" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" L'oiseau, c'est une idée dans l'air. "
- Jean Rollin /
" Le cadavre d'un oiseau ne pourrit pas en l'air mais à terre. " - Proverbe 'africain'

jeudi 2 août 2018

677 espèces d'oiseaux pour le Sénégal, dont (potentiellement) 499 au nord du 15°N

Ci-dessus:
à g., Bram Piot observant des martinets horus au-dessus de la Doué, la grande découverte sénégalaise de l'année 2018 !
2018 01 5, 18h02 / © Photo smartphone Frédéric Bacuez
à d., Bram Piot & Frédéric Bacuez, séance pélagique depuis l'île de N'Gor, Dakar
2016 02 28, 9h42 / © Photo par Jérémy Calvo pour Ornithondar

* Sénégal, de part et d'autre de la 'frontière' du 15°N-

Bram a dit: 677 espèces d'oiseaux pour tout le Sénégal; 
Fred lui en pique (un potentiel de) 499 pour sa moitié nord !

La liste*2 qui suit reprend la taxonomie et le listing sénégalais de l'International Ornithological Committee (IOC), revu, complété puis publié par notre camarade Bram Piot dans SenegalWildlife*1 le 21 juillet 2018. L'ordre proposé est aussi celui de l'IOC. Ornithondar se conforme sans grand enthousiasme à cet inventaire plutôt restrictif et conservateur, qui en écarte tout ce qui pourrait être une espèce en devenir ou déjà reconnue comme telle ailleurs, ainsi que les sous-espèces, dans bien des cas pourtant nécessaires à la compréhension de l'ornithologie sénégalaise (je pense par exemple à l'agrobate roux et à l'agrobate menu, aux glaréoles à collier, et, au hasard, aux deux versions du grèbe castagneux et de la huppe fasciée, ou tout simplement à la pov' bergeronnette ibérique). Bram prend le 'risque' cependant d'y intégrer des espèces récemment contactées dans le pays, ces quelques changements en deviendraient bientôt révolutionnaires, hi hi hi... Nous avons là, en tout cas, la liste minimale la plus fiable des oiseaux du/au Sénégal ou contactés dans le pays au moins une fois (avec un minimum de preuves et un maximum de crédibilité): le pays de la Teranga enregistre donc 677 espèces à ce jour ! Chapeau bas, Bram ! De ton énumération, j'en retire quant à moi 495 espèces auxquelles j'ajoute les 4 que tu me conseilles d'y adjoindre soit 499 espèces potentielles pour ma moitié septentrionale du Sénégal, grosso modo au nord du 15°N. C'est l'objet de ta liste ci-après revisitée par le lointain ndar ndar que je suis de temps à autre et publiée in extenso dans une page annexe d'Ornithondar*2... Les remarques et contributions des camarades ornithos de passage chez Ornithondar seront bien évidemment et attentivement reçues.

par Bram Piot in SenegalWildlife 2018 07 21

*2 Liste des espèces d'oiseaux au Sénégal (par Bram Piot) - et dans le nord du Sénégal (par Frédéric Bacuez),
in Ornithondar 2018 08 2

Nota: sur Ornithondar, mes listings d'observations suivent benoîtement l'ordre proposé par l'ouvrage d'identification de Svensson, Mullarney & Zetteström dans sa traduction française Le Guide ornitho, en ce qui concerne les oiseaux du Paléarctique occidental; et par ceux de Paul Isenmann (Oiseaux de Mauritanie, à la maison), de Nik Borrow & Ron Demey (Birds of Senegal and The Gambia plus Birds of Western Africa, sur le terrain); incontournables et pratiques, loin d'être définitifs, toujours ce problème irritant d'une indifférence encore prégnante aux sous-espèces; utiles aussi pour la pédagogie et la facilitation des choses pour le public amateur, qui aime - car séparer dans/pour l'ordre d'une liste les Falconidés des Accipitridés, tous des rapaces diurnes, il faut pouvoir suivre et s'accrocher...
Nos recherches nous mènent très régulièrement vers Xeno-Canto (ça ne déplaira pas à Bram; pour l'anecdote, mon frère d'Afrique orientale me dit un jour: "mais il est partout sur Xeno-Canto, dans tous les pays, ton Bram !" ); mais aussi vers Avibase* (et ça, ce sera nettement moins du goût de notre ami de Dakar), laquelle base se réfère comme nous tous à la liste taxonomique de James F. Clements (version 2017); dans sa nomenclature néanmoins, Avibase ose s'aventurer, parfois de façon hasardeuse et un peu vite, affirmant là où il n'y a (peut-être) pas lieu de le faire (encore)j'en conviens volontiers. Plus embêtant: la liste sénégalaise d'Avibase "contient plusieurs espèces qui n'y ont rien à faire" martèle l'ami Bram Piot; même si "celle d'iGo Terra est encore pire !", nous voilà réconfortés... Quant aux imprécisions géographiques, chez AvibaseXeno-Canto ou même l'UICN, c'est toujours à la louche, il y a beaucoup à redire, et à revoir en la matière ! Last but not least, ce goût immodéré d'Avibase pour la démultiplication (par exemple) des sous-espèces et de leurs petits noms, même lorsqu'elles/ils n'existent pas encore vraiment, je comprends que cela puisse irriter tous ceux qui savent que Science n'est que prudence, aussi hâtive que Justice ! Sauf erreur de ma part, Avibase n'en reste pas moins le seul outil internet qui propose des 'pistes accessibles' à celles et ceux qui s'intéressent aux problématiques (des) sous-espèces. C'est mon cas, modérément, dans certains cas. C'est l'obsession de mon complice Jérémy. De ce coté-là, il est comme Bram, il a le virus policier des listes ! Moi qui ai longtemps cru que j'étais le seul et unique obsédé du calepin et des inventaires à la Prévert, face à ces deux-là, leurs Excel tentaculaires et leurs tablettes instantanées, je suis totalement et définitivement has been... 
Il faut avouer que l'identification de sous-espèces physiquement peu distinctes demeure, nous en avons conscience, un parcours du combattant, ce qui rend cette entreprise ornithologique passionnante aussi ! Leur nomination française est souvent, hélas, le seul résultat d'une traduction littérale de l'Anglais, de l'interprétation géographique voire d'une subjectivité toute personnelle. De ce fait, le compromis IOC - l'espèce et rien que l'espèce-, qui nous servira désormais de liste 'officielle' pour le Sénégal, du nord au sud et d'est en ouest, évitera bien des errements, et de contrariétés. 

