" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

lundi 9 novembre 2015

9, un gobemouche noir, migrateur postnuptial retardataire

Gobemouche noir, migrateur postnuptial stationné sur tamarix senegalensis
2015 11 9, 14h30 / © Photo par Frédéric Bacuez

* Plaine alluviale du Sénégal. Digue bangotine n°2 -

APREM'-
Ce 9 novembre, un gobemouche noir (ficedula hypoleuca, pied flycatcher) chasse à partir d'un bosquet dense associant tamaris, salvadoras persicas et palétuviers blancs. C'est le sujet le plus tardif qu'Ornithondar a pu observer dans le bas-delta sénégalais (cf. photo en haut de notule) lors de la migration postnuptiale. Il y a quelques jours, un sujet européen jugé également 'retardataire' avait été noté du Maroc (2015 11 3, Jardins botaniques de Rabat, obs. Pedro Fernandes, in MoroccanBirds).

Nota: les premiers gobemouches noirs apparaissent dans le bas-delta sénégalais dans la dernière semaine du mois d'août. Après la traversée du Sahara, les passereaux stationnent ici pendant quelques jours, le temps de reprendre des forces, se nourrir à satiété avant de poursuivre leur vol migratoire vers le sud où ils passeront l'hiver en zone boisée des latitudes pré-guinéennes. Le paroxysme des stationnements dans notre vallée se situe dans la dernière décade de septembre, spécialement dans les tout derniers jours du mois, et jusqu'aux cinq premiers jours du mois d'octobre. Ils peuvent devenir alors les plus abondants des passereaux, pour quelques jours seulement. La migration décline ensuite très vite, spécialement après le 15 du mois. Les sujets observés début novembre sont a fortiori des retardataires, néanmoins de plus en plus fréquents depuis que les automnes européens deviennent de moins en moins difficiles à supporter, même en Europe septentrionale...

En rappel:

" Dans le bas-delta du fleuve Sénégal, c'est lors des migrations postnuptiales des oiseaux du paléarctique qu'on aura grande chance d'observer l'hyperactif gobemouche noir, lors de sa brève halte au sortir du Sahara. Si Morel estimait que les passages aller et retour du remuant insectivore étaient peu visibles dans le nord du Sénégal, c'est probablement que le fameux ornithologue de Richard-Toll n'était pas sur le terrain au juste moment ! Car sa visibilité est particulièrement évidente fin septembre, précisément autour du 25 du mois, probable pic de son passage chez nous ! Dans la plaine alluviale entre Lampsar et fleuve Sénégal, ce sont des dizaines de ces passereaux qui font halte pendant quelques heures (au maximum deux jours ?) pour reprendre des forces avant de poursuivre leur route, pour beaucoup de la taïga aux forêts équatoriales ! Aux environs de Bango, on les verra chasser les insectes ailés tout au long des pistes-digues boisées d'acacias et de tamarix senegalensis; ce 27 septembre, sur 600 m de digue j'en ai compté une douzaine d'individus ! Entre le 23 et le 29 septembre, cette année, j'ai pu en voir progresser d'arbre en arbre, un peu partout entre Bango et Saint-Louis, gobant ici puis là  tout ce que la mousson permet d'éclore ! La plupart ont déjà leur plumage internuptial bien que certains mâles - gardant la petite tâche blanche au front que n'ont pas les femelles, plus ternes- ont encore le bas du dos et la queue encore noirâtre. "

- In Ornithondar, 2011 09 27

" Ce gobemouche-là est un migrateur retardataire, en route vers la ceinture pré-forestière de l'Afrique occidentale et centrale. A l'automne, après la traversée du Sahara, les gobemouches noirs font traditionnellement halte au Sahel: certains jours de septembre, au plus fort des passages de la migration postnuptiale, les arbustes qui bordent les chemins et les digues du delta sont littéralement envahis par les gracieux chasseurs d'insectes, qui profitent des aller et venues (humains, bovins, charrettes, quelques véhicules) pour 'gober' les proies soulevées dans la poussière... Cela dure deux ou trois jours*1 puis nos gobemouches disparaissent définitivement, aussi rapidement qu'ils ont surgi dans le paysage deltaïque. Au printemps, la migration prénuptiale est ici imperceptible*2 car nos insectivores ailés remontent gavés des savanes et forêts où ils ont passé l'hiver; ils ne s'arrêtent guère au Sahel, à cette époque accablé de sécheresse - et vidé de ses insectes...

*1 Dans les Alpes du nord, près du col de la Colombière (Haute-Savoie) où j'observe aussi les migrations postnuptiales, entre 1200 m et 1700 m d'altitude, les gobemouches noirs venus de l'Europe du nord et de l'est font halte principalement du 25 août au 10 septembre (obs. pers.). Au sud du Sahara, si les tout premiers gobemouches noirs apparaissent déjà dans le paysage deltaïque du Sénégal dans la dernière semaine du mois d'août, au coeur de la saison des pluies tropicales (25-31 08, obs. pers., peut-être des sujets des populations localisées d'Europe occidentale - Belgique, France, Espagne- et du Maroc ?), le gros des troupes et les stationnements massifs ont lieu au cours des trois dernières semaines de septembre*1, en particulier entre le 13 et le 27 du mois (obs. pers. avec Rozenn Le Roux). En octobre, les haltes sont toujours effectives, mais à raison d'un ou deux individus ici et là, essentiellement pendant les trois premières semaines du mois (4-21 10, obs. pers.). Après, en novembre, quelques retardataires peuvent être 'cochés', dans les jardins (ce 8 11), ou près des grandes dépressions humides (Trois-Marigots, 3 11, obs. pers.). "

In Ornithondar, 2013 11 8

*ou quasi imperceptible... Ornithondar a pu observer deux gobemouches noirs stationnés, lors de cette migration prénuptiale: le 2009 04 10 et le 2015 05 17, un retardataire, encore... Décidément...

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