" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

samedi 16 février 2013

1-16, les jeunes balbuzards se rapprochent du fleuve

2013 02 5 17h, balbuzard pêcheur bagué au-dessus du Lampsar d'eau douce... et devant ma fenêtre !
/ Photo par Frédéric Bacuez

* Lampsar et fleuve Sénégal -

Depuis le début du mois de février, de nouveaux locataires du Lampsar tentent de se faire une place au soleil... et à la table piscicole du grand marigot pérenne. Comme chaque année, cette fois un mois plus tard que d'habitude, les jeunes balbuzards pêcheurs (pandion haliaetus, osprey) de 1ère voire de 2e années tentent de se rapprocher du fleuve Sénégal et de ses affluents, des grands lagons côtiers, de l'estuaire et du littoral. Ces lieux stratégiques et autrement plus généreux en ressources que les bas-fonds de l'hinterland, sont âprement défendus de septembre à janvier par les adultes qui se les ont appropriés, parfois depuis plusieurs saisons, et où ils ont tendance à revenir chaque hiver. Obstinément refoulés par leurs aînés vers l'intérieur des terres où les points d'eau tributaires de la pluviométrie tarissent dès le début de l'année, les balbuzards juvéniles y mènent une existence délicate, faite d'embûches et de dangers permanents: la faible profondeur des eaux, leur encombrement par la végétation coloniale, la présence d'innombrables filets tendus - ou abandonnés, sont autant de pièges qui occasionnent de nombreux accidents: Ornithondar l'a vérifié avec les affaires 'Leri', 'Joe' et 'Ceulan' - et peut-être 'Einion'...

Nous avions remarqué qu'en automne, les jeunes balbuzards faisaient la navette entre l'intérieur des terres des Trois-Marigots et le bas-delta du Gandiolais, généralement aux premières ou aux ultimes heures du jour, pour tenter de pêcher dans l'estuaire ou en mer avant de retourner sur le site de leur confinement, pour dormir. Entre le Lampsar et le Sénégal, nous avons également constaté que les juvéniles quittent leur reposoir solitaire tôt le matin pour s'essayer à la pêche dans le grand fleuve... Souvent, cette quête est loin d'être miraculeuse tant les adultes les harcèlent: ce n'est pas bien agressif, mais le survol ou le suivi piaulant par une imposante femelle adulte ne manque jamais de faire fuir l'impudent garnement, qui retourne souvent bredouille vers son repaire... 
En janvier et surtout février, tout semble changer, presque imperceptiblement. D'un coté, il nous semble que les adultes ont tendance à évoluer en duo: couples en formation ? Préparations et exercices pour le grand voyage printanier qui se rapproche ? Des regroupements d'adultes, parfois une dizaine et plus d'individus, sont observés sur des bancs de sable (comme les amis du Rutland Osprey Project l'ont constaté dans le Sine Saloum et en Gambie) ou des sites stratégiques comme Ornithondar l'observe sur la péninsule de Thiolet, à la confluence du Lampsar et du fleuve Sénégal. De l'autre, l'agressivité des adultes nous parait de moins en moins soutenue au fur et à mesure que le stationnement hivernal approche de son échéance; du coup, les jeunes balbuzards sont de mieux en mieux tolérés; on assiste alors à un renforcement des effectifs tout au long du littoral et des grands cours d'eau, même si les jeunes rapaces ne peuvent tout s'y permettre; on continue de voir les adultes les accompagner hors de leur domaine vital, ou les surveiller à distance, de loin, de haut...

C'est ainsi que le Lampsar d'eau douce a vu l'arrivée de trois nouveaux pensionnaires depuis le début du mois: un jeune mâle de l'année, particulièrement audacieux et... inconscient (cf. photos n°1 & 2 ci-après); et deux immatures bagués, beaucoup plus prudents (cf. photo en haut de notule). La 'gérante' du Lampsar (depuis le bolong de Dakhar-Bango jusqu'aux abords des herbiers du Ranch de Bango) laisse faire, se préservant toutefois l'exclusivité de la partie saumâtre devant les palétuviers de Thiolet, le Lampsar d'eau douce servant d'abreuvoir, notamment le soir, juste avant le crépuscule; la femelle expérimentée - fidèle au même site chaque hiver, depuis au moins 2008- arrive alors à basse altitude du marigot saumâtre par-dessus la digue bangotine, effleure en vol plané l'eau tranquille, boit à deux reprises et laisse négligemment les serres faire trempette au passage: c'est très beau, tout de grâce (cf. photo n°3 ci-après).

Ci-dessous, photos 1 et 2: 2013 02 6 midi, balbuzard pêcheur de 1ère année au-dessus des vannes de la digue bangotine
Ci-après, photo 3: 2013 02 13 18h30, balbuzard pêcheur, femelle adulte, buvant au Lampsar d'eau douce
 / Photos par Frédéric Bacuez




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