La liste sénégalaise d'Avibase comporte 687 espèces, celle de BirdLife International seulement 555 espèces... Allez y entendre quelque chose ! On découvrira que cette dernière néglige en fait les données 'accidentelles': au diable les vagabonds et autres erratiques !...
On peut consulter les listes taxonomiques (re)connues et comparer les versions, par exemple ici: 
Et de bons vieux et indémodables bouquins, in fine
Inséparables: voir, lire, écouter. Notre sélection de livres incontournables, par Ornithondar

jeudi 19 juillet 2018

15, 2e mention d'un jacana nain dans la moitié nord du Sénégal - et par des Sénégalais, eurêka !

 
Jacana nain - Microparra capensis, 2e donnée pour la moitié septentrionale du Sénégal
périphérie PNOD 2018 07 15, 9h54-55 / © Photos par Vieux Ngom, écoguide au parc national des oiseaux du Djoudj, courtesy Idrissa Ndiaye et Oliver Fox pour Ornithondar


* Parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD) -

15 juillet 2018. MATIN-
Une obs. par Malle Gaye, directeur du parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD) et Vieux Ngom, écoguide au même PNOD, auteur des deux 'preuves' photographiques ci-dessus transmises par Idrissa Ndiaye (PNOD) au Dr. Oliver JL Fox (Kartong Bird Observatory - Gambie) ainsi qu'à John Rose (ANY, LPO-idf - France), Bram Piot (SenegalWildlife) & Frédéric Bacuez (Ornithondar)


Ci-contre: Vieux Ngom avec sa nouvelle paire de jumelles, à la balustrade 'pélagique' du Calao-village
N'Gor, Dakar 2018 04 6, 17h35 / Courtesy © photo par Bram Piot pour Ornithondar


Ah que voilà une belle et encourageante nouvelle - 2018 décidément: encore le contact d'une rareté dans le pays, et surtout, enfin une donnée 100% sénégalaise ! Cela vient à point nommé nuancer un précédent billet d'Ornithondar qui relevait d'un coté le bon cru 2018 en matière de mentions hors norme au Sénégal, et de l'autre se désolait qu'elles soient toutes l'oeuvre d'ornithologues allogènes (Lire ICI sur Ornithondar). Les dieux m'ont fort heureusement entendu, et contredit, j'en suis fort heureux !*2

Une donnée 100% sénégalaise

Car ce 15 juillet 2018 sur les marges du parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD), c'est une inspection aux frontières du sanctuaire (de plus en plus rongées par l'impérialisme rizicole et bovin, on y reviendra très bientôt, une fois de plus...) comme les agents en font quasi quotidiennement, fonctionnaires de l'Etat et écoguides/écogardes locaux réunis. Voilà qu'un jacana quelque peu différent du classique et commun jacana à poitrine dorée (Actophilornis africanus) attire le regard de Malle Gaye, directeur du PNOD, et de Vieux Ngom, un 'jeune' écoguide de l'association des villages jouxtant la réserve ornithologique. De l'avis unanime l'un des meilleurs sinon le plus compétent, en tout cas le plus investi des accompagnateurs obligatoires du cru. Bref, Vieux Ngom a aussitôt le réflexe de photographier la bizarrerie, posée et, c'est notre chance, à l'envol (cf. photos en haut de notule). De retour à la base, le faux Vieux se précipite chez le vrai 'vieux' Idrissa Ndiaye, notre patrimoine djoudjien à tous, coté Hommes... Idrissa décide d'envoyer les photos au Dr. Oliver Fox du Kartong Bird Sanctuary, en Gambie, qui dispatche à son tour les deux photos pour collecter les avis de quelques autres ornithos habitués des lieux, du Sénégal et de l'Afrique occidentale - John R., Bram P., Fred B. (cf. ci-dessus). Pour avoir été l'auteur de la première mention d'un jacana nain dans le nord du Sénégal, en janvier 2013, et pour bien le connaître du Burkina Faso (région de Bobo-Dioulasso, années 90'), j'ai l'heur d'être du lot des consultants - et j'en ai le melon...

2e mention pour la moitié nord du Sénégal

Nous sommes tous et rapidement unanimes pour confirmer ce que Vieux Ngom et Idrissa Ndiaye ont déjà pressenti ((...) found this bird ressembling the Lesser Jacana (...)", Idrissa à Oliver, 2018 07 15): il s'agit bel et bien d'un (1) jacana nain (Microparra capensis, Lesser Jacana); rek ! Sans débat. Assurément pas un jacana à poitrine dorée, ni adulte ni juvénile, ce dernier ayant il est vrai quelques possibles ressemblances avec le jacana nain, à distance, fugacement, dans de mauvaises conditions de lumière. Mais en vol, la taille de l'oiseau, le miroir clair et ce contraste des plages alaires, ce quelque chose du blongios, c'est définitif, incontestable.

Reprenons à notre compte les critères d'identification avancés par Oliver Fox, partagés par Bram comme par moi:
" (...) looks like a Lesser Jacana: 
dark streak down centre of grey/brown mantle not shown in juvenile African Jacana (...) "
La dispute n'aura pas lieu, l'affaire est physiquement entendue. 

