" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

samedi 24 mai 2014

24, première: après les gyps de Rüppell, un gyps africain dans le nord du Maroc !

2014 01 24, gyps africanus immature (à g.) et gyps rueppellii subadulte (à d.) au-dessus des rives orientales du lac de Guier, nord du Sénégal
/ Photo par Frédéric Bacuez

* Du Sénégal et de la Mauritanie au nord du Maroc et au détroit de Gibraltar - 


Notre trio d'ornithologues marocains (Mohamed Amezian, Rachid El Khamlichi, Karim El Haoua, cf. photo ci-contre et voir notre notule précédente) en remettent une louche ! Après leurs observations documentées de dix vautours de Rüppell (gyps rueppellii, Rüppel's vulture) sur trois sites de la péninsule tingitane du Maroc septentrional - 10, 11 et 24 mai 2014, un record dans le détroit de Gibraltar (voir ICI et LA et sur Ornithondar), voilà que ce même 24 mai ils se rendent compte qu'un vautour africain (à dos blanc, gyps africanus, white-backed vulture) se trouve aussi sur la carcasse que nettoient les vautours fauves (gyps fulvus, eurasian griffon vulture) et les vautours de Rüppell déjà identifiés, près de Tétouan (voir ICI) ! 

Ci-contre: 2014 05 10 en forêt de Bouhachem, nord du Maroc. 
De g. à d., Karim El Haoua, Mohamed Amezian et Rachid El Khamlichi / Courtesy Moroccanbirds, DR

Une première pour le Maroc !

C'est que c'est la première fois que le vautour le moins rare du Sénégal hors des agglomérations humaines (dans lesquelles le vautour charognard, necrosyrtes monachus, reste dominant) est formellement identifié au Maroc ! Avec cette nouvelle espèce recensée pour le royaume chérifien, c'est le quatrième ou cinquième signalement de gyps africanus autour du détroit de Gibraltar, seulement (1 coté marocain, 3 coté espagnol, et 1 probable sujet échappé de captivité signalé en 2006 au Portugal)... Nos collègues de la péninsule tingitane font donc très fort, en ce mois de mai, et Ornithondar s'associe ici à leur joie !


2014 05 24, près de Tétouan, nord du Maroc, de g. à d.:
Gyps africanus + Gyps rueppellii + Gyps fulvus
" La récompense est assurée par la nature "
/ Courtesy photo et propos par Rachid El Khamlichi pour Moroccanbirds

" Voilà une première pour le Maroc ! 
Je n'ai jamais imaginé qu'un jour j'aurai une rencontre avec ce vautour 
- dont je n'avais même jamais entendu parler ! 
J'ai auparavant observé le vautour moine, le Rüppell et tous les grands rapaces du pays... 
mais voilà ! Il y a toujours une première fois ! "
- Conversation avec Rachid El Khamlichi, 2014 05 28

Nota: inscrit à la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées (dans la catégorie 'Endangered/En danger', 2012*1) comme tous les vautours d'Afrique occidentale, le gyps africain à dos blanc reste au Sénégal le moins raréfié de tous les vautours: il se maintient même dans certaines régions du pays en d'assez importants effectifs (centre sud, notamment). Si notre gyps africain n'est pas particulièrement connu pour être un migrateur au long cours, il suit toutefois la remontée du Front intertropical de convergence (FIT), lequel fait remonter les pluies du Golfe de Guinée vers les confins sahélo-sahariens. En juillet tout particulièrement*2 on peut observer, traversant le ciel deltaïque, de petits groupes de vautours africains venant du sud et gagnant les steppes prédésertiques de la Mauritanie. A cette période, le reverdissement des savanes méridionales y rend le cheptel d'herbivores moins famélique, donc moins susceptible de finir en cadavres... Alors qu'au Sahel de mai à août, la vie devient particulièrement cruelle, et la mort dévastatrice, juste avant les premières pluies... Les éboueurs du ciel le savent bien.

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