Dame nature aux portes de Saint-Louis, au bord du Lampsar et au milieu des boisements de prosopis ou de myrobolans d'Egypte,... Les grands arbres, les jolis chevaux, les p'tits oiseaux, la passée des canards pour aiguiser l'appétit de sa clientèle de Tartarins, sa piscine pour les unes, son bar pour les autres... L'hôtel ressemble aujourd'hui à Fort Bravo, derrière ses murs hérissés de barbelés: alentour, les petites brousses disparaissent, assaillies de toutes parts - inévitablement on entend les coups mortels sur le tronc des arbres... Du coté bangotin, les tas de briques annoncent que les dernières parcelles vierges seront bientôt murées tandis que sur la berge du Lampsar, les terrassements attendent de nouvelles demeures privées, blanches ou noires, avec vue directe sur les typhas... Du coté de Sanar, le maraîchage de subsistance vient buter sur les grilles d'une exploitation de tomates qui change régulièrement de nom mais pas de destination: l'Europe de contre-saison...

Ci-dessous: 2015 03 28 autour du Ranch de Bango, le déboisement s'accélère... Au loin, Sanar s'étend... 
© Photos par Frédéric Bacuez
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Les fauvettes grisettes, très sensibles aux aléas climatiques

C'est dans les myrobolans (alias dattiers du désert, balanites aegyptiaca) épargnés par la furia qu'en cette fin de journée, des fauvettes grisettes (sylvia communis ssp. communis) se regroupent après un après-midi bien chaud. Dans un vénérable balanites qui survit à l'angle sud du Ranch, bien que du mauvais coté du mur qui ceinture l'hôtel comme comme un camp retranché (cf. photos ci-dessous et en haut de notule), il y en a jusqu'à cinq ensemble se disputant âprement les proies, se poursuivant comme si la parade nuptiale avait déjà commencé ! Les arbres, hélas symptomatiques de terres dégradées par le bétail, sont en début de floraison; ils attirent donc de nombreux insectes et les fauvettes en profitent pour se gaver avant d'entamer la partie la plus délicate de leur voyage prénuptial vers le nord: la traversée du Sahara. Si la grisette peut se rencontrer de fin août à fin avril partout au Sénégal et dans l'Afrique essentiellement soudano-sahélienne, le bas-delta sénégalais héberge un fort contingent de l'espèce car cette fauvette affectionne tout particulièrement "la steppe arbustive épineuse" (in Morel G. J. & M.-Y., Les oiseaux de Sénégambie); les grisettes françaises sont d'ailleurs réputées hiverner strictement au Sahel. On les rencontrera, avec la fauvette passerinette (sylvia cantillans), y compris aux abords immédiats du fleuve Sénégal, dans les boisements nains de la plaine alluvionnaire. Ce soir, une grisette se permettait de poursuivre une cisticole roussâtre (cisticola galactotes ssp. amphilectus) jusque dans les premiers roseaux limitrophes du Lampsar !

" Elle ne demande rien, la Grisette, 
quelques ronces entourées d'herbes folles suffisent à son bonheur. 
Mais 
son idéal ne cadre malheureusement pas avec celui du 'propre en ordre' helvétique, 
qui ne laisse aucun répit aux moindres broussailles "


