" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

lundi 7 juin 2010

6 au 7, le vieux pêcheur culbuté par les hippos noctambules !

Les deux hippopotames amphibies du Lampsar / 20098, courtesy photo par Gatien Dardenne pour Ornithondar


* Bango. Marigot de Lampsar, coté saumâtre  -

Au matin du 7 juin, sous un ciel vaporeux après la pluie sur le sud-est du Sénégal et l'intrusion de la mousson jusqu'au coeur du pays, encore loin de nos rivages présaharienson ne parle que de cela, dans le quartier...:

On ne parle que de l'incident de la nuit passée, entre les deux hippopotames amphibies (hippopotamus amphibiushippopotamus) du Lampsar et le vieux pêcheur à la fameuse casquette de garde républicain !
Autour de minuit, j'étais encore devant mon clavier quand des appels à l'aide affolés ont troublé la nuit sans lune sur le marigot, dans les palétuviers en face de la maison ! Les lueurs bleues des torches se sont  illico agitées sur la digue qui barre le marigot. Une pirogue motorisée a démarré en trombe du débarcadère, vers le lieu de détresse: une barque venait d'être bousculée par un hippo !

" Venez vite, les hippopotames vont me tuer ! "

C'est qu'à la nuit, deux pêcheurs debout dans leur pirogue continuent de lancer leurs éperviers dans les eaux sombres du marigot. Il y a notamment un vieil homme qui porte fièrement sur le crane une large casquette rigide et qui cabote dans une toute petite pirogue verte, la plus frêle esquive de Bango. Malheureusement, nos deux célèbres hippopotames amphibies du Lampsar avaient cette nuit déserté leurs eaux profondes de l'amont, à la confluence du Lampsar et du Ngalam (cf. mes différentes notules sur 'nos' hippos *2) où les embarcations savent à quoi s'en tenir, pour goûter l'herbe verte de notre marigot saumâtre. Les pachydermes ne s'aventurent pas souvent de ce coté-ci du Lampsar*1. Mais sans que le vieux pêcheur ne s'en aperçoive, en cette nuit sans lune, ils étaient venus ! Plus discrètement qu'en novembre 2008, mais en cette autre nuit sans lune ils avaient ahané et remué les eaux à vite faire revenir à la berge toute pirogue aventureuse ! Cette fois, le hasard de l'incident aurait pu se transformer en drame: pêcheur et hippos se côtoyaient sans le savoir, dans l'obscurité, sans problème; occupés, les hippos à brouter l'herbe de la berge des mangroves, le vieil homme à jeter puis relever son filet lesté. Entre deux blocs épais de palétuviers rouges, profitant des hautes eaux pour s'y aventurer sans patauger dans la vase... Jusqu'à ce qu'une pirogue de contrebandier ne passe, par là aussi, perturbant la pacifique cohabitation. En un rien de temps, un des hippos éperonne par deux fois la petite pirogue du vieillard, qui tombe à l'eau, redresse l'étrave et remonte à bord, les deux fois, se jette à plat ventre dans le fond, et hurle: "venez vite, les hippopotames vont me tuer !" ! Mais les hippopotames - deux femelles, étaient déjà repartis par le bolong de Khaye, remontés sur la digue et dare dare s'étaient probablement engouffrés dans les épaisses typhaies qui ramènent au Lampsar 'doux'... Bilan de l'équipée noctambule: de la planche rabotée, proue et poupe bousillées par "les coups de poing", et une belle enflure au cou de l'infortuné pêcheur de minuit. Last but not least, ce serait la troisième fois que la mésaventure frappe le vieil homme; un peu sourd de l'oreille, ricane-t-on... Depuis le naufrage, dans la cour du rescapé ses collègues défilent pour le réconfort et la palabre, d'aucuns proposant de se rendre à la radio de la ville pour dire combien ils "ne veulent pas qu'on tue les animaux du fleuve"... tout en affirmant haut et fort que, cette fois, "les hippos, ils vont trop loin !"

*1 Voir notule de 2008 11 23: "les hippos ahanent devant chez moi !"
*2 Voir aussi, sur les deux hippos de Bango: http://www.saintlouisdusenegal.com/art_hippo.php

1 commentaire:

  1. Ai beaucoup aimé ta notule sur les hyppo: espérons qu'ils survivent à la fin des temps humains.
    A tantôt, t'embrasse
    Pascal, Sanaa, Yémen

    RépondreSupprimer

Nombre total de pages vues