" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mercredi 4 janvier 2012

4, Bango: Ornithondar libère un goéland d'Audouin


Ci-dessus: 2012 01 6, un jeune goéland d'Audouin réapprend la liberté à Keur Lampsar... / Photo par Frédéric Bacuez

* Bango -

Le 23 décembre dernier, Ornithondar apprenait la prise d'un pélican blanc (pelecanus onocrotalus) par des pêcheurs et envoyait Abdoulaye faire quelques photos de l'infortuné palmipède captif (cf. notule: http://ornithondar.blogspot.com/2011/12/23-ils-attrapent-meme-njagabaar-le.html). Sur les images, surprise ! il y a aussi, apparemment moins pittoresque qu'un pélican pour les non initiés, un goéland de petite taille, attaché à une longue corde... Aussitôt je pense à un jeune goéland d'Audouin (larus audouinii), la plus rare des dix espèces euro-méditerranéennes de goélands, inscrite à la liste rouge de l'UICN des animaux en voie de disparition dans la catégorie 'Bientôt menacé'.  N'étant pas un spécialiste patenté des plumages immatures de laridés - pas une mince affaire...- je contacte quelques uns de mes référents d'Europe, leur soumet les images et reçois vite leur confirmation: il s'agit bien d'un goéland d'Audouin (larus audouinii, Audouin's gull), juvénile ! "Est-il blessé ? Qui l'a capturé ? Peut-on le libérer ?" Autant de questions, et de difficultés en perspective pour parvenir à la libération de l'oiseau... L'enfant qui l'a capturé, Cheikhna, affirme qu'il ne veut pas s'en séparer et qu'il souhaite l'élever, ouais ouais ouais... Au fil des jours et des conciliabules entre l'enfant et Abdoulaye, la perspective des fêtes de fin d'année a raison des prétentions juvéniles: moyennant quelques xalis, Cheikhna consent à se séparer de son compagnon... L'Audouin quitte les berges du Lampsar d'eau douce, le 4 janvier, pour celles du marigot saumâtre, à Keur Lampsar. Afin d'y recouvrer les moyens techniques de sa liberté, le temps que les plumes arrachées des ailes repoussent.

Ci-dessous: 2011 12 23, goéland d'Audouin juvénile (et pélican blanc) prisonnier dans la cour de la famille N'Diaye
/ Photos par Abdoulaye pour Ornithondar





















Ci-dessus: 2012 01 7 matin. La douche à Keur Lampsar... / Photo par Moïse pour Ornithondar


Nota: le goéland d'Audouin est endémique du pourtour méditerranéen, avec des colonies éparses dont celles de Punta de la Banya (~10 000 couples, delta de l'Ebre, Espagne) et des îles Chaffarines (~4000 couples, Espagne, au large des côtes marocaines, en lien avec les petites populations de l'ouest algérien et des falaises marocaines des Bokhoyas, 60+ couples en 1997). Les autres sites d'accueil se trouvent en Tunisie, aux Baléares, en Sardaigne et en Corse*1, en Italie, en Grèce, à Chypre et en Turquie. Aujourd'hui, si la population du goéland d'Audouin atteint probablement les 33 000 individus (de 15 à 19 000 couples), les deux colonies espagnoles de l'Ebre et des Chaffarines représentent à elles-seules 90% des effectifs mondiaux du gracieux laridé ! Un miracle, néanmoins, quand il en restait seulement 1000 couples en 1975 !... Des mesures énergiques de protection dans les vingt dernières années du siècle passé ont permis de sauver l'espèce: dès le début des années 80', il y avait déjà 2000 couples. Paradoxalement, c'est alors l'intensification de la pêche industrielle au chalut, dans l'ouest méditerranéen, qui a permis l'augmentation significative des effectifs de goélands d'Audouin,  profitant de l'aubaine des poissons relâchés dans leur sillage par les flotilles ibères.
Le goéland d'Audouin hiverne de l'ouest méditerranéen à la Sénégambie, les concentrations les plus abondantes stationnant sur les côtes marocaines du Sahara, de la lagune de Knifiss, au nord, à la baie de Dakhla, au sud. Au-delà, les goélands d'Audouin sont longtemps  passés inaperçus ou ont été sous-évalués: faiblesse numérique des hivernants, souvent immatures et moins confiants que les autres laridés, et rareté du watch birder francophone au sud d'Al Maghrib, aussi... Ce sont les travaux de l'ornithologue français François Baillon*2, dans les années 80', qui ont permis d'en savoir plus sur la présence du laridé au Sénégal, principalement d'octobre à mars. Singulièrement, les oiseaux bagués des îles Chaffarines sont plus voyageurs que leurs congénères de l'Ebre: si les seconds passent l'hiver plutôt sur le littoral du Sahara occidental, les premiers poussent la migration jusqu'au Sine Saloum sénégalais.
Le goéland d'Audouin ne fréquente pas les décharges - dommage pour lui, car le Sénégal est une déchetterie à ciel ouvert... Il faut voir les immensités sableuses qui se font et se défont autour de l'embouchure wadienne du fleuve Sénégal, jonchées de résidus plastiques charriés depuis l'amont, c'est un spectacle qui vaut la balade touristique ! L'Audouin est un goéland piscivore, avec un faible pour la sardine, agrémentée de quelques gros insectes; un goéland maritime, ne s'aventurant guère à l'intérieur des terres. Au Sénégal, notre oiseau se repose souvent sur les tannes proches des mangroves*2, jusqu'à 3 voire 5 kilomètres à vol d'oiseau du littoral; dans le delta saint-louisien, je l'observe en petits groupes, pas obligatoirement monospécifiques, y compris sur le fleuve à l'amont de la cité, jusqu'au barrage de Diama; une dizaine de goélands, pour la plupart des immatures, stationnent chaque hiver sur les pieux immergés d'un ancien ponton à l'extrémité de la pointe Thiolet, à la confluence du Lampsar et du fleuve Sénégal. 

*1 ~100 couples nicheurs sur 7 sites plus ou moins réguliers, dont 40+ couples fidèles à la base militaire navale d'Aspretto.
Et: http://www.ornithomedia.com/pratique/identif/ident_art76_1.htm

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