Les fauvettes grisettes du jour me paraissent bien maigrichonnes, à l'exception peut-être de l'une de celles qui se sont brièvement poursuivies jusque sur les fils barbelés (cf. photo ci-dessous à g.). Peut-être une majorité de jeunes sujets mais à la vérité pas très dodues pour prendre la voie transsaharienne, dans les prochains jours. La sécheresse qui a succédé à une très mauvaise pluviométrie a certainement eu des conséquences néfastes sur les stocks d'insectes, de larves et autres araignées de la brousse dont se gavent nos grisettes lors de leur séjour subsaharien. On sait que les grandes sécheresses des années '70 et '80 avaient eu un impact désastreux sur la dynamique de population des grisettes, ici au Sahel - avec une forte mortalité subsaharienne- et surtout en Europe dont on sait, depuis peu, que la reproduction des passereaux migrateurs au long cours dépend fortement des capacités d'accueil (alimentation, climat, environnement) sur leurs sites d'hivernage ! Depuis une décennie, après une reprise très nette des effectifs dans les années '90 (on estime le nombre européen de grisettes à 14 millions de couples nicheurs, in BirdLife International 2006), on assiste à un nouveau recul de la fauvette grisette suite à l'uniformisation impitoyable des campagnes, et à l'éradication des buissons, haies, friches, lisières forestières: au cordeau, la vieille Europe hygiéniste comme un parking d'hypermarché ! La France a précautionneusement classé le passereau sur sa Liste rouge nationale des espèces menacées de disparition (UICN/France), dans la catégorie 'NT/Near Threatened-Quasi menacée' tandis que la Suisse n'hébergerait plus qu'un millier de couples nicheurs... L'avenir est gris, pour ce petit oiseau qui a tant inspiré écrivains et poètes (Lire ICI ou ci-après)... Oiseau, poète, à quoi ça sert, ces trucs-là, d'abord ?

Huit espèces de fauvettes dans le bas-delta

Au Sénégal, c'est le bas-delta du fleuve, entre le lac de Guier et la vallée fossile du Ferlo, à l'est, et le Gandiolais, à l'ouest, qui accueille en hiver le plus grand nombre d'espèces de fauvettes paléarctiques: jusqu'à 8 espèces, dont certaines y stationnent en nombre considérable, comme la fauvette passerinette. Trois d'entre elles ne seront observables au Sénégal qu'ici, dans cet extrême nord-ouest du pays: la fauvette à lunettes; la fauvette mélanocéphale; et, éventuellement, la fauvette babillarde.

Par ordre de fréquence:
  1. Fauvette passerinette (sylvia cantillans ssp. cantillans et inornata): début août/fin avril; rares estivantes. La plus commune des sylvidés, parfois très commune, en particulier dans le bas-delta et le Walo.
  2. Fauvette grisette (sylvia communis): fin août/fin avril. La "population considérable" qui hivernait dans la vallée du fleuve a... considérablement décliné, depuis les années '70 du siècle passé.
  3. Fauvette à tête noire (sylvia atricapilla): pas avant le 15 octobre/printemps. Populations fluctuantes en fonction de la rigueur hivernale dans le bassin méditerranéen. Hiverne notamment dans la vallée du fleuve, avec une préférence pour les jardins. Quelques non reproducteurs estivent.
  4. Fauvette des jardins (sylvia borin): bien visible lors de la migration postnuptiale (mi-septembre/fin novembre), moins au printemps (avril/début mai). Si elle hiverne au sud de la zone soudanienne, elle vagabonde volontiers à l'automne et même à partir de février dans la vallée du fleuve Sénégal, lors de la remontée.
  5. Fauvette orphée (sylvia hortensis): passage postnuptial, mi-septembre/fin octobre; migration prénuptiale, mars/mai. Hivernage localisé dans les steppes arbustives et en particulier sur les cordons dunaires arborés du Dieri où elle peut être alors assez commune.
  6. Fauvette à lunettes (sylvia conspicillata): période de stationnement imprécise, peut-être plus erratique qu'hivernante; certaines années, pas rare. Notamment dans le Gandiolais.
  7. Fauvette mélanocéphale (sylvia melanocephala): peut-être novembre/mars, rare hivernante, affectionnant les buissons de tamarix et de salicornes, par exemple dans la plaine alluvionnaire, mais aussi, parfois, les jardins.
  8. Fauvette babillarde (sylvia curruca): rare à épisodique hivernante (octobre/mars), exclusivement dans la basse vallée du fleuve, de la vallée du Ferlo au Walo, évitant le littoral.
Sources: 'Les oiseaux de Sénégambie', notices et cartes de distribution, par Gérard J. & Marie-Yvonne Morel

