" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

lundi 18 janvier 2010

18, Djoudj, un inventaire avec des pincettes...


* Parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD) -
INVENTAIRE ANNUEL DES OISEAUX D'EAU (15-17 01)
L'inventaire annuel des oiseaux d'eau du parc national du Djoudj, entre le 15 et le 17 janvier 2010, a donné les résultats suivants, à prendre avec d'infinies précautions au vu des énormes carences (cf. nota ci-après) du comptage à la sénégalaise:

Ci-contre: 2010 01 27, envol de canards au dessus des roselières du Djoudj
/ Courtesy photo par François Marmeys, DR


Grand cormoran à poitrine blanche: 686 (ndlr., effectifs indubitablement sous-estimés) contre 3840 en 1988
Cormoran africain: 701 contre 2944
Anhinga d'Afrique: 278 contre 1868
Pélican blanc: 6832 contre 16 848 en 2006 (ndlr., on s'est probablement contenté de dénombrer les pélicans au nichoir !)
Aigrette garzette: indéterminé contre 1228
Grande aigrette: 452 contre 3413
Héron cendré: 458 contre 740
Héron pourpré: 266 contre 576
Tantale ibis: 1066 !
Cigogne noire: 10
Cigogne blanche: 9
Ibis falcinelle: 75 contre ~1000
Ibis sacré: 36
Spatule blanche eurasienne: 452 contre un maxi de 1965
Spatule d'Afrique: 7 contre 362
Flamant rose: 8439 contre un maxi de 24 755
Flamant nain: 270 contre un maxi de 46500
Dendrocygne fauve: 30 contre un maxi de 32 620
Dendrocygne veuf: 34 846 contre un maxi de 66 050
Ouette d'Egypte: 35 contre 2662
Oie-armée de Gambie: 786
Canard à bosse: 8 (ndlr., ?)
Sarcelle d'hiver: 2 (ndlr., ??) contre 1500
Sarcelle d'été: 122 822 contre un maxi de 180 202
Canard pilet: 114 860 contre un maxi de 240 984
Canard souchet: 313 contre un maxi de 33 700
Busard des roseaux: 65
Talève sultane: 43
Grue couronnée: 66 contre un maxi de 350
Avocette élégante: 200 contre un maxi de 3050
Petit gravelot: 13 (ndlr., ?)
Barge à queue noire: 102 (ndlr., ?)

Ci-contre: Station biologique du parc national des oiseaux du Djoudj, le "laboratoire" et son... archivage scientifique 
/ 2010 02 23, courtesy photo par François Marmeys, DR

Nota et interprétations:
La collecte des observations, les recensements et autres statistiques étant des plus primaires au Djoudj (archivage peu ou prou inexistant, ou en décrépitude, de relevés sur feuilles volantes ou cahiers défraîchis -avec années manquantes (?)-, les données fiables ou scientifiques concernant le parc n'étant accessibles qu'auprès d''experts' étrangers et autres agences 'préoccupés' par les richesses du Djoudj-"joyau-du-Sénégal" et... patrimoine mondial patenté Unesco !), il faut prendre ces chiffres avec précaution. Leur interprétation peut inquiéter: comment comprendre que tous les effectifs ou presque des oiseaux d'eau de la réserve soient si bas par rapport à de précédentes évaluations et aux maximums enregistrés et cités ci-dessus ? Le grand froid au nord du Sahara et l'excellente pluviométrie de la mousson au Sahel auraient du, logiquement, autoriser des effectifs autrement plus conséquents que ceux relevés par les agents du PNOD ! D'autant que d'autres observateurs ont constaté une augmentation dans les effectifs hivernants de certaines espèces, cet hiver (comme l'échasse blanche et le chevalier aboyeur). Le célèbre ornithologue Nik Borrow, de passage au parc dans les jours qui ont suivi le décompte annuel, a pu y observer non seulement des hérons cendrés en (très) grand nombre (ma foi, ça saute aux yeux...) mais aussi 1 butor étoilé (botaurus stellaris, great bittern) et 2 hiboux des marais (asio flammeus, short-eared owl), tous oiseaux du paléarctique -notamment le butor- qui semblent surtout 'atteindre' le delta du fleuve Sénégal lors des hivers européens plus rigoureux que d'habitude... Plus grave, et personnellement je n'en serais pas surpris: ces chiffres bas indiqueraient une régression (au mieux un transfert vers le bas-delta mauritanien, voire le delta intérieur malien ?) des effectifs d'oiseaux à cause de la dégradation des biotopes, de la déstabilisation des conditions d'hivernage et de la gestion pour le moins contestable d'un sanctuaire fort complexe (renaissance des végétaux aquatiques invasifs, dérangements par le bétail et d'incessants travaux de voierie -même au coeur de l'hivernage aviaire !?, braconnage externe sur des oiseaux qui ne se contentent pas de 160 km2 !, surveillance plus attentive aux touristes de l'embarcadère qu'aux vases des marais nord du parc, pollution chimique et silencieuse des eaux obstinément ignorée, etc.). Le Djoudj reste un refuge isolé au milieu d'un espace naturellement fragile de plus en plus peuplé (planning familial, ô sacrilège !), d'un espace fragiligé par des choix obtus d'aménagements hasardeux (clientélistes et/ou dépendants du bon vouloir extérieur ), qui persévèrent, accélérant la dégradation d'écosystèmes totalement bouleversés depuis au moins vingt ans; un parc étriqué territorialement, dont certaines parties sont  visiblement abandonnées aux impacts humains des villages limitrophes autour desquels le 'désert' s'élargit par cercles... Quant aux bovins, certains en viennent à s'embourber carrément sur les bords du marigot du Djoudj, 'autoroute à touristes' s'il en est du parc national, lesquels visiteurs au coeur sensible  exigent de leur 'piroguier' d'aller à la rescousse de l'animal ! Bref, si ces chiffres sont exacts, peut-on parler de troisième parc ornithologique mondial: 13 petits gravelots, diantre !? Au demeurant, y avait-il suffisamment de 'pointeurs' sur le terrain, pendant ce long week-end du 15 au 17 janvier 2010 ?...
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