" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

lundi 8 novembre 2010

8 et 10, une huppe fasciée, la reine des oiseaux


* Bango. Marigot de Lampsar, coté limoneux -
 


Ci-dessus: 2010 11 8 midi, une huppe fasciée comme une statuaire égyptienne, dans le flamboyant du jardin, Bango / Photo par Frédéric Bacuez

MIDI -
Pendant 3/4 h (de 12h15 à 13h), 1 huppe fasciée de la sous-espèce eurasienne (upupa epops ssp. epopseurasian hoopoe, du Maghreb et d'Europe; quasiment pas de différences avec la sous-espèce sahélo-soudanienne, upupa epops ssp. senegalensis) a longuement sondé les sables de mon jardin en quête de proies. La huppe s'est parfois réfugiée, sans trop de peur, sur les branches du flamboyant, pour un brin de toilette - le temps que des importuns trop curieux, un chat ou un homme, ne s'éloignent... -, entourée de bulbuls communs (pycnonotus barbatus), de souïmangas à poitrine rouge (chalcomitra senegalensis) et de 3 capucins bec-d'argent (euodice cantans); avant de redescendre et continuer de perforer les sols meubles, suivie de près par 1 serin à croupion blanc (serinus leucopygius, white-rumped seedeater)... Sur ses pattes courtes mais puissantes, de son long bec incurvé la huppe perfore consciencieusement le sable à la recherche de larves d'insectes, essentiellement de coléoptères et autres tenebrionidae, de sauteriaux, papillons, mouches, araignées, vers, limaces, mille-pattes -et, pourquoi pas, de petits lézards ou d'escargots. On comprendra aisément combien cet oiseau - qui peut vivre onze ans !- est un précieux auxiliaire des jardiniers réfractaires aux poisons faciles...
Vers 13h, l'arlequin s'est envolé, de son vol papillonnant et saccadé. A la prochaine * ! Pour sur, demain on t'entendra pupuler du coté de la caserne militaire - si les deux gonoleks (laniarius barbarus) dans les palétuviers, aussi actifs que toi ces jours derniers, ne couvrent pas ton chant de leurs vocalises tonitruantes !...

* Revue le 10 novembre, aux mêmes heures, au sol puis longuement dans le flamboyant pour un méticuleux toilettage, entourée et imitée par des souïmangas, des capucins bec d'argent et 1 tourterelle maillée (streptopelia senegalensis)

Ci-dessous et en bas: une huppe fasciée eurasienne sonde le sable à la recherche de larves
/ 2010 11 8 midi à Bango, photos par Frédéric Bacuez

Nota: voilà un oiseau spectaculaire et culturellement lié aux Hommes depuis l'aube des civilisations. On retrouve sa silhouette unique sur les tombeaux de l'Egypte antique; les Perses et les poètes soufis en faisaient le quasi roi des oiseaux, sous le nom de Symorg, incarnation de la Sagesse; les Grecs représentaient la huppe, modèle de piété filiale, aux cotés de l'enfant nu, un doigt sur les lèvres: Harpocrate, le dieu-enfant, le dieu du silence aussi - contraste saisissant quand on connaît le chant trisyllabique de la huppe, sourd et monotone qui, s'il s'entend mal de près est reconnaissable entre tous, de loin (cf. xeno-canto ci-après). Les Arabes partout et en tout temps voient en l'oiseau une protection contre le mauvais oeil. Et le Coran, en sa sourate XXVII, 'Les fourmis', décrit la huppe fasciée comme le messager du roi Salomon auprès de la Reine de Saba. Ibn Abbas rapporte que Mahomet lui-même interdisait de tuer la huppe, la pie-grièche (lanius sp.), les abeilles, les fourmis, et les grenouilles. Je ne suis pas certain que nos exégètes locaux des saintes écritures  'rapportent' encore aux talibés sénégalais ces (très) raisonnables préceptes...