Lire aussi: Migraction.net/Fauvette grisette
Et Ornithomedia.com/Distinguer-fauvettes-grisette-lunettes-passerinette

Ci-dessous: 2015 03 28, deux fauvettes grisettes sur les fils barbelés du Ranch de Bango 
/ © Photos par Frédéric Bacuez
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" Elle vole et c'est pourtant un petit fauve, d'où son nom de fauvette, qui se prononce en faisant circuler énormément d'air entre les lèvres. Elle est petite et ses yeux sont souvent tristes à force de voir le monde d'en haut, ce qui n'est pas forcément un avantage, à en croire certains corbeaux qui ne volent que sur le dos. Il est déconseillé de regarder la fauvette droit dans les yeux afin de ne pas se laisser gagner par son humanité de plume, plus rouge que la gorge de la frégate, plus tranchante encore que le bec acéré de l'aigle, plus infiniment délicate que le bleu dont le martin-pêcheur s'entoure. La parure de la fauvette est d'air et de musique d'air, impalpable et gracieuse, et ses yeux tristes se contentent de la chanter silencieusement, avec la constance perçante des vestales et des rancœurs farouches, de celles qu'on ne trouve que dans les flaques d'eau de pluie. Croiser le regard de la fauvette, c'est se retrouver trempé jusqu'aux os d'une vérité plus insupportable que celle que livrent certains miroirs à certaines heures, lorsque la lumière décroît et que le froid s'installe. Il est des fauvettes qui se refusent à voler afin de ne pas froisser la sensibilité extrême des humains qui les fréquentent. Elles cachent alors leurs ailes dans les replis de leur pardessus à capuche, ce qui leur donne un petit air bossu et des grâces de provinciale phtisique dignes de certains personnages de Flaubert. On les reconnaît au fait qu'elles parlent comme on vole lorsque l'on sait voler, avec de brusques changements de cap et des précisions d'avion de chasse britannique. Leur conversation est un enchantement et la douceur de leur propos donne envie de leur caresser les plumes d'une main prudente, pour ne pas les ensauvager."
- Michel Hardy

OISEAUX / 35 espèces cochées, 4 sp. entendues
MAMMIFÈRES / 1 espèce cochée
REPTILES / 1 espèce vue
AUTRES / 1 espèce vue

