" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mardi 30 novembre 2010

29-30, Biagio le circaète d'Italie (Part.4), vers les Six Forages


* Nord du Sénégal, Sahel. Réserve sylvo-pastorale des Six Forages -

Migrations des rapaces - Progetto Biancone / Projet Circaète (Ugo Mellone pour le Parc naturel Gallipoli-Cognato, Italie, avec l'Observatoire de la Faune de la Région de Basilicate, Italie, et l'Université d'Alicante, Espagne), Partie sahélienne-Episode 4.

Biagio, notre circaète Jean-Le-Blanc (circaetus gallicus, short-toed eagle, culubrera europa, biancone) venu d'Italie avec son GPS sur le dos vagabonde dans le Sahel sénégalais. Ugo Mellone, en charge du suivi de Biagio, m'écrit : "unfortunally Biagio is always moving !" En effet, s'éloignant peu à peu vers l'est, notre circaète ne s'est pas attardé dans la (virtuelle) réserve sylvo-pastorale de Mpal-Merinaghene (cf. notule de 2010 11 26, 'Biagio, un circaète d'Italie dans le Ndiambour', Episode 3). En franchissant la vallée fossile du Ferlo tout au sud du lac de Guier, le rapace est entré dans les immensités steppiques du koya, intégralement dédiées depuis des lustres à l'élevage extensif des bovins. C'est le pays des éleveurs peuhls, aux arbres chétifs, épars, au-dessus d'un couvert herbeux très aléatoire, dépendant de la bonne ou de la mauvaise pluviométrie de la mousson: cette année, le tapis herbacé est excellent, exceptionnellement riche. Ce 30 novembre au soir, Biagio stationne dans la réserve sylvo-pastorale des Six Forages*: 16.05133°N -14.69917°E, à 200 km à vol d'oiseau à l'est de Saint-Louis; au nord-ouest de l'important abreuvoir de Téssékré (particulièrement visible sur Google Earth, avec ses multiples sentes bovines qui convergent vers l'immense cercle dénudé, piétiné par les milliers de zébus et autres taurins quotidiens !); au sud-est aussi de l'ancienne station biologique de Fété-Olé* (20 km au sud du forage de Takti, cf. ci-après).

A la fin des années 60' du siècle passé (juillet 1969 - février 1972), la station biologique de Fété-Olé (dépendant de la station ornithologique de Richard-Toll, sous la houlette de l'ornithologue G. Morel, de l'ex ORSTOM, actuel IRD) a mené dans la réserve sylvo-pastorale des Six Forages un inventaire de sa biodiversité *. Outre 108 espèces d'oiseaux, les biologistes y avaient recensé 34 espèces de mammifères sauvages, essentiellement des rongeurs - et 5 espèces domestiques -, 19 espèces de termites, 5 espèces d'amphibiens, et 13 espèces de reptiles: 3 de lézards, 2 de tortues, et seulement 3 de serpents dont la fréquente couleuvre sifflante des sables (psammophis sibilans, cf. photo ci-dessous à droite) ! Une biodiversité pas très riche, à la vérité, due à un environnement difficile et 'alimentairement' pauvre.

Lire: 'Recherches écologiques sur une savane sahélienne du Ferlo septentrional, Sénégal', par G. & M.Y. Morel: http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/doc34-07/21554.pdf

Ci-dessous: à g., Biagio, dans la réserve sylvo-pastorale des Six Forages - à d., une couleuvre sifflante traverse la piste, région du lac de Guier / 2009 04, photo par Gérard Bacuez



Nota: la couleuvre sifflante (psammophis sibilans, 1,50 m de long en général, cf. photo ci-dessus à d.) est, avec le rare psammophis sudanensis et le commun psammophis elegans (cf. notule de 2010 10 29, 'Un psammophis elegans de 2 m dans la cour !'), l'un des quatre psammophis ('couleuvres des sables') du Sahel sénégalais. Plus inféodée que ses parentes aux zones les plus sèches de la steppe arbustive, la couleuvre sifflante est la proie favorite du varan des savanes (varanus exanthematicus) et des trois espèces de circaètes que l'on peut rencontrer dans la région: le circaète brun (circaetus cinereus), le circaète de Beaudouin (circaetus beaudouini), tous deux résidents afrotropicaux, et notre hivernant le circaète Jean-Le-Blanc. Colubridé très actif le jour, souvent rencontré, c'est aussi un serpent* difficile à attraper: dotée d'une vue excellente, cette couleuvre vindicative mord facilement, mais son venin n'est pas dangereux pour l'Homme. Biagio n'en a cure, c'est un spécialiste pour capturer la sibilans, et c'est lui qui siffle, à tous les coups !

* Lire aussi: 'La population de serpents décline rapidement à l'échelle mondiale',
http://www.goodplanet.info/Contenu/Depeche/La-population-de-serpents-decline-rapidement-a-l-echelle-mondiale/(theme)/298

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