" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

mardi 27 septembre 2011

27, le piqueboeuf buphage, bientôt en voie de disparition !?


Ci-dessus et dessous: des piqueboeufs buphages à bec jaune 'déparasitent' les vaches / Photos par Rozenn Le Roux pour Ornithondar

* Plaine alluviale entre Lampsar et fleuve Sénégal. Digue n°1 -

Cet inséparable des grands mammifères, sauvages et domestiques, est représenté en Afrique par deux espèces: le piqueboeuf buphage à bec jaune (buphagus africanus, yellow-billed oxpecker) est celle que l'on rencontre en Afrique occidentale, en savanes soudano-sahéliennes du sud mauritanien et du Sénégal au Tchad. A condition qu'il y ait des troupeaux d'ongulés dont sa survie dépend intégralement: équipé de serres similaires à celles d'un pic, le piqueboeuf buphage escalade les flancs et la croupe des ruminants pour se nourrir des parasites qui y pullulent: mouches, taons, mais surtout tiques sont délogés derrière les oreilles, à l'aine, au niveau de la queue, sur le dos. Les plaies sont même nettoyées par nos buphages qui ont un faible pour le sang, ça tombe bien !
Mais le buphage est doublement menacé. Partout on voit ses effectifs diminuer, inexorablement. Pourtant personne ne leur veut directement du mal: pas mangés, pas chassés ! Dans notre région comme partout en Afrique, l'éradication des grands troupeaux d'antilopes, des girafes et autres buffles sauvages avaient déjà compliqué l'existence des buphages. Une première alerte vite compensée par l'explosion démographique du cheptel bovin - malgré les hécatombes consécutives aux grandes sécheresses de 1973 et 1984-, qui avait permis aux déparasitants ailés de maintenir leurs populations, notamment dans les régions d'élevage du Sahel (Ferlo du Sénégal, Gourma du Mali, Dallols du Niger). Depuis une quinzaine d'années cependant, comme en Afrique orientale, comme en Inde, l'usage des produits vétérinaires s'intensifiant (anti-inflammatoires, déparasitants), le cheptel bovin a souvent perdu jusqu'à 90% de sa 'petite vermine' qui faisait le bonheur des buphages - et, dans une moindre mesure, des hérons garde-boeufs (bubulcus ibis, cattle egret). Faute de nourriture, les piqueboeufs se reproduisent moins, et peu à peu les groupes périclitent et disparaissent. On ne peut rien contre le progrès... et le lobbying pharmaceutique.

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