" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

vendredi 5 novembre 2010

5, Biagio, un circaète italien suivi par satellite (Part. 1)


* A ~90 km au nord de Bango -


Migrations des rapaces - Progetto Biancone/ Projet Circaète (Ugo Mellone pour le Parc naturel Gallipoli-Cognato, Italie, avec l'Observatoire de la Faune de la Région de Basilicate, Italie, et l'Université d'Alicante, Espagne), Partie sahélienne-Épisode 1:


Biagio
,
un jeune circaète Jean-Le-Blanc (circaetus gallicus, short-toed snake eagleculebrera europea, biancone) muni d'une balise GPS/ARGOS et venant du sud de l'Italie ('Parco Gallipoli-Cognato e delle Piccole Dolomiti Lucane' - parc naturel régional de Gallipoli-Cognato et des Dolomites lucaniennes*1) est actuellement en errance automnale à environ 85-95 km au nord de Bango [en ligne droite]. Après avoir frôlé Nouakchott le 31 octobre, Biagio vagabonde aux confins des dunes rouges du Trarza -vaste erg qu'il vient de traverser !- et des dépressions saumâtres de l'Aftout Es Saheli, en Mauritanie, juste au sud du 17°N (cf. carte ci-contre), limite septentrionale de sa zone d'hivernage en Afrique subsaharienne, et juste au nord des vastes étendues inondées par la crue du fleuve Sénégal.


Ci-dessus: ma carte perso et les derniers vagabondages mauritaniens de Biagio (trait rouge approximatif à coté de la RN Nouakchott-Rosso), dans les dunes rouges du Trarza, aux limites de la dépression côtière de l'Aftout Es Saheli (les lignes bleues représentant l'état actuel des inondations générées par la crue du fleuve Sénégal). Nota: Bango, un point au nord-est de Saint-Louis...


Les steppes que le célèbre chasseur de serpents fréquente ces jours-ci sont probablement propices, pas trop nues (Trarza), pas trop humides (Aftout sud). Il est probable que dans les prochains jours, s'il ne lui arrive rien de dommageable, le circaète descendra volontiers plus au sud, et pourquoi pas du coté des plaines alluviales de Bango où chaque hiver je vois certains de ses congénères.
Bravo à Ugo Mellone* pour cette première en Italie !
- Suivre sur Google Earth le voyage et l'hivernage mauritano-sénégalais du circaète Biagio:

Quelques observations sur les images satellitaires récentes:
Après avoir traversé le Maroc, Biagio est entré en Mauritanie par les grands déserts sableux du Tropique du Cancer (23°30N). Il a atteint le massif de l'Adrar [bien visible sur Google Earth] qu'il a contourné par le sud. Chose singulière: notre circaète semble progresser vers le Sahel en suivant les deux grands axes routiers qui lacèrent le Sahara mauritanien: Atar-Akjoudjt-Nouakchott, que Biagio laisse légèrement sur sa gauche pour continuer sa migration par la dépression côtière qui suit le port en eau profonde au sud de la capitale mauritanienne (31 octobre). Puis, nouveau virage en vue de la route nationale qui relie Nouakchott à Rosso, la frontière sur le fleuve Sénégal. Dans le Trarza au nord de Dara (autour du 16°44N), Biagio tourne le dos à la route goudronnée qui file vers le sud-est et se met alors à vagabonder dans les dunes rouges de l'erg buissonneux, vers l'ouest puis le nord-ouest. Biagio zigzague mais se rapproche du cordon steppique qui sépare le Trarza (reverdi par la mousson) de l'Aftout Es Saheli côtier (bien inondé par la crue du fleuve Sénégal qui remonte loin dans la dépression, cette année - cf. 'carte perso' ci-dessus). Ce 5 novembre, le grand rapace est autour du 16°60N, à quelques tire d'ailes de la piste côtière qui remonte de Keur Macène et se faufile entre l'Aftout et le Trarza. Biagio est aux abords (sud)  immédiats d'une cuvette largement traversée par les troupeaux de boeufs [traces très visibles sur Google Earth]. Souhaitons de tout coeur qu'un berger, ou un chasseur - tout est chassable sous nos cieux !-, n'ait pas repéré l'oiseau fatigué par un si long périple - 5915,45 kilomètres parcourus à ce jour !!!*2.



Ci-dessus: 2010 08 25, 2 circaètes Jean-Le-Blanc (1 phase foncée, 1 phase claire) que j'ai pu observer cet été en Haute-Savoie, de 2010 08 au 11 septembre (départ migratoire), chaîne du Bargy (zone Natura 2000): plateau de Samance (1350 m - 1600 m) et La Cuchat du pic de Jalouvre (2408 m)
/ Photos par Gérard Bacuez pour Ornithondar

*1 Parc naturel régional de 27 000 hectares (créé en 1997, 138 m - 1367 m d'altitude) dans la 'Botte' italienne, en Basilicate,  non loin du plus vaste parc national italien, celui du massif du Pollino (200 000 hectares): ces deux zones protégées servent de refuge pour l'aigle royal ou le hibou grand-duc, mais aussi le loup, la loutre, le chat sylvestre, le porc-épic, le putois - le daim vient d'y être réintroduit : http://www.parcogallipolicognato.it/
*2  Lire, spécialement sur l'itinéraire migratoire original de circaetus gallicus d'Italie:
http://www.wildphoto.it/Agostini-colonizzazione-JRR.pdf , par Agostini N. & Mellone U., Journal of Raptor Research 42, 2008

2 commentaires:

  1. Bonjour Frédéric, voilà un titre de roman d'espionnage, j'adore tes titres ils romancent le quotidien et cela fait du bien; tiens j'y pense, si tu vois passer un otage, bagues-le et renvoies-le par satellite; j'ai l'impression que les ornithologues sont mieux outillés que la maison mortier; Amitiés: thibault

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  2. C'est marrant, ce que tu dis ! Sache qu'avant-hier vers 16h30 4 supersoniques cocardiers ont franchi le mur des cons, direction urgentissime vers les illuminations maliennes... quelques minutes plus loin ! Mais chut,c'était pour sûr des Mirages wadiens; et rechut, il n'y a pas de guerre au Sahara, en effet... Quant au circaète, Ugo et moi croisons les doigts: il y a en effet des outils très rudimentaires mais ô combien plus efficaces pour faire la guerre, la guerre aux oiseaux ! La preuve: la grande pêche aux plumes a vraiment commencé sur mon marigot, ce matin, avec l'harmattan (notule à venir...). L'ennui, mon cher, rien que l'ennui, le pire des fléaux humains. Bah ! Pouah...
    Bien à toi. Frédéric.

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