" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

dimanche 22 décembre 2013

22, le tantale ibis, harponneur hors pair !

2013 12 22, tantales ibis au-dessus du marais de Taba Darou Salam / Photo par Frédéric Bacuez

* Marais de Taba Darou Salam -

L'observation de plus d'une cinquantaine de tantales ibis (mycteria ibis, yellow-billed stork) au marais de Taba Darou Salam (Voir ICI sur Ornithondar), ce jour, n'est pas un plaisir fréquent: en dehors de la saison de reproduction, l'échassier est du genre solitaire, peu enclin à s'accommoder de la présence de ses congénères au-delà d'un ou deux complices de chasse... Ou quand les non reproducteurs se regroupent, après la saison des pluies, vagabondant en bandes ici et là dans le delta, de mare en mare... Ce qui est le cas ici, où la troupe semble réunir différentes classes d'âges post-juvéniles, essentiellement des individus immatures et subadultes.

Ultime représentant des cigognes africaines dans le delta

Le tantale ibis est un échassier de grande taille, de la famile des ciconiidés. Dans le delta du fleuve Sénégal, il est le seul représentant afrotropical des vraies cigognes*, les deux autres espèces (cigogne noire, ciconia nigra, et cigogne blanche, ciconia ciconia) étant des hivernantes du Paléarctique occidental venues du Maghreb et d'Europe. Une autre espèce subsaharienne, la cigogne d'Abdim (ciconia abdimii) peut être observée en saison des pluies remontant le cours du fleuve Sénégal jusqu'à la latitude de Matam. Deux des quatre autres membres régionaux de la famille 'manche longue' des ciconiidés (jabiru d'Afrique, ephippiiorhynchus senegalensis, et marabout d'Afrique, leptopilos crumenifer) ne sont plus dans notre région du fleuve que des souvenirs bientôt lointains ou des oiseaux erratiques venus de plus en plus épisodiquement des savanes méridionales.

* Effectifs mondiaux de cigognes observables - en petit nombre- dans le nord du Sénégal:
  • Tantale d'Afrique: 50 000 à 100 000 ind.
  • Cigogne d'Abdim: 300 000 à 600 000 ind.
  • Cigogne blanche: 500 000 à 520 000 ind.
  • Cigogne noire: 32 000 à 44 000 ind.

2013 12 22, pélicans blancs et tantales ibis au-dessus du marais de Taba Darou Salam
/ Photo par Frédéric Bacuez













Des nichoirs très localisés

Nota: le tantale ibis (50 000 à 100 000 individus pour toute l'Afrique) est aisément observable dans le delta sénégalais. A Saint-Louis par exemple, pendant la saison des pluies, on peut apercevoir quelques dizaines de juvéniles de l'année fréquentant la plaine alluviale et utilisant les mangroves de Roup comme dortoir. C'est un grand échassier peu exigeant dans le choix de ses reposoirs et nichoirs - ce qui l'a probablement sauvé malgré la disparition des bosquets de gonakiers pendant les années de sécheresse (1969-1998), et il reste toujours fragilisé par les bûcherons-charbonniers et les pilleurs de nids... De nos jours, les seules colonies nicheuses subsistent  uniquement dans les zones les moins abîmées par les Hommes, quasi exclusivement aux franges septentrionales du Djoudj; au début des années 60' du siècle passé, l'échassier ne nichait déjà que très localement au Sénégal, au sud en Basse-Casamance (sur des fromagers en pleine ville de Ziguinchor !), ici et là dans le Niokolo Koba, au nord dans la région de Richard-Toll*. La colonie mixte du Djoudj héberge en moyenne une centaine de couples, à partir de novembre-décembre comme les pélicans blancs (pelecanus onocrotalus), en compagnie d'ardéidés divers, de quelques ibis sacrés (threskiornis aethiopicus), de centaines de bihoreaux gris (nycticorax nycticorax) et de cormorans africains (phalacrocorax africanus).

* In 'Les oiseaux de Sénégambie', par G.J. et M-Y. Morel, 1975 et 1980, IRD Editions 




Ci-dessus: 2013 12 22, tantales ibis, grande aigrette et pélicans blancs au-dessus du marais de Taba Darou Salam 
/ Photos par Frédéric Bacuez
- Cliquer sur les photos pour les agrandir -

Le cou le plus réactif au monde !

Le tantale ibis est un oiseau tranquille, peu actif, peu bruyant. Sa seule occupation, quand il ne reste pas immobile durant des heures, au sol ou sur un perchoir, la tête rentrée dans les épaules comme un marabout, c'est d'arpenter de long en large, lentement, la vase ou l'eau paisible d'une mare, à la recherche de proies. Carnivore, il pêche/chasse avec une rare agilité les poissons, qu'il dérange en secouant la boue à l'aide de ses tarses, et parfois aussi les insectes aquatiques et les grenouilles. On prétend que les muscles de son cou sont les plus réactifs au monde, tant et si bien qu'on observe rarement la cigogne ne pas faire mouche quand soudainement elle foudroie l'eau de son bec jaune. De plus, le tantale est un remarquable voilier capable de toutes les acrobaties et les revirements aériens les plus spectaculaires - comme les ibis falcinelles ! On les voit dans le ciel remuer du cou à droite, à gauche, en haut et en bas avec une aisance déconcertante, s'autorisant ainsi tous les points de vue... avant de choisir leur point d'atterrissage avec la plus grande précision.

Ci-dessous: 203 12 22, une cinquantaine de tantales ibis au-dessus du marais de Taba Darou Salam 
/ Photos par Frédéric Bacuez

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