Ma 1ère 'preuve' pour le nord, 2e pour le pays - et des autres mentions sénégalaises

Les 21 et 28 janvier 2013*1 dans les Trois-Marigots, sur le N'Galam à l'aval de Tylla, c'était pour moi jours de chance: une (1) marouette poussin (Porzana parva) et un (1) jacana nain (Microparra capensis) sur le même site, le même plan d'eau tapissé d'herbiers et de Nymphaea des deux espèces, cerné par une épaisse typhaie coloniale. Le jacana nain y avait stationné au moins durant une semaine; le 28 janvier, il était à intervalles réguliers dérangé voire agressé (cf. photo ci-dessous à d.) par un jacana à poitrine dorée (Actophilornis africanus). Mon premier jacana nain au Sénégal qui s'avèrera vite être la première donnée de l'espèce dans le nord sénégalais, et la seconde mention pour le pays après celle de juillet 2009 dans la région de Kédougou, à l'extrême sud-est aux confins de la Guinée et du Mali.

Bram Piot et moi avons vérifié, ces jours derniers, s'il y avait d'autres données (au/du Sénégal) rapportées, communiquées et/ou enregistrées sur la toile ornitho: 
  • 0 donnée sur eBird et Observation.org
  • 1 sujet le 29 juillet 2009 sur un réservoir près de Kédougou, rapporté par African Bird Club (ABC Bull. reports)
  • 1 sujet les 21 et 28 janvier 2013 par Frédéric Bacuez près de Tylla (Trois-Marigots), sur Ornithondar
  • 1 sujet le 31 janvier 2018 par Geoffrey Monchaux à Médina Afia, près de Manda, département de Kolda, sur Observado.org
  • 3 sujets le 17 février 2018 par Gabriel Caucanas sur le même spot de Médina Afia, près de Manda, département de Kolda
  • 1 sujet le 15 juillet 2018 par Vieux Ngom et Malle Gaye aux marges du parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD) - les trois dernières mentions à paraître dans la prochaine livraison du Bulletin - Recent reports de l'African Bird Club (ABC)

Ci-dessous:
il y a cinq ans, ma 1ère donnée pour le nord du Sénégal...
à g., jacana nain - à d., jacana nain agressé par un jacana à poitrine dorée 
Sur le N'Galam à l'aval de Tylla, Trois-Marigots, nord du Sénégal , 
2013 01 28 matin / © Photos (détails) par Frédéric Bacuez pour Ornithondar
- Cliquer sur les photos pour agrandir -

Une espèce très locale en Afrique de l'Ouest, 
majoritairement à l'est et au sud du delta intérieur du fleuve Niger (Mali)

Le jacana nain est avant tout un échassier d'Afrique orientale et australe - de l'Ethiopie à l'Afrique du Sud et à la Namibie au sud-ouest. En Afrique occidentale et centrale, sa distribution est particulièrement fragmentée, avec quelques réduits comme autant de bastions dans lesquels il est paradoxalement mais très localement abondant. Pas plus d'un millier de sujets dans le delta intérieur du fleuve Niger (Mali), mais des concentrations de centaines voire de milliers d'individus (2000+) dans la boucle intérieure du Mouhoun (Burkina Faso), dans le bassin supérieur des Bandama (Côte d'Ivoire) ou sur certains spots septentrionaux du Nigeria. Pour ma part, je l'ai bien observé dans la réserve de biosphère de Bala, au nord de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) à la fin des années 90': les petits jacanas étaient alors des dizaines sur les tapis de nénuphars de la célèbre mare aux hippopotames. Fait notable: le jacana nain ne trouve guère de sites relais à l'occident du fleuve Niger, au Mali, pour étendre sa répartition, résidente ou saisonnière, jusqu'aux pays de l'Atlantique (Guinées, Gambie, Sénégal, Mauritanie*). Des dernières nouvelles incontestables de Lesser Jacana: quelques unes au sud d'Orodara et dans la région de Banfora (un classique du Burkina Faso), d'autres au nord-ouest et au nord-est du Nigeria aux confins du Tchad, et même à Niamey (!) (Niger). A cette heure, les plus récents contacts du jacana nain, et les plus proches du Sénégal, proviennent de Sierra Leone: trois sujets (1 + 2) par H. van Dan, le 7 juillet dernier.

* Une mention fort douteuse de Mauritanie (trois sujets vers Kankossa/Assaba), sans date mais probablement au tournant des deux siècles, n'a pas été retenue par Isenmann et al. dans l'ouvrage de référence Oiseaux de Mauritanie (SEOF 2010)

*1 Lire sur Ornithondar:
*2 Et:

lundi 25 juin 2018

01 28 - 06 25, une spatule blanche baguée française, oui môsieur, de Loire-Atlantique !

Une spatule blanche (Platalea leucorodia leucorodia) française
baguée de Loire-Atlantique le 2 mai 2016
RSAN 2018 01 28 / © Photo par Frédéric Bacuez

* Réserve spéciale d'avifaune du Ndiaël (RSAN) -

Les 20 et 28 janvier 2018 en compagnie d'Alix & Daniel Mignot. Nous faisons un bref inventaire de la mare dite Boppu Taré et du chenal - en cours de reprofilage- qui alimente la cuvette depuis le Nyeti Yone. Parmi les spatules blanches (Platalea l. leucorodia) qui arpentent le site, une baguée...

