" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

lundi 16 décembre 2013

16, par dizaines noyés dans les filets dormants... pour rien !

2013 12 16, cormoran africain noyé dans un filet dormant, canal d'irrigation des casiers rizicoles / Photo par Frédéric Bacuez


* Canal de dérivation du Lampsar d'eau douce à Taba Tache -

En longeant le canal de dérivation (cf. photo en bas de notule à g.) qui achemine l'eau du Lampsar jusqu'aux confins rizicoles de Taba Tache, Ornithondar observe de nombreux ardéidés (egretta sp., ardeola ralloides et butorides striata) et cormorans (phalacrocorax africanus). La végétation riveraine sur d'antiques digues de terre bosselées est faite d'acacias pleureurs, de tamarix buissonnants tandis que les touffes de typhas et les plaques de nympheas colonisent l'eau de la rigole. Régulièrement nous dérangeons les cormorans africains et les crabiers chevelus qui sont en train de pêcher; ils s'élèvent précipitamment du cours d'eau et rejoignent un peu plus loin les arbres qui servent de reposoirs à des dizaines de leurs congénères, pour la plupart des individus juvéniles (cf. photo ci-dessous). 

2013 12 16, cormorans africains de 1ère année sur tamarix senegalensis,
au bord du canal de dérivation Lampsar-Taba Tache / Photo par Frédéric Bacuez

Après chaque saison des pluies, les cormorans africains (phalacrocorax africanus, long-tailed cormorant) de 1ère année recherchent les sites nourriciers les plus commodes, les plus faciles à exploiter: on les voit près des campements de pêche, des villages riverains, des prises d'eau, des canaux d'irrigation. C'est là que la majorité de ces cormorans, inexpérimentés et imprudents, périra - victimes des pièges hameçonnés et concoctés par les petits d'Hommes, ou noyés dans les mailles des filets dérivants et/ou dormants, ou abandonnés in situ, partout. Le pire est que dans ce pays de gaspillage absolu - comme si le Sénégal, déshérité parmi les déshérités, avait besoin de ça !- ces cormorans, et d'autres espèces vivantes, deviennent non comestibles tant ils trempent durablement dans l'eau avant que le 'pêcheur' ne vienne relever son filet, neuf ou usagé, ses hameçons, ses nasses... Combien de fois nous avons pu observer le gâchis et constater que pour un poisson ou un oiseau récupéré par le 'prédateur', des dizaines de ses victimes sont rejetées à l'eau, ou laissées sur place, impropres à toute consommation, humaine comme animale ! C'est effarant - et probalement inintelligible !

Des dizaines de cadavres, depuis des jours et des jours dans les filets...

Ce matin nous découvrons que sur les deux cotés du canal, au milieu des herbes et des branches immergées, plusieurs alignements de filets encadrent le cours de l'eau. Nous découvrons d'abord quelques cadavres de cormorans, rejetés sur les bords de la rigole, momifiés par le soleil, prostrés dans des attitudes qui en disent long sur les souffrances de leur agonie. Les flotteurs faits de polystyrène nous permettent aisément de suivre le 'maillage' des filets: très vite, nous devinons qu'il y a d'autres 'choses', souvent dégradées, coincées dans les mailles de nylon... Nous décidons de relever les filets installés près de notre berge: à chaque fois, il s'agit de traînes de plusieurs dizaines de mètres, lestées de simples cailloux, complètement verdies par les micro-algues parasites.


Ci-dessus: 2013 12 16, l'équipe d'Ornithondar retire les filets dormants du canal de dérivation et découvre leurs innombrables victimes... 
/ Photos par Moïse Guiré et Frédéric Bacuez

Au fur et à mesure que nous tirons les filets gluants, nous découvrons l'invraisemblable cabinet des horreurs - et l'ahurissante conséquence de la paresse, de l'ignorance, de l'incompétence professionnelle y compris dans le monde rural, des ravages à grande échelle de l'abrutissement des cerveaux.... De l'eau émergent des dizaines de cormorans, certains décomposés, d'autres à moitié dévorés par les poissons, des silures et des carpes noyés, ainsi qu'un jeune varan du Nil - à ce qu'on dit 'sacré' dans le coin, ben voyons... Sur la berge d'en face, un crabier chevelu flotte dans un amas de plumes ébouriffées, détrempées. Une grenouille occipitale a réussi tant bien que mal à se hisser sur le cordage d'un filet: nous la tirons vers nous avec le piège; une patte arrière est tellement enserrée dans les nylons 'chinois' que celle-ci a démesurément enflé avec les jours; nous découpons au mieux les mailles qui retiennent l'infortunée et la libérons. Un peu plus loin, c'est un filet noir qui est disposé en travers du canal: ses mailles sont si étroites qu'il est impossible, même à un alevin, de remonter la rigole ! Sur le bord, immergée, une nasse de fer encage quelques poissons-chats - depuis combien de jours ou de semaines ?- tandis qu'au sol, sous l'arbre voisin, de minuscules poissons ont été abandonnés lors d'un dernier passage du 'pêcheur'... Aberration des 'techniques de pêche', dévastation indifférente et gratuite de son propre 'environnement', inutilité économique et probable vacuité cérébrale - que des incohérences incompréhensibles d'un point de vue rationnel !...

Ci-dessous: un canal si paisible (en bas de la galerie à g.)...
Le grand n'importe quoi contre la Nature, version sénégalaise:
Crabiers, cormorans, silures, carpes, varans, grenouilles - rien ne passe à travers les mailles des filets dormants - si dormants qu'ils sont probablement relevés à la saint glinglin, une fois que toutes les prises, fruits du hasard et probablement du ciel, ont fini par pourrir et nourrir d'autres victimes à venir... La folie prédatrice à l'état le plus primaire !
/ Photos par Frédéric Bacuez




- Cliquer sur les photos pour les agrandir -



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