Deux sous-espèces de la huppe fasciée fréquentent donc notre delta sénégalais: la résidente upupa epops senegalensis (Swainson 1837; au sud du Sahara: des confins mauritano-sénégalais à la Corne de l'Afrique, au sud jusqu'en RDC) est rejointe en fin septembre-octobre par l'hivernante upupa epops epops (Linnaeus 1758), nicheuse du Maghreb et d'Eurasie où elle retourne en avril, parfois dès février. Il est quasiment impossible de les différencier sur le terrain, mais comme pour d'autres espèces d'oiseaux, la locale est souvent plus anthropique que la migratrice. Dans les vergers, les jardins, près des villages, vous observerez probablement une huppe autochtone; en brousse, plus sûrement une huppe du nord. De plus, les trois fameuses notes 'houp houp houp' inlassablement répétés seront à coup sur émises par la huppe sénégalaise.

Pour l'heure, les huppes en Afrique (upupa epops senegalensis; et upupa africana, huppe africaine -du sud de la RDC et de l'Ouganda à l'Afrique du sud) ne sont pas menacées. En revanche, la huppe européenne a beaucoup souffert entre 1950 et 1990, suite au développement de l'agriculture industrielle et aux transformations des campagnes: démembrement des bocages, abattage des vieux arbres, disparition dramatique des insectes suite à l'utilisation aberrante des produits phytosanitaires. Quasiment disparue du Benelux et des pays scandinaves, en régression en Turquie comme en Russie, devenue rare en France au nord de la Loire, la huppe fasciée voit ses effectifs se stabiliser depuis quelques années, et même légèrement augmenter en Europe centrale et orientale, autour de la Mer Noire, et en Suisse.

Écouter la huppe fasciée pupuler - ou puputer...:

5 commentaires:

  1. Bonsoir Frédéric,uen huppe vient aussi parfois dans le jardin, c'est un oiseau magnifique; ce matin à 200 m de moi, à mi-chemin vers la rive du Rhône dans un arbre remarquable, perché sur sa cime, j'ai vu un oiseau, d'une taille impressionnante et au ventre blanc, je n'ai pas pu l'identifier quand il prit son envol, j'y retourne demain, surtout pour le protèger des chasseurs qui ravagent le coin en ce moment; à bientôt:thibault

    RépondreSupprimer
  2. Un balbuzard ? Ou Biagio le circaète italien qui a rebroussé chemin ? (des nouvelles satellitaires de notre italien, demain: on croise les doigts...)

    Si tu peux le photographier...

    De plus en plus hâte de (re)venir en Arles...

    Amitiés. Frédéric.

    RépondreSupprimer
  3. La huppe, oui en effet, un oiseau mystérieusement magique ! Si magique que certains de nos amis marocains encore imprégnés de croyances anté-islamiques aiment parfois en faire de la chair à saucisse, euh... de la patée divinatoire pour conjurer tous les sorts maléfiques...
    A plus. Frédéric.

    RépondreSupprimer
  4. Je savais aussi que les textes sacrés et certains grands soufis se référaient souvent à la huppe... ce qu'ignorent superbement mes braves étudiants qui ne connaissent même pas le nom de l'animal et s'en foutent éperdument ! La saison aviaire est apparemment plus précoce dans la péninsule arabique que par chez toi, car je n'en vois plus en ce moment, alors qu'il y a une quinzaine de jours, ce sont quatre huppes que j'ai vues, sur le campus, le même jour ! Je vais profiter de ton article pour leur faire la leçon, à mes cancres, eux qui sont toujours prêts à m'instruire (sic)sur l'islam, comme si, après plus de deux siècles d'orientalisme et de sciences religieuses, nous autres européens, nous étions encore béotiens sur cette religion ! C'est exaspérant...
    A tantôt !
    Ton frère P., en Arabie jadis heureuse...

    RépondreSupprimer
  5. Bonsoir Frédéric, cela me fait plaisir de lire le commentaire de ton frère d'une arabie heureuse..jadis; en observant bien, on peut remarquer dans des monuments islamiques, des mosquées ou dans des palais, des représentations, souvent des mosaïques, stylisées de la huppe, et parfois très figuratives. On la retrouve aussi très souvent représentée en Iran et en turquie dans des tableaux qui relatent l'Islam; Slalom à loukoum cher Ami et à bientôt: thibault

    RépondreSupprimer

Nombre total de pages vues