" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

samedi 7 novembre 2015

7, dérangée par l'Homme, l'effraie est houspillée par les oiseaux

Effraie des clochers (tyto alba ssp. affinis) dans le jardin bangotin
2015 11 7, 10h28 / © Photo par Frédéric Bacuez

* Bango. Impasse Gustave Pelloux -

MATIN, 10h30-

En fin de mousson, et à l'inter saison qui suit, il y a toujours beaucoup d'agitation chez nos amis les oiseaux. Les afrotropicaux, résidents comme saisonniers, ont mené à terme une voire deux nichées; dès lors les oisillons ont la bougeotte: ils s'échappent du nid douillet et sécurisé, sans même savoir voler pour la plupart d'entre eux. On l'a vécu avec un martin-pêcheur huppé (alcedo cristata ssp. galerita), il y a quelques jours [Lire ICI]. Voilà qu'un jeune coucal du Sénégal (centropus senegalensis), pratiquement sans queue, glousse à qui mieux mieux dans le jardin et cavale comme un poulet derrière ses parents qui n'en peuvent mais. Les amarantes du Sénégal (lagonosticta senegala) sont littéralement pourchassées par leur nombreuse progéniture à laquelle les combassous (vidua chalybeata) ont mêlé les leurs comme le feraient les coucous ! 
Tout ce remue-ménage est régulièrement ponctué d'hystéries collectives dont les causes sont multiples: il y a, évidemment, le passage d'un serpent - un psammophis, un serpent brun ou un serpent des maisons, en quête d'oeufs et d'oisillons - c'était probablement le cas, le 1er novembre, sur le toit de la maisonnette; les coucals, quant à eux, n'ont pas cette faculté d'affoler leur monde immédiatement dès qu'ils apparaissent, même s'ils inspirent la méfiance - c'est physique ! Omnivores, ils farfouillent dans ma déchetterie, déchiquettent un morceau de barbaque, et naturellement font place nette autour d'eux à l'abreuvoir. Et soudainement, on ne sait ce qui leur passe par le ciboulot, vlan ! un coucal fond sur un moineau ou un camaroptère et le met illico en pièces; hachée menu, la victime est dépecée in situ, les pattes, ailes et chairs emportés les uns après les autres au même titre qu'un acanthodactyle ou un coléoptère vers le nid de leurs petits goulus... Le gonolek de Barbarie (laniarius barbarus) n'est pas en reste: bien que moins agressif que le coucal, il ne rechignera pas sur un tourtereau repéré au nid sans protection -  il y a quelques jours c'est arrivé dans le jardin de l'amie Véronique... Quand la mousson s'en va, ce sont aussi les éperviers shikras (accipiter badius ssp. sphenurus) qui provoquent le brouhaha intempestif de leurs potentielles victimes; chaque année jusque courant novembre et leur départ vers le sud, un à deux (comme cette année) de ces rapaces vifs et discrets viennent se poster sur la branche d'un prosopis, surveillant le ballet des passereaux, des tisserins et des estrildidés au sol, dans les sables et autour de l'abreuvoir. Leur seul défaut - ils s'agit souvent de jeunes, tout excités, eux aussi: la perspective de foudroyer un petit paquet de plumes et de chair rouge les met dans un tel état qu'ils ne peuvent s'empêcher de gueuler depuis leur perchoir - et rendre encore plus fébrile la foule de leurs éventuelles proies !

Dérangée par l'élagage, l'effraie est poursuivie par la meute !

Ce matin, le tohu bohu est particulièrement intense. C'est à croire que toute la volière du secteur s'est donné rendez-vous à la verticale de la maison basse, dans un prosopis qui fait ombrage au-dessus de la toiture paillée. Et ça crie, et ça remue, ça houspille à qui mieux mieux ! Les petits oiseaux sont bientôt rejoints par les plus gros, les plus téméraires, le calao à bec rouge (tockus erythrorhynchus kempi), le couple de nos coucals et un trio de touracos gris (crinifer piscator) - et tout ce beau monde glousse au coeur des agitations sonores des bulbuls, des hypolaïs obscures, des pouillots véloces, des camaroptères, combassous, amarantes, souïmangas... Aie ! voilà la raison de ce ramdam matinal: une effraie des clochers (tyto alba ssp. affinis, african barn owl) volette tant bien que mal d'un prosopis à l'autre, poursuivie par la meute de trois dizaines d'oiseaux ! La dame blanche dormait dans un cocotier, tranquillement jusqu'à ce que l'élagueur-en-chef-du-jour ne décide de délester l'arbre d'une ou deux palmes - c'est vrai, ça faisait désordre. A chaque contrée son emprise humaine et sa volonté furieuse de soumettre la nature: en France, métropolitaine comme guyanaise, tondeuses et rotofil tournent à plein temps pour raccourcir l'herbe folle - la chienlit ! Au Sahel, royaume de l'arbre comme chacun sait, c'est la cognée contre le tronc qui chaque jour rend l'Homme actif, énergique et utile. Avec ce petit particularisme sénégalais: à la différence des autres pays de l'hinterland, ici on tue un arbre en laissant sur place des tonnes de branches, branchettes et brindilles, in memoriam - seul le vrai bois est visé, rouge de préférence, et dès la base de l'arbre, en toute saison: pour alimenter la meule du charbonnier, puis notre sacro-saint ataya, l'institution nationale autour de laquelle le pays refait le monde... et peut-être 'cause' de COP21 ! Allah est vigilant: le président Macky Sall et ses redoutables commandos anti-"coupe abusive" vont sévir - on y croit... comme on s'en remet aux révolutionnaires décisions de la COP21 !

NUIT 2015 11 7-8-
20h50, 1 ind. entendu chuinter
6h20, 1 ind. entendu chuinter

Lire aussi:
Chouette ! L'effraie chuinte dans le jardin..., in Ornithondar 2015 10 31

Ci-dessous: l'effraie dérangée par l'Homme et houspillée par les autres oiseaux !
2015 11 7 matin, impasse Gustave Pelloux, Bango / © Photo par Frédéric Bacuez

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