" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

jeudi 30 décembre 2010

30, Djoudj: moins de pélicans nicheurs qu'en 2009

Ci-dessus: 2010 12 30 matin, le nichoir des pélicans blancs sur le marigot de Djoudj / Photo par Frédéric Bacuez


* Parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD). Nichoir des pélicans, marigot de Djoudj -

MATIN-
Pleine saison nidificatrice pour les pélicans blancs du Djoudj ! D'innombrables poussins tout noirs, se confondant avec le socle qui les supporte, sont immergés au coeur de la masse de plusieurs milliers d'adultes, mais déjà plusieurs dizaines d'entre eux marchent et déambulent aux lisières de la colonie. Certains  ont déjà chuté au pied du tertre et ne pourront plus remonter la paroi abrupte, mourant de faim ou bientôt dévorés par les sauriens qui fréquentent les environs.
Après avoir rejoint les parages de leur site de nidification, fin octobre (cf. notule), les pélicans blancs ont pondu entre fin novembre et mi décembre sur l'îlot du Djoudj: délicatement posés sur les pieds palmés de leurs parents, 1 à parfois 6 oeufs, le plus souvent 2 n'ont donné à la vie en général qu'un seul poussin. A partir des 3e-8e jours, le tout premier duvet couvre rapidement le gros poussin d'un habit couleur de suie - c'est le cas, aujourd'hui. Les premières plumes apparaissent entre la 3e et la 4e semaine, puis toutes les plumes à 8 semaines. Les petits quittent le nid dès la 4e semaine - on en voit déjà, ce jour, à l'écart des adultes qui couvrent les plus jeunes poussins. Les pull forment peu à peu des crèches de 10 à 100 juvéniles bien blottis les uns contre les autres afin de faire masse contre les prédateurs qui rodent autour du nichoir: crocodiles, varans, chacals.






Ci-contre: saison 2010-2011
.

2010 12 30; sur le Djoudj, le nichoir des pélicans blancs, saison 2010-2011, seul le tertre principal est  occupé

Ci-dessous: saison 2009-2010.
2009 11 29; les trois  parties du nichoir sont occupées par 16 000 pélicans blancs !

/  Photos par Frédéric Bacuez


Il y a en moyenne 7 000 couples de pélicans blancs sur le 'nichoir de Djoudj'*1, et le nombre de poussins à la naissance est d'environ 5 000. Devant le spectacle féerique de l'îlot couvert de ces énormes palmipèdes, j'ai cependant la sensation qu'il y a moins de nicheurs qu'en 2007-2008, et assurément moins que l'an passé: il est vrai que le comptage annuel de janvier 2009 avait relevé le chiffre record de 16 000 individus dans les limites du parc national ! Cette saison, certaines parties du tertre restent inoccupées et la petite plate-forme voisine du grand nichoir ne supporte aucun pélican, à l'exception d'un cadavre de poussin. Rien d'inquiétant, sachant que nos pélicans, emblèmes du delta sénégalais*2, n'occupent le Djoudj pour y nicher que depuis 1976; qu'ils venaient de l'Aftout es Saheli mauritanien où ils nichaient plus ou moins régulièrement dans les années 60', dans des conditions plus difficiles qu'au Djoudj. Et surtout, les pélicans blancs commencent à nicher de plus en plus fréquemment dans le parc national du Diawling limitrophe, à quelques tire d'ailes. Et reprennent aussi le chemin de l'Aftout où certains nichent irrégulièrement comme en 2003 et 2006. Il y a un an, fin novembre, un important regroupement sur une belle langue de terre au lac de khar, dans le parc national du Djoudj, m'avait fait imaginer que désormais il fallait s'attendre à de nouvelles tentatives de nidification hors le nichoir du seul marigot de Djoudj. On y est: outre la colonie du Banc d'Arguin, avec ses 3 800 couples (1997), et celle du Djoudj (9 366 individus comptés sur le nichoir en 2002 et 12 595 individus comptés sur tout le périmètre du parc national en 2004), les pélicans blancs du delta occupent de plus en souvent des lieux de pontes plus ou moins fructueuses, sur deux autres sites mauritaniens: le parc national du Diawling (par exemple en 1993 et 1995; et 1 400 nicheurs en 1999, avec 5 à 10 pélicans gris !) et dans l'Aftout es Saheli, plus au nord. Au Sénégal, les pélicans blancs se mêlent plus ou moins régulièrement aux pélicans gris pour nicher dans les colonies de Popenguine (Petite Côte), du Sine Saloum et de kalissaye (Casamance). Mais en Afrique de l'Ouest, outre le Banc d'Arguin (Mauritanie) et le Djoudj (Sénégal), le seul autre site de nidification annuel  - pour l'heure !- se trouve au Nigeria, sur le tertre du Wase Rock Bird Sanctuary (Etat du Plateau). Et les quelques milliers de couples reproducteurs du Djoudj, la plus importante colonie d'Afrique occidentale, pèsent peu au regard des 40 000 couples nicheurs du lac Rukwa, en Tanzanie (Afrique orientale) ! On ne fera pas la fine bouche, en partageant la remarque du célèbre ornithologue de Naurois qui disait dans les années 70' que 'nos' pélicans du Djoudj offraient probablement - un peu comme les flamants du lac Nakuru au kenya- " l'un des plus beaux spectacles que puisse offrir la nature". Un enchantement...

*1 8 500 couples nicheurs dans les années 80'; de 4 à 5 000 couples nicheurs entre 2000 et 2008
*2 On évalue la population totale de pélicans blancs dans le delta du fleuve Sénégal (Mauritanie et Sénégal) entre 20 et 40 000 individus (39 406 en 2004 01; 21 925 en 2006 01; 22 875 en 2007 01)

2 commentaires:

  1. Mon dieu des pélerins ! Je te souhaite Frédéric, une heureuse et bonne Année 2011 !
    Amitiés: thibault

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  2. Ah oui, c'est vrai ! Quelle imagination ! 'sont même montés sur la pierre, nos psalmodiants !
    Bonne année à toi aussi, Thibault ! La mienne, sans doute la dernière avec les pèlerins, mais chuuuuut...
    A bientôt. Frédéric.

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