Ci-contre: près du chenal Nyeti Yone vers Boppu Taré
RSAN 2018 01 28, 17h28 / © Photo smartphone Frédéric Bacuez

" Huit jours après notre dernière visite à Boppu Taré, la 'petite mare' du Ndiaël, il ne reste qu'une petite cinquantaine (~50) des cent vingt-cinq (125) spatules blanches (Platalea leucorodia) présentes le 20 janvier
  • Spatule blanche (d'EuropePlatalea l. leucorodiaeurasian spoonbill), 205+ ind. stationnés [mare Barakh ouest] + 46+ ind. [sur la 'petite mare' alias Boppu Taré] + ~11 ind. - dont sujet bagué de France {à suivre sur Ornithondar} [rigole Nyeti Yone vers Boppu Taré] "

- F. B. in Ornithondar 2018 01 28

Le 30 janvier (à Saint-Louis/Bango), j'envoie en France la photo (cf. en haut de notule) de l'oiseau bariolé, précisément à Loïc Marion, de l'université de Rennes et référent pour les spatules baguées de la région. J'ai enfin reçu sa réponse, ce 25 juin (à Paris)... Il faut être patient, ne pas être dans l'urgence. Loïc me confie: "Désolé pour le retard de ma réponse, j'ai 3 mois de retard dans la gestion des contrôles " [de bagues]... Eh oui, l'ornithologie à son tour est frappée par le burn out - qu'est-ce que vous vous imaginiez ? Les p'tits zoazos et le brin d'herbe à la commissure des lèvres, c'était bien cela !?...

" J'ai bagué cette spatule jeune au nid le 2 mai 2016, 
à Besné (Loire-Atlantique, France), bague métal CA 74523, 
c'est son premier contrôle. "
- Loïc Marion à Frédéric Bacuez

Nota: cette spatule de 2e hiver nous arrive donc d'un réduit humide de Loire-Atlantique, le marais de Besné, où elle est née. Ce site accueille en saulaie une petite colonie mixte de hérons cendrés (Ardea cinerea) et de spatules blanches (Platalea leucorodia), les deux espèces y étant nicheuses, et de grandes aigrettes (Ardea alba ssp.), s'y reproduisant aussi probablement. Des aigrettes garzettes (Egretta garzetta), hérons gardeboeufs (Bubulcus ibis) et ibis sacrés (Threskiornis aethiopicus) utilisaient le site comme dortoir au moins jusqu'en 2014.

Lire:
La spatule blanche en France, in Migraction.net
Voir aussi:
Et, précédemment:
6 mai-14 juin: la spatule blanche du Khant était bien une Camarguaise..., 2017 06 14

Ci-dessous:
spatules blanches (Platalea leucorodia), dont CA 74523, avec aigrettes garzettes (Egretta garzetta) à la curée
Chenal du Nyeti Yone à Boppu Taré, RSAN 2018 01 28, 17h15-17h30 / © Photos par Frédéric Bacuez

vendredi 1 juin 2018

1, Sénégal, terre de découvertes ornithologiques (par d'autres)

Ci-dessus:
Martinet horus - Apus horus, au-dessus de la Doué 
Près de Gamadji Saré 2018 02 12, 16h27 / © Photo par Frédéric Bacuez, DR

* Sénégal -

Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde. "
- Albert Camus

" On parle de nous ["Bram & Frédéric dans une co-production Senegal Wildlife & Ornithondar !", précise mon camarade de Senegal Wildlife - ouf, mon ego est sauf...]
- soyons juste, on (y) parle exclusivement - cf. ci-après-, et succinctement, de nos trouvailles de janvier et février 2018 :

First country reports / Handbook of the Birds of the World (HBW-Alive) 
au 30 mai 2018, compilation par José Luis Copete

Dans la dernière livraison de la 'First Country Reports' (ce 30 mai 2018) publiée par le célèbre Handbook of the Birds of the World (HBW-Alive), des dix (10) premières coches nationales (retenues) de ce début 2018, deux (2) proviennent du Sénégal ! Hélas sans contribution sénégalaise. 
  • Une première donnée d'au moins cinq (5engoulevents pointillés (Caprimulgus tristigma) par J.-F. Blanc, V. Blanc, K. Schmale & M. Thibault, début 2018, dans la région de Dindéfélo à l'extrême sud-est du pays, aux confins de la Guinée-Conakry.
  • La découverte d'environ dix-huit (18) martinets horus (Apus horus) par Bram Piot et moi-même les 5 et 6 janvier 2018, photographiquement confirmée le 2 février par moi-même, accompagné de Daniel Nussbaumer, sur la Doué à l'extrême nord du Sénégal, aux marges de la Mauritanie. "

En rappel:
Those Mystery Swifts: Horus, New to Senegal, par Bram Piot in Senegal Wildlife 2018 04 10
Le martinet horus, une espèce de plus à la liste des oiseaux du Sénégal, par Frédéric Bacuez in Ornithondar - Des oiseaux à Saint-Louis et au nord du Sénégal, 2018 04 11

Pour être le plus exhaustif possible, il faudrait tout de même ajouter à ces coches quelques premières et secondes mentions dignes du plus grand intérêt:

  • Les premières mentions de l'indicateur de Wahlberg (Prododiscus regulus) par Gabriel Caucanas et al., d'abord un (1) sujet le 21 janvier 2018 près des chutes de Dindéfélo (décidément !), puis a minima un (1+) individu au campement de Wassadou (PNNK), les 4 février et 10 mars 2018.*2
  • La première mention d'un (1) pipit farlouse (Anthus pratensis) sur les bords du lagon de Yéné Todé, au sud de Dakar, par Bram Piot, le 1er janvier 2018.*1
  • La seconde donnée d'un (1bécasseau de Baird (Calidris bairdii), sur les lagons du Technopole à Dakar-Pikine, encore et toujours par Bram Piot, le 8 avril 2018. *1
  • La seconde donnée d'un (1fou à pieds rouges (Sula sula), près des îles de la Madeleine (PNIM) au large de Dakar, par les canadiennes Diane Thériault, Marie O'Neill et Hélène Gauthier, le 26 janvier 2018.*3

