" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mercredi 17 novembre 2010

17, un hivernant rare: le torcol fourmilier


* Plaines alluviales, entre Sénégal et Lampsar -

Partout, sur ses quartiers d'hiver et d'été, voilà  un oiseau rarement observé ! Combien d'amoureux de la nature aimeraient en voir un, ne serait-ce qu'une fois, même brièvement ! Son plumage mimétique, sa discrétion, certaines de ses caractéristiques comportementales en font un oiseau mythique chez les ornithologues. J'ai souvent pensé à lui, souvent scruté les branches des arbres pour tenter d'en voir un, immobile, rigide, le cou tendu vers l'avant, un peu comme un phasme ! En vain; jusqu'alors...

Ci-dessus: baguage de torcol fourmilier au Djoudj (PNOD), 1993 02

/ Photo par Peter Dedicoat, pour African Bird Club, DR

En ce jour de l'Aïd, c'est pourtant 2 torcols fourmiliers (jynx torquilla, eurasian wryneck, cf. photo ci-dessus), sur deux sites différents de la plaine, que j'ai eu la chance d'observer, pour la première fois de ma vie: le premier était au sol à gratter le sable dur à l'aide de ses griffes avant (disposition typique des pics - qu'il n'est pas vraiment bien que rattaché à la famille des picidés: deux doigts griffés vers l'avant, deux vers l'arrière !) à la recherche de fourmis, ses mets préférés. Puis, à 18h dans le jour déclinant, sur un tamarix senegalensis *1 bordant la digue des marais du Lampsar, un second torcol se déplaçant d'un arbuste à l'autre d'un vol légèrement ondulé - encore une fois, un peu comme un pic... dont il est le seul migrateur au long cours.

Nota: un plumage complexe totalement adapté au mimétisme, rappelant celui d'une bécasse des bois; une langue déroulante et gluante comme celle du caméléon, complètement façonnée pour capturer les fourmis y compris dans les anfractuosités des arbres et les trous dans le sable; son chant de petit rapace, puissant mais difficile à localiser, parfois émis sur ses quartiers d'hiver africains; son maintien immobile et quasi horizontal comme un phasme ou une religieuse, tendu vers l'avant; un cou capable d'amusantes contorsions - d'où le nom de 'torcol'- comme certains hiboux; et des sifflements de serpent quand il se sent en danger, dressant vigoureusement les plumes de son crane (cf. photo ci-dessus): tel est le torcol fourmilier, cet oiseau singulier à peine plus gros qu'une pie-grièche.
Le torcol fourmilier est un oiseau nicheur - répandu mais peu fréquent - d'une grande partie de l'Eurasie *2, où seuls quelques individus restent en hiver, sur le pourtour méditerranéen - parfois dans le sud de la France *3, en Corse, mais essentiellement en Espagne, Algérie et Tunisie. La plupart migrent en fait vers l'Afrique tropicale, surtout en zones de savanes arborées: si de petits effectifs hivernent tout au long de la vallée du fleuve Sénégal, l'essentiel des oiseaux se retrouve, avec une répartition fort disparate, entre octobre et mars - et parfois jusque fin avril voire début mai *4 - de la Sénégambie à l'Ethiopie et l'ouest kenyan.

*1 Dans ses principaux bastions résidentiels de la Méditerranée, le torcol fourmilier fréquente surtout les ripisylves à tamarix (cf. Cortes & Dominguez 1997)
*2 Oiseau de l'année 2007 en Suisse: http://www.birdlife.ch/f/pdf/Poster_Torcol.pdf
*3 Voir aussi la notule -et des photos de notre oiseau- dans le joli  'Jardin de Lucie', février 2010: http://lejardindelucie.blogspot.com/2010/02/torcol-fourmilier-hivernant-rare.html
*4 Lors de leur retour printanier vers le Bassin méditerranéen, plusieurs torcols entendus au Maroc entre le 22 et le 29 mai 2006 dans les forêts du Moyen-Atlas (dans les cédraies vers le lieu-dit 'Cèdre-Gouraud' et dans les bosquets d'aubépines près de l'aguelmane Afennourir), alors que la date de leur ultime passage prénuptial était jusqu'alors le 12 mai (in Bulletin de Go-South, F. Cuzin, T. Thomas, L. Chillasse, juin 2007)  
___________________________________________________________
 

2 commentaires:

  1. Etonnant ce torcol fourmilier. Y en a-t-il par chez moi ? A Sanaa, beaucoup de rapaces en ce moment. Vais me procurer des jumelles.
    Pascal

    RépondreSupprimer
  2. Oui, en migration et peut-être quelques uns en hiver, mais pas certain.
    Frédéric

    RépondreSupprimer

Nombre total de pages vues