" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

mardi 24 mai 2011

24, les roussettes paillées sont de retour à la Gouvernance

Ci-dessus et en bas: 
dortoir de roussettes paillées, Gouvernance de Saint-Louis 
2011 05 24 midi / © Photos par Eddy Graëff pour Ornithondar

* Saint-Louis. Jardins de la Gouvernance -

Le 21 mai vers 22h30, un bruit de frottement sur les palmes de mon washingtonia me faisait sortir dans le jardin, torche en main pour voir quel animal pouvait se faire nuitamment si peu discret: une effraie ? Celle-ci était venue si près il y a quelques jours, la nuit à peine tombée, que mes chats avaient tous dirigé leurs regards infrarouges vers la présence invisible à mes yeux de pauvre humain... Un lérot d'Afrique ? Un galago ? On a le droit de faire les rêves les plus improbables... Non, dans le faisceau lumineux, apparaît la jolie tête de 'renard' et le pelage roux-gris-noir d'une première roussette de saison, rampant sur les nervures d'une palme pour approcher les grappes de petites fleurs sucrées dont elle avait détecté le nectar de très loin !


Ci-contre: le vol de la roussette paillée / Bamako, Mali, courtesy © photo par Thierry Helsens*, DR


Ce matin 'en ville', à plus de quinze kilomètres de mon marigot, j'ai vérifié: les roussettes paillées (ou roussette jaune des palmiers, heidolon helvum, straw-coloured fruit bat) sont arrivées, en effet. Elles ne sont pas encore nombreuses, dans leur dortoir diurne des vénérables arbres de la Gouvernance, sur l'île patrimoniale de Saint-Louis. Jusqu'en juillet et l'installation de la mousson, les grandes chauve-souris frugivores remonteront peu à peu du sud vers nos marges pré-sahariennes, passant des forêts du Golfe de Guinée aux jardins et vergers des latitudes soudano-sahéliennes, pour un festin de mangues, de papayes, de figues et des sapotilles ndar ndar dont elles raffolent tant... Très familiales, les roussettes se regroupent dans les arbres par clans: blotties les unes contre les autres, la tête en bas, elles ne sont pas encore assez nombreuses pour entamer leur vacarme de babils et disputes homériques autour des meilleurs lits ou, plus tard en saison des pluies, autour des fruits raréfiés...
A Saint-Louis au coeur de son ersatz de mousson, le dortoir de la Gouvernance pourra abriter plusieurs milliers de roussettes paillées. Étrangement, les arbres qu'elles ont choisis se trouvent au bord d'une voie particulièrement embouteillée, bruyante, polluée par les gaz d'échappement. Certaines familles sont parfois suspendues quasiment à portée de mains; rien à craindre, les saint-louisiens ne sont pas consommateurs des mégachiroptères qui font le fumet de soupes faisandées et toniques, au Mali, en Côte d'Ivoire, ou  à Ouagadougou chez les "Chinois" de l'ère Sankara, quand de petits malins plombaient les roussettes pour les fines bouches du Milieu, et quelques cfa... Oubliant que ces "oiseaux"-là étaient 'totems', dans la capitale burkinabè. Intouchables - mais ça, c'était avant, jadis...

* Lire aussi, sur le blog de Thierry Helsens
Des milliers de belles rousses, in Toubabou à Bamako, 2009 01 24 et 2015 01 28
Et La roussette paillée, extrait du guide animalier 'Kenya & Tanzanie', Ed. Cosmoppole & Editions Marcus

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