Nota: décidément, 2018 est partie pour être un très grand cru de découvertes ornithologiques, au Sénégal ! On espère d'autres surprises. Et comme on aimerait que nos hôtes naturalistes s'y mettent un peu, enfin. Quand je pense qu'il y a des braves gars qui sont à l'année, nuit et jour, sur des spots que des étrangers visitent une seule fois ou presque, pour y découvrir des tas de choses, c'est à se poser de très sérieuses questions (je suis probablement le seul, ce genre d'interrogations n'étant à l'évidence pas normales, et pas bien pensantes, je n'en doute pas un instant - mea culpa mea culpa !). Quant à certains hérauts toubabs (dés)intégrés illico parachutés "grands défenseurs de l'environnement", on désespère de tant de promesses et d'engagements restés lettre morte... Encore faudrait-il, pour découvrir, mettre en branle la seule recette qui a fait ses preuves, partout, jusqu'au grand désastre actuel, mondialement partagé: apprendre - hélas, dans le Sénégal et chez les cabris de l'émergence, plus qu'ailleurs, en ce siècle de décérébration qui ne facilite pas le défi, cela ne semble pas aller de soi. Vous n'aviez pas remarqué ? Dieux !... Que d'aveuglement idéologique !

mercredi 11 avril 2018

Le martinet horus, une espèce de plus à la liste des oiseaux du Sénégal [une découverte conjointe Senegal Wildlife & Ornithondar, 2018 01-02]

Martinet horus - apus horusHorus Swift
au-dessus de la Doué et dans les sables de l’harmattan sahélien !
Près de Gamadji Saré 2018 02 12, 16h35 / © Photo par Frédéric Bacuez, tous droits réservés

* La Doué, vers Gamadji Saré-


Vendredi 5 soir et samedi 6 janvier 2018 matin
Lundi 2 février 2018 soir-

Avec Bram Piot (Senegalwildlife/Dakar) et Filip Verroens (Natuurpunt/Belgique) [2018 01 5-6]
Avec Daniel Nussbaumer (Nos oiseaux/Suisse) [2018 02 12]

Ci-contre: au-dessus de la Doué, Bram Piot écoute et scrute les martinets qui voltigent puis entrent dans des terriers dans la falaise d'ocres
Entre Gamadji Saré et Ndioum 2018 01 5, 17h59 / © Photo smartphone Frédéric Bacuez

IMPORTANT:
ce billet est le pendant francophone de l'article anglophone de mon camarade Bram Piot,
 'Those mystery Swifts: Horus, new to Senegal !', à lire ICI sur Senegal Wildlife, 2018 04 10

En lien:
5-6, la Doué: 2 pluvians fluviatiles, 2 guêpiers à gorge rouge, 8 cratéropes fauves et plus...,
par Frédéric Bacuez in Ornithondar, 2018 01 6
4-7, Ornithondar et Senegal Wildlife: 3 jours dans la moyenne vallée - l'essentiel du carnet...,
par Frédéric Bacuez in Ornithondar, 2018 01 7
Northern Specials (Part I), par Bram Piot in Senegal Wildlife, 2018 01 21
Et: Deux espèces de plus sur la liste des oiseaux du Sénégal - et une troisième par suivi satellitaire !, in Ornithondar, 2018 04 1

Tous mes/nos remerciements aux camarades des deux expéditions, Daniel Nussbaumer, Bram Piot et Filip Verroens, et pour leur(s) contribution(s), directes ou indirectes, et/ou leur(s) expertise(s), passées ou... à venir, à [liste par ordre alphabétique et non exhaustive]:
Mohamed Amezian, François Baillon, Clive Richard Barlow, Rafa Benjumea, Jérémy Calvo, Simon Cavaillès, Claude Chappuis, Callan Cohen, David Cuenca, Ron Demey, Gerald Driessens, Jacques Franchimont, Miguel Lecoq, Benoît Maire, Carlos Sanchez, Niels Van Duivendijk, etc.

On parle de nous - disons, de nos trouvailles...
ICI sur BirdLife International, page Facebook par BirdLife International - Africa, les premiers à faire part de notre découverte, 2018 04 11
A la Une de Xeno-canto dès ce matin, "major range extension" ! 2018 04 11
HBW.com/report/horus-swift-senegal, First Country Reports in Handbook of the Birds of the World (HBW-Alive) 2018 05 30 [Additif 2018 06 2]
Additif 2018 09 17:
Horus Swift in north Senegal, potential vagrant to Western Palearctic, par Mohamed Amezian in MaghrebOrnitho 2018 09 6
Et: dans un post de Javi Elorriaga Bts, 2018 09 16 [Birding The Strait]

Sources et références:
- Swifts. A Guide to the Swifts and Treeswifts of the world, par P. Chantler & G. Driessens, Pica Press, 1995
Horus Swift (Apus horus), par P. Chantler & P. Boesman in Handbook of the Birds of the World (HBW-Alive), par J. del Hoyo, A. Elliott, J. Sargatal, D. A. Christie & E. de Juana, (eds.), Lynx Edicions, Barcelona (Espagne), 2018
- Birds of Western Africa (2e édition), par Nik Borrow & Ron Demey, Helm Field Guides, Christopher Helm ed., Londres (Grande-Bretagne), 2014
Apus horus (Horus Swift), in The IUCN Red List of Threatened Species, 2016 10
Horus Swift, in The Atlas of Southern African Birds
Geographical variation in the Swifts Apus horus and Apus caffer, par R. K. Brooke (Rhodésie/Zimbabwe), in Durban Museum Novitates (Afrique du Sud), Vol. IX Part. 4, 1971 02 1

Ci-dessous:
des martinets inconnus du Sénégal au-dessus de la Doué...
Entre Gamadji Saré et Ndioum 2018 01 5, 14h41 / © Photo par Frédéric Bacuez, tous droits réservés

"Those mystery swifts...

