" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

dimanche 7 mars 2010

Après la canicule, la tempête sous les étoiles !


* Bas-delta du fleuve Sénégal. Lampsar -


Ci-contre: 2010 02 5 7h37 sur le Lampsar coté saumâtre au large de Bango: très vite le jour le plus chaud en près de quatre ans de résidence saint-louisienne, un enfer caniculaire à la burkinabè...
/ Photo Jeanne et François Marmeys

Un long automne encore humide; le mythique et doucereux hiver saint-louisien qui ne s'est jamais installé; deux mini raz-de-marées sans alizés; deux vagues caniculaires d'un harmattan poussif; des marées anormalement élevées même sur le fleuve; et soudain les bourrasques d'un vent du nord comme une houle marine... Voilà une année 'chaude' pour le moins perturbée, climatiquement !

Nota 1: février calamité/bénédiction, partout ! C'est du nord, donc du Maroc atlantique que nous arrive ce grand vent qui a déversé ses eaux sur les berbères, ramassé le sable des maures et nimbe dès lors notre delta rabougri. Comme chaque année depuis au moins 2006, ce Maroc-là, celui de mon enfance rbati, est confronté à un hiver pluvieux en plaine, neigeux en montagne; après un automne 2009 dans les chaumes, mais un automne 2008 dans la gadoue ! Comme jadis, du temps où Lyautey pouvait qualifier ce jardin d'eden par un lapidaire mais si juste: "pays froid où le soleil est chaud"... Encore une fois cette année, plutôt des cascades de pluie d'Essaouira au Souss (la ville rose de Taroudant les pieds dans l'eau; 50 mm sur Agadir le 16 février, une véritable averse 'tropicale' !), 6 morts et de nombreux douars coupés du monde, la belle route qui remonte vers Marrakech coupée, les roselières du parc national de l'oued Massa dévastées... Au nord, c'est le Gharb encore une fois transformé en un immense marais suite aux crues du Sebou, 3 victimes. Cela devient une telle 'habitude' que le nombre de décès baisse et l'efficacité des secours augmente: évacuation en zodiacs avant la crue, curage des canaux, meilleur déblaiement de la neige en montagne... Tous les barrages du royaume sont presque remplis, à 100 % pour les six plus importants, des lâchers d'eau sont même inévitables !
J'imagine la campagne marocaine, au printemps. Il faut relire Loti d'avril 1889* pour se rappeler, pour que ceux qui savent revoient le camaïeu chérifien: "de grandes plaines d'iris, de palmiers-nains, d'asphodèles; par places, des amas de marguerites blanches, si serrées qu'on dirait des plaques de neige; tout cela humide de pluie ou de rosée; dans les lointains, ce vert intense s'assombrit sous les nuées lourdes qui traînent; (page 53) (...) oh ! les jardins merveilleux ! des bois d'orangers qui embaument; et des palmiers, et de grands cactus arborescents au feuillage bleu, et des géraniums rouges, et des grenadiers, des figuiers, des oliviers. Et dans le luxe éxubérant de cette végétation, les plantes d'Europe se mêlent à celles d'Afrique; parmi les aloès, il y a de hautes bourraches bleues fleuries à profusion; des acanthes, au feuillage marbré de blanc, poussent en fouillis, s'élèvent à huit ou dix pieds; des ciguës et des fenouils dépassent la tête de nos chevaux, et les vieux murs, les palissades, sont tapissés de liserons et de pervenches. (page 76) (...) De temps à autre, des cigognes passent, d'un vol lent, fouettant l'air de leurs ailes mi-parties blanches et noires; -ou bien des corbeaux, des aigles. (page 61)" Aaah...
* Pierre Loti 'Au Maroc', La Boîte à Documents, Paris 1988
A voir aussi: le joli blog de Marie des plaines du Saïs et de la fermette d'Ouled Emgatel, découvert 'chez' l'ami Thibault: http://presdupuits.blogspot.com/; ça me rappelle la ferme Nortamer, ses vaches frisonnes et ses faucons d'Eléonore dans la falaise maritime toute proche, du coté de Bouknadel... Et 'La rivière aux grenades' -l'oued Kroumane, le récit souvenir de Michel Jobert, au pied du Zerhoun et de Volubilis, dans la plaine noire et verte... "Pourquoi ne serais-je pas fidèle à ce temps, qui me porte et m'évite d'errer de vanité en vanité ?", hein, pourquoi ?

