" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

mardi 12 novembre 2013

12, et les pythons ? - comme d'habitude, morts, dans les filets !

2013 11 12 au zénith dans la plaine alluviale du fleuve Sénégal: python de Séba dans les filets mono-filaments abandonnés in situ
/ Photo par Frédéric Bacuez

* Plaine alluviale du fleuve Sénégal -
2013 11 12. APREM'-

1/ On rase tout, pour rien...

Un financement destiné à un périmètre rizicole existant a été détourné par une clique de bras-cassés (sic) du village. Avec le don du ciel, en l'occurrence celui d'une toubab, Dieu est grand et miséricordieux, la fine équipe s'est mise en tête d'ouvrir ses propres casiers. Pour ce faire, 'on' a d'abord tout rasé - c'est le plus entraînant, et le plus gratifiant, car le résultat du "travail" est assez vite édifiant, je ne rigole pas ! Tous les tamarix senegalensis y sont passés, même ceux qui bordaient et maintenaient une roubine pour le bonheur des oiseaux; ils colonisaient pourtant un terrain particulièrement salin, ici, mais bon, un arbre c'est un arbre, on ne va pas non plus chercher à savoir pourquoi cet arbuste prospère ici et pas là-bas, ça c'est affaire de Dieu... Ensuite, 'on' a brisé la digue censée protéger la plaine et creusé une brèche (on adoooore les brèches, au Sénégal !) censée récupérer l'eau de la plaine alluviale quand elle trempe sous la crue. 'On' a fait venir un tracteur obligé pour tout retourner ainsi qu'une antédiluvienne pompe pour amener l'eau, puis 'on' a semé dans les carrés, le coeur vaillant. Résultat de la prouesse: rien, pas un grain de riz ! Les sols oxydés brutalement gorgés d'eau ont aspiré vers la surface tout le sel accumulé en profondeur. Un paysage de désolation, un de plus. 'On' est retourné au village, en se disant que Dieu n'a pas voulu; 'on' s'est assis, et 'on' a repris les activités ou les petits trafics habituels, sans se fatiguer ni se poser de questions.

Ci-dessous: 2013 11 12 13h30/14h, une brèche dans la digue de la plaine alluviale pour des rizières qui n'ont rien donné !
Plaine alluviale de Biffeche / Photos par Frédéric Bacuez
- Cliquer sur les photographies pour les agrandir -




2/ On laisse tout en plan, outils, filets et python-dans-le-filet !

Au niveau de la brèche, aux heures chaudes de l'après-midi l'endroit sans ombre empeste la bête morte. Il n'y a pas besoin de chercher longtemps dans le capharnaüm laissé sur place après la saison des pluies - sachets, sacs de riz remplis de terre pour enjamber et maintenir la tranchée, bâtons, filets 'chinois' et 'locaux', bouts de tuyaux en PVC, ferrailles diverses et variées... Et la moto-pompe ! Dans le chantier typique du savoir-faire bangotin, un python de Seba (python sebae, african rock python) relevé et jeté avec les filets sur la digue après le tarissement des eaux de crue finit sa décrépitude, rongé par une myriade d'asticots.

Nota: des quelques espèces de serpents du delta stricto sensu, peu nombreuses, le python de Seba est celui qui paye le plus lourd tribut à l'irréductible archaïsme des activités de pêche paresseuse: tendre des filets mono-filaments - voire des restes de filets !- dans les eaux boueuses au milieu des herbiers et des massettes, et partir... avant de revenir quelques jours plus tard pour ramasser tout ce qui s'est pris aux pièges - du cormoran* et même du pélican, oui oui, au périophtalme en passant par de menus poissons, des grenouilles occipitales, les inévitables varans et l'immanquable python ! Ce qui est jugé trop imbibé d'eau, pas mangeable, ou déchiqueté par d'autres animaux est abandonné sur place. Si les (couleuvres) psammophis se faufilent partout à grande vitesse, les pythons ont la fâcheuse manie d'aller visiter ces filets dormants ou abandonnés pour récupérer ce qui s'y accroche à tous les coups... A leur tour bien souvent les gros reptiles se font prendre tant les mailles de nylon ne laissent guère d'échappatoire et cisaillent rapidement toute chair qui se débattrait !

* Lire sur Ornithondar2013/12/16, par dizaines noyés dans les filets
Ainsi que les notules d'Ornithondar qui rapportent régulièrement la mort d'un python de Seba (cf. libellés)

Ci-dessous: 2013 11 12, exemple typique de filet resté sur place après la décrue dans la plaine alluviale du Sénégal... 
/ Photo par Frédéric Bacuez

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