Back in January, when Frédéric (Ornithondar), Filip and I visited the middle Senegal valley, we stayed the night at Gamadji Sare on the Doue river bank in the far north of the country. We had some really good birds here, sch as Egptian Plover, Red-throated Bee-eater, Fulvous Babbler, Cricket Warbler, and Seehbom's and Isabelline Wheatears. We also encountered a flock of swifts which we initially took for White-rumped Swifts (Martinet cafre) has these has been reported from the Senegal valley before and since in Senegal this is the only swift with a white rump the than Little Swift (Martinet des maisons). However, something felt not quite right for this species, and luckily Frédéric was able to take a number of decent pictures - not an easy feat with these birds ! Subsequent study of the pictures revealed that the birds did indeed not quite fit White-rumped Swift, and that they were something else... Frédéric was lucky to pay a second visit to the same site, in mid February, and despite very dusty conditions he obtained even better pictures. These provided a more definite clue to the identity of these mystery swifts, which we now feel confident are nothing less than HORUS SWIFTS !!!! "
- Bram Piot pour Senegalwildlife

Read more / Lire la suite:
'Those Mystery Swifts: Horus, New to Senegal', 
par Bram Piot in Senegalwildlife, 2018 04 10
Une co-production Senegalwildlife & Ornithondar, 2018 04 10 et 11
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un enregistrement sonore, par Bram Piot: ICI sur Xeno-Canto, 2018 01 6, 8h30

Et voilà ! Enfin, on se lance... Après trois mois de suspense, de débats, de consultations, d'expertises aux quatre coins du petit monde de l'ornithologie, le verdict peut tomber. Malgré l'énormité de cette trouvaille, nous avons fini par accepter ce que nous avions pourtant vite pensé de ce "joli sac de nœuds" [Simon Cavaillès dixit, 2018 01 29]; et nous ne pouvons plus attendre ! Priorité donc à notre camarade Bram Piot pour annoncer urbi et orbi la nouvelle: le Sénégal peut s’enorgueillir d'avoir augmenté en [ce début] 2018 [car ce n'était pas fini, ndlr. 2018 06 2 !] sa liste d'oiseaux de deux espèces (homologuées ou c'est tout comme) ! Et c'est avec joie, et une réelle fierté que je me trouve être, avec Bram, l'un des deux 'découvreurs' pour le pays, son drapeau et notre gloriole, d'une de ces espèces. Insolite découverte au demeurant, pour des latitudes sahéliennes, d'un oiseau dont l'aire de distribution connue la plus proche (cf. carte ci-après) se situe tout de même très très loin vers le sud-est du spot où nous l'avons trouvé, ici au Sénégal. Et pas un oiseau esseulé, mais quelque dix-huit (~18) sujets, selon Bram, en début janvier; et trois (3+) à quatre sujets, pour Daniel Nussbaumer et moi, à la mi février. Dont deux paires entrant et sortant de trous/terriers dans la falaise d'ocres bordant la Doué, un effluent du fleuve Sénégal, aux alentours de Gamadji Saré. L'oiseau, vous demandez-vous ? Pour certains, peut-être, ce sera juste un de ces apodidés afrotropicaux, assez bien répandus en Afrique orientale et australe; pour nous, en revanche, c'est une coche qui dit beaucoup de tout ce qu'il reste à découvrir dans notre région ouest-africaine, et qui enthousiasmera le landerneau ornithophile, on n'en doute pas: c'est le martinet horus (Apus horus, Horus Swift) !

" Quelque dix-huit sujets en début janvier; 
et trois à quatre par temps poussiéreux à la mi-février "

Bram Piot décrit parfaitement notre oiseau dans son billet: son jizz, sa morphologie, son éthologie, sur la base de la cinquantaine de mes photos prises sur le spot et mises à disposition pour expertise. Mon premier jeu d'images, des 5 et 6 janvier, nous avait durant un mois tenu en haleine: s'agissait-il de martinets cafres (Apus caffer) en compagnie de quelques martinets des maisons d'Afrique de l'ouest (Apus affinis ssp. aerobates) ? Nous n'étions pas convaincus. Peut-être alors une hybridation entre ces deux espèces, déjà observée ailleurs, notamment en Espagne ? Cela faisait cependant beaucoup d'hybrides sur un même site. Quant aux deux apodidés sus-cités: Affinis est commun, largement répandu au Sénégal et dans la région ouest-africaine. Caffer est dans notre Sahel sénégalais, et sur sa Grande Côte (in Borrow & Demey, 2014) un hivernant (?), ou un dispersif déjà documenté de Richard-Toll; il demeure en Afrique occidentale un résident peu fréquent, y compris au Sénégal, à la différence de son aire de répartition le long du Rift où l'espèce est commune dans les villes. Mon deuxième jeu d'images, de mi-février, en dépit de conditions atmosphériques exécrables (sables oranges de l'harmattan en suspension) sera bien plus prometteur. Des trois à quatre oiseaux bien observés le 12 février en fin de journée, l'un d'eux, au plumage fort usé (cf. photo ci-après), est franchement coopératif et nous survole à courte distance, à faible hauteur, Daniel Nussbaumer et moi. In situ comme devant les photos, nous n'avons guère de doute: il ne s'agit pas de martinets connus de cette partie du Sénégal, ni du Sahel d'Afrique occidentale. Exit surtout Apus caffer, le martinet cafre, celui qui lui ressemble le plus. Les nôtres sont autrement plus massifs, bien que la taille est globalement similaire; même queue fourchue, cependant un peu plus courte chez nos oiseaux; le croupion blanc est nettement plus épais, et descend surtout jusque sur les flancs - c'est ce qui frappe le plus quand on regarde les martinets évoluer dans le ciel. La tête paraît plus globuleuse que chez d'autres apodidés, avec un marquage au cou souvent plus beige que blanc, assez large; et pas de pointes blanches aux secondaires, quand on peut le vérifier, à la différence du martinet cafre. Quant au vol, il est puissant comme celui d'un martinet noir, pâle ou des maisons, alors que celui du cafre est léger, gracieux, aérien. Le photographe remarque aussi que nos martinets "mystérieux" sont particulièrement agiles, rapides, virant à angles droits pour changer de direction, soudainement, brutalement, en tout cas bien plus abruptement qu'Affinis et Caffer. Le preneur de sons tente de capturer les cris des martinets qui virevoltent devant les talus d'ocres (cf. vidéo ci-après et ICI sur Xeno-Canto), malgré les camions qui rugissent au sud sur la route nationale... En les "comparant avec les sonagrammes de Horus et Cafre (sur la base Xeno-Canto et les sons de Chappuis), ça correspond bien plus à du Horus là aussi." [corr. B.P. à F. B., 2018 03 18]