Nota 2: n'en déplaise aux savants allègrement "organiques", la météo s'affole et il est probable que nos enfantillages bien peu pacifiques (avec El Niño, jusque fin mars) y soient aussi pour quelque chose... Des congères de neige sur l'Amérique atlantique et l'Europe -l'ami Thibault photographie ce 7 mars une deuxième Arlésienne de neige sur la Camargue (http://thige.blogspot.com/); le déluge sur Madère et le Maroc, et même un tsunami à la française ! De la poudre aux yeux pour les Olympiades Rocheuses, des inondations au Mexique, en Bolivie, au Pérou, en Argentine; et à Haïti, enfer et damnation... Quant au Vénézuela ou à l'Equateur, au régime sec ! Idem en Afrique orientale où l'interminable sécheresse a laissé place à des trombes d'eau sur la Tanzanie puis l'Ouganda, et maintenant sur la région kenyane de Samburu -et sa splendide réserve de faune dont je garde, personnellement, d'heureux souvenirs... Sao Paulo du Brésil, aussi sous les eaux, mais des records de température à Rio de Janeiro: 46,3°, plus chaud qu'au Sahara, presque aussi caniculaire que cette fin d'hiver en Afrique de l'Ouest où la palme mondiale est décernée à la localité d'Ada, dans l'est du Ghana, avec un réconfortant (pour tous les autres)... 48,3° !! La semaine passée au Sénégal, un historique 38° sur la péninsule dakaroise du Cap Vert, au moins 10° de plus qu'au zénith normal d'une capitale pourtant proue d'Afrique dans l'océan atlantique; et un p'tit 48° sur tous les chaudrons de l'hinterland... (sur 'notre ressenti' sahélien, lire la notule de Thierry Helsens, 'ça chauffe à Bamako': http://mali.blogs.liberation.fr/helsens/2010/02/vous-avez-dit-r%C3%A9chauffement-.html). Ce jour à Saint-Louis, toujours d'excessives amplitudes thermiques, plus prononcées vers les températures hautes qu'à l'habitude: 20° mini, 36° maxi. Allah est grand, Eole est plein de fougue avec la maisonnée: directement dans le vent fort qui a couru le marigot du 27 février au 2 mars inclus, et l'océan en creux de 3 mètres, on passera bientôt la nuit sous les 18°, voire moins aux aurores, si les alizés marins daignent perdurer; rien n'est moins sûr... Rien ne va plus !
Lire aussi: même au Gabon, ce pays béni des dieux de la forêt et de la pluie !...:
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4 commentaires:

  1. bonjour Frédéric,ici en Arles, le soleil revient au pays..mais avec le mistral, te dire aussi que ton blog est d'un grand intérêt,que son abus ne peut-être que profitable à notre conscience ,(tiens je vais m'en fumer une;;; casa-sport:-) à bientôt,thibault

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  2. Laurent Duroudier4 mars 2010 à 15:20

    Vrrrrrraiment ça devient n'importe quoi, le climat, dè !
    Tiens, pour ton info, on a eu droit à un orage de grêle à Dacca la semaine dernière !!!!
    Dans quel monde vivons-nous...
    Bonne journée.
    Lolo du sud-ouest et Sido du Gabon, HI Bangladesh

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  3. bonjour Frédéric, "rien ne va plus" qu'on ne nous prenne pas pour des" para en anorak" comme me disait un ami très cultivé, le temps sur Terre a bien changé, amitiés,thibault

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  4. thige a dit...
    bonjour Frédéric, quand la mer s'emporte ,elle nous revient sans dentelles de requin, à bientôt,thibault

    1 mars 2010 12:17

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