" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

jeudi 10 janvier 2013

10, un Busard cendré de la rarissime aberration mélanique

Ci-dessus:
un Busard cendré de la rarissime aberration mélanique !
2013 01 10, 9h du matin dans la plaine alluviale du fleuve Sénégal / © Photo par Frédéric Bacuez

* Plaine alluviale du fleuve Sénégal -

Confirmation de mon observation du 3 janvier dernier (voir ICI sur Ornithondar), ce matin: il y a bien, cet hiver dans la plaine alluviale du fleuve Sénégal, un Busard cendré (Circus pygargus, Montagu's harrier)* de la rarissime aberration mélanique ! Seulement 1% des Busards cendrés sont touchés par ce particularisme morphologique d'origine génétique, qui n'est ni une phase de plumage ni une forme sombre ou claire comme cela existe chez certains rapaces - dont l'exemple le plus connu est l'Aigle botté (Hieraaetus pennatus). Ce Busard cendré est bel et bien un adulte dont le plumage est noir, c'est à dire touché par une exagération chromatique de ses plumes: un excès 'génétique' de mélanine les rend extrêmement sombres, voire noires anthracite. 
Il s'agit ici vraisemblablement d'un sujet de la péninsule ibérique, zones où l'on rencontre le plus de Busards mélaniques: jusqu'à 30% des effectifs du nord du Portugal et du nord-ouest de l'Espagne (lire sur Ornithomedia Une femelle mélanique de Busard cendré en Estrémadure) sont affectés par un phénomène génétique propre aux populations marginales d'une aire de répartition générale d'une espèce.

 Busard cendré mélanique levé dans les herbes de la plaine alluviale
2013 01 10 matin / © Photo par Frédéric Bacuez

Ce matin, j'ai passé deux bonnes heures à courir derrière mon Busard mélanique, dans la vaste plaine sans ombre ni cachette... Comme tous les Busards, le rapace apparaît ici, fait ses voltiges au ras des champs d'herbes et des marais asséchés et disparaît; pour réapparaître là, un peu plus loin, toujours plus loin, trop loin de moi. A chaque approche, le Busard se volatilise, et quand il revient, je cours au plus vite me dissimuler au pied de l'étendue herbeuse suivante, ou me faire oublier durant quelques instants dans l'enchevêtrement d'un tamarix senegalensis. Souvent, les pattes pendantes le Busard tâche de pratiquer le vol stationnaire, autrement moins adroitement (cf. photo ci-après au milieu, première ligne) que les Faucons crécerelles (falco tinnunculus ssp. tinnunculus) et les deux Circaètes Jean-Le-Blanc (circaetus gallicus) qui ratissent aussi la plaine, cet hiver... Dès qu'il descend au sol, je me précipite pour gagner du terrain, et même trop de terrain ! Le voilà enfin tout près, décollant devant moi, à quelque vingt mètres, surpris autant que je le suis; cette fois, aucun doute, il s'agit d'un sujet mélanique, un mâle. Le temps de le photographier en rafale que démarre en trombe un Phacochère (phacochoerus africanus, common warthog) assoupi sur sa litière d'herbes couchées sous un tamarix, après son petit déjeuner: les racines de quelques massettes riches en eau...

Nota: j'ai remarqué que les Busards cendrés sont régulièrement attaqués par d'autres rapaces, lors de leur séjour deltaïque; même les cousins Busards des roseaux (circus aeruginosus) ne se privent pas de les éloigner des terrains de chasse: il y a quelques jours, l'agression sans relâche d'un mâle 'normal' par un Busard des roseaux a bien duré un quart d'heure, et le Busard cendré avait quelques difficultés à parer les offensives de son concurrent dominateur. Aujourd'hui, ce sont les Milans d'Afrique (milvus parasitus) qui avaient décidé de gêner le Busard mélanique dans sa quête de proies: d'abord un puis trois Milans s'évertuaient à gêner les voltiges du Busard ou à le survoler en rase-mottes quand celui-ci était au sol, occupé à dépecer ses acridiens capturés (cf. photos ci-dessous, deuxième ligne).

Ci-dessous: 
Busard cendré mâle mélanique, en chasse et agressé par un Milan parasite
2013 0 10 matin / © Photos par Frédéric Bacuez, DR
- Cliquer sur les photos pour agrandir -




* Le Busard cendré n'est plus une espèce en danger: importante aire de distribution de la Grande-Bretagne à la Mongolie - dont 35 à 65 000 couples nicheurs en Europe; nette progression de ses effectifs dans ses pays clés comme la Russie, l'Ukraine et la Pologne; regain des populations dans des pays où il était encore menacé de disparition au début des années 80' du siècle dernier (Allemagne, Tchéquie, Hongrie, Autriche), compensant son déclin dans d'autres pays à la marge (Portugal, Turquie, Arménie, Suède).
Quelques estimations de populations européennes (couples nicheurs, source: BirdLife International):
Russie, 20 à 35 000 couples / France, 3800 à 5100 couples / Espagne, 2500 à 10 000 couples / Pologne, 1300 à 2500 couples / Ukraine, 1500 à 2400 couples / Portugal, 500 à 1000 couples / Allemagne, 234 à 283 couples

2 commentaires:

  1. nous en avons trouvé un jeune cette année 2015 avec 3 autres frères et sœurs parfaitement normaux dans les environs de Nomeny (Lorraine ) tous sauvés de la moissonneuse

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  2. http://rapaces.lpo.fr/busards/suivi-des-dortoirs-dans-la-vienne

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