Ci-dessous:
martinet horus - Apus horus, Horus Swift, en plumage usé
A la verticale de la Doué et des falaises d'ocres
Vers Gamadji Saré 2018 02 12, 16h28 / © Photo par Frédéric Bacuez, tous droits réservés

"Vous avez bien une nouvelle espèce pour le Sénégal"

Simon Cavaillès et Benoît Maire, qui ont déjà observé le martinet horus en Ethiopie, penchent aussi pour cette espèce, toujours sur la base de mes photos jetées au monde comme bouteilles à la mer. Benoît Maire, Jacques Franchimont et Mohamed Amezian confirment qu'ils ne connaissent pas cette espèce de leur périmètre marocain, pas plus de la zone méditerranéenne. Jusqu'à présent. Mohamed [2018 02 13] résume bien leur avis: " les réponses [cf. ci-après, ndlr.] de Jacques et Benoît sont très claires. Vous avez bien une nouvelle espèce pour le Sénégal. " Et tac. Pourquoi se torturer les méninges, et s’abîmer les yeux, quand on peut faire simple, concis, définitif ?!

" L'échancrure de la queue, la largeur du croupion blanc, qui déborde sur les cotés, 
la couleur interne des ailes et même quelque chose de presque roussâtre sur la tête (...) "
- F. Bac. à B. P., 2018 01 9

" Le croupion blanc paraît trop étendu pour du Cafre, car il descend bien sur les flancs (...). 
Je ne vois pas de blanc sur le bord de fuite à la base de l'aile. Vous avez fait attention à ça sur le terrain ? 
La tête est quand même nettement brunâtre (...) 
- S. C. à B.P. & F. Bac., 2018 01 29

En tout cas ce ne sont pas des martinets cafres: 
queue pas assez longue et fourchue, trop de blanc au croupion 
et surtout aucune trace de liseré blanc à l'extrémité des secondaires, détail caractéristique du Cafre. "
- B. M. à M. A. pour Ornithondar, 2018 02 3

" (...) Quant à la majorité des autres photos, si pas toutes, 
ce ne sont pas pour moi des Martinets des maisons, ni des Martinets cafres 
(la queue ne me semble pas assez fourchue, le blanc du croupion me semble trop étendu en particulier vers les flancs 
et il n'y a pas non plus de pointes pâles aux secondaires (...)) "
- prof. J. F. à M. A. pour Ornithondar, 2018 01 31

" Une telle tâche gigantesque à la gorge...
Les sous-caudales sombres dessus et dessous sont aussi bien visibles. "
- G. D. à B. P., correspondances

A tout maître tout honneur, le dernier mot sera pour Gerald Driessens, "l'illustrateur de l'ouvrage de référence pour les martinets" du monde, rappelle opportunément Bram Piot. De ses correspondances adressées à mon camarade de Dakar, retenons finalement ceci: "Aucune possibilité que les Cafres aient un tel croupion large et une telle étendue de la gorge et des sourcils (même le front)." "Le fait que vous en ayez vu autant ensemble, bien sûr, signifie qu'ils ne peuvent pas être des hybrides, comme Ron [Demey] l'a déjà indiqué." "De plus je suis tout à fait convaincu qu'avec la structure de la queue sur la photo 7122 [troisième photo ci-après, ndlr.] vous pouvez prouver que c'est Horus."

En conclusion...
"Vous avez fait fort, pour le Sénégal" 
"A moins qu'il y ait quelque part des martinets que nous ne connaissons pas."
"ça reste un groupe intrigant"
- Gerald Driessens, correspondances avec Bram Piot

Ci-dessous:
martinet horus - Apus horus, Horus swift, en plumage usé
Au-dessus des talus d'ocres de la Doué, 
vers Gamadji Saré 2018 02 12, 16h27 / © Photo par Frédéric Bacuez, tous droits réservés
Ci-dessus:
répartition d'Apus Horus
les mentions d'Afrique occidentale et le site de notre découverte sénégalaise
 par Senegal Wildlife / Ornithondar du 2018 01 4
F. B., sur la base de la cartographie IUCN Red List

Répartition et habitat

Notre découverte ouvre de nouvelles perspectives pour l'espèce, peu documentée de toute l'Afrique atlantique. On sait que sur le versant ouest du continent, le martinet horus est présent dans la bande littorale de l'Angola et des deux Congo, sur quelques sites du Gabon (souvent des sujets de forme sombre), puis sur les marges camerounaises et nigérianes. Vers l'ouest ensuite, quelques rares mentions, accidentelles (?), du W nigérien, du lac Tchad, des plateaux nigérians - et c'est tout. Les dernières données de Apus Horus en Afrique occidentale sont de 2004 [in African Bird Club, ABC] et proviennent du nord-ouest du Ghana, précisément du parc national de Mole (Mole NP), juste au sud de Nazinga (RGN, Burkina Faso) que j'ai bien fréquenté, jadis. Et que connaît parfaitement le biologiste François Baillon, qui rappelle fort à propos une vérité élémentaire: "tu n'ignores pas que tous les Apodidae se déplacent sur des distances considérables, aussi en fonction des conditions météo locales." Et de me raconter ce souvenir d'août 1995, dans la plaine Tikar (centre du Cameroun), avec ses dix espèces d'apodidés (affinis, parvus, sabini, cassini, ussheri, sladeniae, aequatorialis, melanopygia et horus) : " juste 1 Horus identifié (mais pas certain qu'il était seul) dans un vol polyspécifique de 120 à 150 individus d'Apus apus, aequatorialis, parvus et cassini. [Il y avait un] essaimage important de termites ailés, par milliers au-dessus de la mosaïque périforestière (...)" [conversation F. Bai. & F. Bac. 2018 04 11].