Vu:
  • Cormoran africain (phalacrocorax africanus ssp. africanuslong-tailed cormorant) [Lampsar 'doux']
  • Héron garde-bœuf (bubulcus ibis ssp. ibiscattle egret), 1 ind. en vol AR
  • Héron pourpré (ardea purpurea ssp. purpurea, purple heron), 1 ind. en vol 
  • Milan parasite (milvus parasitusyellow-billed kite)
  • Francolin à double éperon (francolinus bicalcaratus, double-spurred francolin), 1 ind. 
  • Jacana à poitrine dorée (actophilornis africanaafrican jacana)
  • Oedicnème du Sénégal (burhinus senegalensis, Senegal thick-knee), 20+ ind. (cf. photos ci-dessous)
  • Vanneau éperonné (vanellus spinosus, spur-winged lapwing), 2 + 2 + 2 ind.
  • Tourterelle maillée (streptopelia senegalensis ssp. senegalensis, laughing dove)
  • Tourtelette d'Abyssinie (turtur abyssinicus, black-billed wood dove), 1 ind.
  • Pigeon roussard (de Guinée, columba guinea ssp. guineaspeckled pigeon), vols du soir [hinterland>delta]
  • Tourterelle pleureuse (streptopelia decipiens ssp. shelleyiafrican mourning dove)
  • Martinet des maisons (apus affinis ssp. aerobateslittle swift), 6 ind. chassent à la verticale du Ranch
  • Martinet des palmes (cypsiurus parvus ssp. parvus, african palm swift), 2 ind.
  • Martin-chasseur strié (halcyon chelicuti ssp. chelicuti, striped kingfisher), 1 ind. sur le fil télégraphique répond à 1 autre ind. invisible (cf. photo ci-dessous)
  • Alcyon pie (ceryle rudis ssp. rudis, pied kingfisher), 1 à 2 ind.
  • Guêpier nain (merops pusillus ssp. pusilluslittle bee-eater)
  • Guêpier de Perse (merops persicusblue-cheeked bee-eater), plusieurs ind. dans le ciel [du Ranch et alentour]
  • Calao à bec noir (tockus nasutus, african black-billed hornbill), 1 + 2 ind. immatures à la cime d'un grand eucalytus
  • Barbican de Vieillot (lybius vieillotii, Vieillot's barbet), 1 ind. [sur un arbre en lisière de typhaie]
  • Hirondelle de rivage (riparia ripariacommon sand martin)
  • Hirondelle rustique (hirundo rusticabarn swallow), 5 ind. adultes en vol à 18h
  • Bergeronnette grise (motacilla alba, white wagtail), 1 ind. en mue nuptiale [ancien site de tournage du film 'Coup de torchon'] +  1 ind. au bord des herbiers du Lampsar
  • Bulbul des jardins (pycnonotus barbatus ssp. inornatus, common bulbul)
  • Rougequeue à front blanc (phoenicurus phoenicurus ssp. phoenicuruscommon restart), 1 ind. mâle en livrée (quasi) nuptiale [arbustes en lisière des herbiers du Lampsar]
  • Agrobate roux (cercotrichas galactotes ssp., rufous scrub robin), 1 ind. [couvert boisé]
  • Fauvette grisette (sylvia communis ssp. communis, common whitethroat), passereau hivernant le plus commun du jour - dans des balanites aegyptiaca puis sur des barbelés (cf. photos ci-dessus et en haut de notule) !- et 1 ind. poursuivant une cisticole roussâtre jusque dans les premiers roseaux des herbiers du Lampsar
  • Fauvette passerinette (sylvia cantillans, subalpine warbler), 1 ind. mâle en mue prénuptiale dans un ficus [du Ranch]
  • Cisticole roussâtre (cisticola galactotes ssp. amphilectuswinding cisticola), 1 ind. poursuivi par une fauvette grisette !
  • Souïmanga à longue queue (cinnyris pulchellusbeautiful sunbird)
  • Gonolek de Barbarie (laniarius barbarus ssp. barbarus, yellow-crowned gonolek), 1 + 1 ind. dans un balanites aegyptiaca
  • Tchagra à tête noire (tchagra senegalus ssp. senegalus, black-crowned tchagra), 1 ind. au sol dans la brousse ravagée par les Hommes [derrière le Ranch] - tout près des fauvettes grisettes 
  • Moineau doré (passer luteusSudan golden sparrow)
  • Tisserin à tête noire (ploceus melanocephalus ssp. capitalisblack-headed weaver)
  • Amarante du Sénégal (lagonosticta senegalared-billed firefinch), un cc + un cc
Et laridés divers au-dessus du Lampsar 'doux'

Entendu:
Pygargue vocifère (haliaeetus vocifer), 1 ind. / Calao à bec rouge (tockus kempi), 1 ind. / Barbion à front jaune (pogoniulus chrysoconus ssp. chrysoconus), 1 ind. / Crombec sitelle (sylvietta brachyura ssp. brachyura), 2 ind.

Ci-dessous: 2015 03 28, fin de journée près du Ranch de Bango:
à g., martin-chasseur strié, chanteur - au centre et à d., oedicnèmes du Sénégal
/ © Photos par Frédéric Bacuez
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AUTRES:
  • Lièvre des buissons (à oreilles de lapin, de Crawshay, lepus saxatilisscrub hare), 1 à 2 ind.
  • Agame des colons (alias 'margouillat', agama agama), 2 ind. femelles
  • Petit monarque d'Afrique (danaus chrysippus ssp. chrysippuscommon plain tigerlesser wandererqueen butterfly, 'african queen'), 1 ind.

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