" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

samedi 11 mai 2013

11, une hirondelle rustique sous les tentes du Maure Bleu

2013 05 11, une hirondelle rustique fait halte sous la tente à l'éco-lodge du Maure Bleu, Ghara, dans le bas-delta du fleuve Sénégal, Mauritanie
/ Courtesy photo par Sylvie & Le Maure Bleu

* Bas-delta du fleuve Sénégal. Mauritanie, Ghara, Lodge Du Maure Bleu -

Vue sur le site du Maure Bleu (Voir ICI et surtout ICI)*1, cette hirondelle rustique (hirundo rustica, barn swallow) adulte et fatiguée, prenant quelques instants de repos sous la tente à l'éco-lodge de ma voisine Sylvie, près de Ghara dans les dunes au nord de Ndiago, à quelque quinze minutes de Bango à vol d'oiseau, de l'autre coté du fleuve, en Mauritanie. Cette retardataire (re)vient de loin, de l'Afrique australe où elle a passé l'hiver, et doit reprendre quelques forces dans le bas-delta avant la traversée ô combien redoutée du Sahara: bonne chance, fragile printanière !...

Nota: chez les oiseaux migrateurs au long cours comme les hirondelles, la migration prénuptiale (celle du printemps) est sans doute plus délicate que la migration postnuptiale. A l'automne en effet, les oiseaux peuvent bénéficier assez rapidement d'un sud saharien et d'un Sahel humidifiés et reverdis - c'est la mousson, qui remonte au plus haut, en septembre ! En année de bonnes pluies, comme c'est le cas depuis plus d'une  décennie, la région s'enrichit de gueltas débordantes d'eau. Au printemps, la savane - ou ce qu'il en reste, depuis longtemps convertie en champs... nus et secs en cette saison- et la frange sahélienne sont assoiffées, en attente des premières pluies (dites des mangues), aléatoires, insuffisantes... Il fait chaud et sec, très chaud dès que l'on s'éloigne un peu de la bande littorale. Pour les grands voyageurs comme les hirondelles, qui ont payé au passage un lourd tribut aux plaisirs gourmets des Camerounais et des Nigérians, la traversée de cette Afrique-là n'est encore qu'une croisière au regard des 1500 kilomètres qu'il leur faut maintenant franchir, des steppes arides balayées par un vent d'est turbulent, poussiéreux et desséchant, l'harmattan, et un Sahara de plus en plus torride pour les traînards du mois de mai - même les nuits y radoucissent dès mars...

Une traversée saharienne plus facile qu'autrefois

Heureusement, de nos jours, comme pour les Hommes la traversée saharienne devient moins rude pour nos chers oiseaux, en tout cas dans sa partie occidentale. Des rives du fleuve Sénégal aux confins des vallées méridionales du Maroc, le 'progrès' a permis de saupoudrer de plans d'eau, de barrages, et même de fermes agricoles le vaste no man's land que le désert n'est plus. Des bâtiments, des abris de toutes sortes permettent aux oiseaux, notamment aux passereaux, de s'abriter des rayons ardents du soleil. L'eau y est beaucoup moins rare aujourd'hui qu'il y a trente ans ! Les observations d'oiseaux en stationnement au beau milieu du Sahara se multiplient: les exploitations agricoles du Sahara occidental (comme Mijk ou MDS1*2 dans la région de Dakhla) sont des lieux privilégiés pour observer des 'surprises' en halte migratoire - y compris des blongios*3 ! Les barrages marocains de Ouarzazate et de Laayoune sont même devenus des hotspots courus par les naturalistes !

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