" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

vendredi 8 novembre 2013

8-9, un gobemouche noir et un rougequeue à front blanc dans le jardin sénégaulois !

2011 09 27 sur la digue bangotine, gobemouche noir à l'affût près du marais / Courtesy photo par Rozenn Le Roux pour Ornithondar

* Bango, impasse Gustave Pelloux. 'Chez Eddy & Fatou' -

Pour l'ornithologue, c'est toujours une émotion renouvelée que de voir les oiseaux migrateurs du Paléarctique occidental à la fois dans leur aire de reproduction estivale (Europe) et sur leurs sites de stationnement hivernal (Afrique) ! Surtout quand on vient de les quitter au nord, après les y avoir observés dans les prémices de leur migration postnuptiale, pour les retrouver au sud du Tropique, installés pour la saison ou en transit, en route vers des lointains plus exotiques.
A peine les bagages déposés, en effet, deux passereaux familiers de l'Europe font leur apparition furtive dans le jardin bangotin, devant la baie vitrée du salon...:

  • Le 8 novembre, 1 gobemouche noir (ficedula hypoleuca, pied flycatcher, cf. photos en haut de notule et ci-après) descend de son perchoir arboré, d'un recoin du jardin, pour attraper un insecte sur la terrasse. Il en est rapidement chassé par l'un des nombreux et bruyants bulbuls (pycnonotus barbatus ssp. inornatus) des lieux. Ce gobemouche-là est un migrateur retardataire, en route vers la ceinture pré-forestière de l'Afrique occidentale et centrale. A l'automne, après la traversée du Sahara, les gobemouches noirs font traditionnellement halte au Sahel: certains jours de septembre, au plus fort des passages de la migration postnuptiale, les arbustes qui bordent les chemins et les digues du delta sont littéralement envahis par les gracieux chasseurs d'insectes, qui profitent des aller et venues (humains, bovins, charrettes, quelques véhicules) pour 'gober' les proies soulevées dans la poussière (cf. photo en haut de notule)... Cela dure deux ou trois jours* puis nos gobemouches disparaissent définitivement, aussi rapidement qu'ils ont surgi dans le paysage deltaïque. Au printemps, la migration prénuptiale est ici imperceptible car nos insectivores ailés remontent gavés des savanes et forêts où ils ont passé l'hiver; ils ne s'arrêtent pas au Sahel, à cette époque accablé de sécheresse - et vidé de ses insectes...

* Dans les Alpes du nord, près du col de la Colombière (Haute-Savoie) où j'observe aussi les migrations postnuptiales, entre 1200 m et 1700 m d'altitude, les gobemouches noirs venus de l'Europe du nord et de l'est font halte principalement du 25 août au 10 septembre (obs. pers.). Au sud du Sahara, si les tout premiers gobemouches noirs apparaissent déjà dans le paysage deltaïque du Sénégal dans la dernière semaine du mois d'août, au coeur de la saison des pluies tropicales (25-31 08, obs. pers., peut-être des sujets des populations localisées d'Europe occidentale - Belgique, France, Espagne- et du Maroc ?), le gros des troupes et les stationnements massifs ont lieu au cours des trois dernières semaines de septembre*1, en particulier entre le 13 et le 27 du mois (obs. pers. avec Rozenn Le Roux, cf. photo en haut de notule). En octobre, les haltes sont toujours effectives, mais à raison d'un ou deux individus ici et là, essentiellement pendant les trois premières semaines du mois (4-21 10, obs. pers.). Après, en novembre, quelques retardataires peuvent être 'cochés', dans les jardins (ce 8 11), ou près des marigots (3 11, obs. pers.). Pas d'observation personnelle au printemps.

*1 Lire sur Ornithondarles gobemouches noirs en transit, par dizaines

Ci-dessous: gobemouches noirs en France, lors de leurs passages migratoires prénuptiaux (à g., 2013 04 15, mâle en mue nuptiale, 'milieu de la Loire', Pouilly-sur-Loire, Nièvre et Cher, France) et postnuptiaux (au centre et à d., 2013 08 31 & 09 6, plateau de Samance, Haute-Savoie, France)
/ Photos par Frédéric Bacuez


  • Le 9 novembre, 1 rougequeue à front blanc (phoenicurus phoenicurus ssp. phoenicurus, common redstart, cf. photo en bas de notule) chasse sous les vénérables prosopis du jardin: c'est une femelle, elle hoche de la queue nerveusement, remue de la tête en tous sens et s'élance pour saisir au vol les insectes ailés avant de regagner son perchoir, ici une palissade de seckos, là une branche morte. S'agit-il d'un migrateur là-aussi en transit (la majorité des phoenicurus affectionne les savanes au sud du 15e parallèle) ou d'un authentique hivernant des confins sénégalo-mauritaniens ? De petits effectifs stationnent au Sahel et dans notre delta quand les conditions végétales restent favorables, c'est à dire si le couvert arboré n'y a pas été réduit à de misérables arbustes, malmenés, torturés, blessés... Et les 'vrais' arbres y deviennent de plus en plus rares... 

2012 08 5, rougequeue à front blanc, mâle de 1er été;
Haut-de-Samance, Haute-Savoie, France / Photo par Frédéric Bacuez

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