Ces martinets horus fréquentaient en janvier et février un site tout à fait conforme à leur habitat traditionnel en Afrique orientale et australe: si dans toutes ces régions, ainsi qu'au Cameroun, ce martinet a une préférence pour des plateaux d'altitude variable (au-dessus de 700-750 m dans l'Adamoua et ses replats limitrophes, mais bien plus haut dans les massifs sud-africains), nous sommes ici bien plus bas (10-15 m). Cependant, au bord de la Doué, un effluent paisible du fleuve Sénégal, la berge méridionale est constituée d'un aplomb de falaises d'ocres particulièrement friables dans lesquelles nidifient des martins-pêcheurs sp. et surtout des guêpiers sp. Nous observons au moins deux paires des martinets horus qui à l'évidence utilisent des trous/terriers placés à quelque six-huit mètres au-dessus de la rive de la Doué, très basse à cette époque et dégageant une longue plage (cf. photos en bas de notule). A plusieurs reprises, et soudainement, certains quittent le groupe de haute voltige, piquent et entrent dans les tunnels pour en ressortir quelques minutes plus tard. Le Rhodésien/Zimbabwéen R. K. Brooke décrivait déjà en 1971 un habitat similaire, des rives du Chari (Tchad), vers l'ouest, et du Nil Bleu (Soudan), vers l'est, à la province du Cap (Afrique du Sud): "(...) breeds, as far as is known, only in holes in vertical banks made by other birds, those excavated by members of the Meropidae, Alcedinidae, Hirundinidae and Sturnidae being largely favoured." (in Geographical variation in the Swifts Apus Horus and Apus Caffer). Nous avons même assisté, en janvier, au coucher d'une paire, en toute fin de journée [01 5]; puis assisté à sa première sortie matinale, le lendemain [01 6]. Un bon présage pour une reproduction locale, ce qui donnerait à notre découverte un surcroît d'intérêt. Bram Piot devrait revenir dans la moyenne et haute vallée du fleuve Sénégal pendant la saison humide - ça tombe bien... Nous n'en avons pas fini avec la belle trouvaille de ce début d'année 2018.

Il est d'ailleurs admis qu'au contact de l'Afrique centrale et occidentale, loin de notre vallée sénégalaise il faut encore le rappeler ici, la présence d'Horus n'est pas permanente. Selon des auteurs sud-africains, l'espèce serait partiellement migratrice, du sud vers le nord avant reflux (mais à quel moment ?), et serait même en lente expansion, avec une tendance à l'augmentation de ses effectifs, jamais abondants, en tout cas peu grégaires au regard d'autres espèces d'Apodidae. Les mentions incidentes de Centrafrique, du Niger, du Nigeria, du Tchad et surtout du Ghana tendraient à confirmer ces observations australes. Comme l'écrit fort justement Bram Piot dans le billet de Senegal Wildlife, "it's always exciting of course to find an addition to a country's species list, but in this case we have a highly unexpected record since it comes down to a range extension of no less than 1 600 km, and because the species may even breed here. Plus, one can now safely assume that Horus Swift occurs in Mauritania, Mali and Burkina Faso, and why not in northern Cote d'Ivoire and NE Guinea too", voire même au-delà du fatidique 21°N, frontière virtuelle entre l'Afrotropical et le Paléarctique occidental (WP). A vos jumelles, têtes en l'air !

Post-scriptum: on ne surveille pas assez les Apodidae dans les cieux, sous nos cieux en particulier. Notre collègue Mohamed Amezian (Maroc) vient de publier un article passionnant dans Maghreb Ornitho, relatant le suivi par balises satellitaires en 2013-2014 de plusieurs martinets unicolores (Apus unicolor, Plain Swift), une espèce inféodée aux îles Canaries, à Madère et au littoral atlantique marocain de la région d'Agadir. Surprise ! La technologie et l'équipe de Tristan Norton (in African Bird Club et SOC, 2018) nous révèlent que cette espèce vient hiverner dans les cieux guinéens de l'Afrique occidentale après avoir traversé, inévitablement, l'espace aérien de notre région (Mauritanie, Mali, Sénégambie)... Allez, une prochaine première coche pour la liste du Sénégal ?!
Lire: Geolocator study reveals that Plain Swifts winter in equatorial West Africa, in MaghrebOrnitho 2018 03 29

Horus
"celui qui est au-dessus", "le lointain", 
fils d'Isis et d'Osiris, est dans l'Egypte antique
le dieu de l'azur, des espaces célestes
- des sables de l'harmattan aussi ?

Ci-dessous:
martinets horus au-dessus de la Doué, par temps calme [01 5] et dans le chasse-poussière de l'harmattan [02 12]
 Ente Gamadji Saré et Ndioum 2018 01 5-6 & 02 12 / © Photos par Frédéric Bacuez (détails), tous droits réservés
Un grand merci à Jérémy Calvo pour la post-production !

In situ...
Avec les martinets horus !

Ci-dessous:
Bram Piot en preneur de sons
Et les deux équipes au boulot - (janvier et février, c'est à la couleur des photos qu'on fera la différence !
2018 01 5-6 & 02 12 au-dessus de la Doué, vers Gamadji Saré / © Vidéo et photos smartphone Frédéric Bacuez
Ecouter l'enregistrement ICI sur Xeno-Canto, par Bram Piot 2018 01 6, 8h30
- Cliquer sur les photos pour agrandir -


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