" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mardi 13 mai 2014

6, une 'baleine à bec' sur la Langue...

2014 05, cadavre décomposé d'un très probable mésoplodon de Blainville sur la Langue de Barbarie, au sud de Saint-Louis
/ Courtesy photo par Océan & Savane [Sénégal]

* Langue de Barbarie, ~1 kilomètre du campement touristique Océan & Savane -


C'est fait, ouf...: il y a une semaine, le cadavre en décomposition avancée d'un étrange animal marin était découvert sur la plage infinie de la Langue de Barbarie, au sud de Saint-Louis-du-Sénégal. Amandine Bordin, spécialiste du milieu marin en charge d'une mission auprès du GEPOG et de la Réserve naturelle nationale du Grand-Connétable (Guyane française) me confirme que la 'chose' était fort probablement un mésoplodon de Blainville (mesoplodon densirostris, cf. photo ci-dessus), de la famille secrète et peu connue des ziphiidés autrement et communément appelés 'baleines à bec'.

Ci-contre: baleine à bec de Blainville / Timbres des Bahamas, avec le WWF


" Je pense effectivement que c'est une baleine à bec de Blainville. 
La forme de la mâchoire semble coïncider avec la morphologie de cette espèce (...) "
Chargée de mission milieu marin, Secrétariat scientifique des ZNIEFF-Mer, 
GEPOG/RNN de l'île du Grand-Connétable, Cayenne (Guyane française)

Les ziphiidés (ziphiidae) forment une famille des cétacés jusqu'à présent peu documentée. Les observations sont rares, les études parcellaires. Certaines espèces ne sont même connues que par des crânes et ossements, c'est dire... Celles qu'on appelle 'baleines à bec' - mais sont en réalité des cétacés intermédiaires entre les dauphins et les baleines- vivent en effet en pleine mer, le plus souvent sur hauts fonds (une baleine à bec de Cuvier peut plonger jusqu'à près de 3000 mètres de profondeur - Lire ICI), ne remontant pour respirer en surface que l'espace de quelques instants. Discrètes et solitaires, elles se nourrissent quasi exclusivement de céphalopodes comme les teuthides (calmars) et de quelques poissons hauturiers, n'approchant les eaux côtières qu'accidentellement.

Dans la zone atlantique qui nous intéresse (Mauritanie, Sénégal), il est envisageable d'y répertorier les quatre espèces de baleines à bec suivantes (par ordre de fréquence possible):

  1. Baleine à bec/Mésoplodon de Blainville (mesoplodon densirostris)
  2. Baleine à bec/Mésoplodon de Gervais (mesoplodon europaeus)
  3. Baleine à bec/Mésoplodon de True (mesoplodon mirus)
  4. Baleine à bec/Mésoplodon de Sowerby (mesoplodon bidens), égaré(e) au sud de son aire de distribution connue de l'Atlantique nord tempéré

Le mésoplodon de Blainville (cf. ci-dessous) est la baleine à bec qui a le plus de chance d'être rencontrée dans les eaux sub et intertropicales de l'Atlantique: s'il est régulièrement observé dans les Caraïbes et au large du plateau des Guyanes, sa fréquence dans les eaux africaines reste encore problématique quant à son statut et ses effectifs.



Noyé dans les filets hauturiers ?

Il y a fort à parier que ce mésoplodon de Blainville (baleine à bec de Blainville, mesoplodon densirostris, cf. photos ci-dessous et en haut de notule) rejeté par l'océan sur les sables saint-louisiens a été ramassé (sic) dans le raclage des fonds marins par l'un des navires-usines-hauturiers qui se succèdent au large de l'Afrique de l'ouest en fonction des aléas, des alliances, des connivences et des accords opaques qui lient les politiques d'ici et d'ailleurs... Après les Russes spectaculairement montrés du doigt par Dakar, et les Chinois qui restent bien ancrés au large de la Mauritanie, les Européens reprennent du poil de la bête au Sénégal*: près d'une quarantaine de leurs navires de pêche vont (re)mettre à sac les ressources pélagiques (officiellement seulement le thon et le merlu noir) d'un pays tantôt paralysé par les hypocrites chantages et promesses dignes de la bimbeloterie des comptoirs d'antan, tantôt grisé par les ristournes, pour ne pas dire plus, que lui concèdent ces 'partenaires au développement'. Au premier rang desquels cette Europe-là qui finance à fonds perdus (sic), pour la seule satisfaction des consommateurs de ses 'hypermarchés' totalitaires, des armadas de plus en plus industrielles et ravageuses tout en réaffirmant par ailleurs son attachement à la protection des océans... Ou quand l'invariable duplicité des Hommes a encore de beaux jours devant elle...

Echouage d'une baleine de Blainville, Nouvelle-Calédonie 2001

Ci-dessous: 2014 05 sur la Langue de Barbarie, au sud de Saint-Louis-du-Sénégal, 
le cadavre d'un mésoplodon de Blainville, possiblement une jeune femelle
/ Courtesy photos par Océan & Savane [Sénégal]



Des échouages récurrents, des rejets de plus en plus fréquents

Tandis que la mer rejetait le mésoplodon de Blainville (mesoplodon densirostris) sur la Langue de Barbarie du Sénégal, chez nos voisins de Mauritanie c'est la dépouille d'un grand dauphin (tursiops truncatus) qui rougissait au soleil près du vieux wharf de Nouakchott, en tout début de mois. Le 6 mai, le jour même de la découverte de la baleine à bec décomposée au Sénégal, c'est une tortue verte (chelonia mydas) qui était retrouvée morte à quelques kilomètres au nord de la capitale mauritanienne.

Si l'échouage de cétacés, vivants ou agonisants, est bien connu quoique souvent inexpliqué, le rejet par l'océan sur le rivage d'animaux marins de toutes espèces, morts et souvent en état de désagrégation, est de plus en plus fréquent, ici et partout dans le monde. Il n'y a pas besoin d'être un grand spécialiste pour deviner que ces poissons et oiseaux marins, ces tortues et autres cétacés sont le plus souvent les victimes 'collatérales' - des prises accidentelles, comme on dit - de la pêche en grand, qui ne fait pas dans la demi-mesure, pas le tri avant mais après la remontée de chaluts kilométriques... La mer étant par ailleurs vidée de ses prédateurs et charognards (comme les requins), les grosses espèces noyées et remises à la mer ont désormais tout loisir de dériver sur des centaines de kilomètres d'eaux mortes avant d'échouer piteusement sur les littoraux sablonneux. Y finir leur décomposition. 
Lire aussi sur Ornithondar2011/05/22, échouages sénégalais

Ci-dessous: 2014 05 sur le littoral mauritanien, à g., Tortue verte (chelonia mydas) - à d., Grand dauphin (tursiops truncatus) près de l'ancien wharf de Nouakchott 
/ Courtesy photos Sylvie & Le Lodge du Maure Bleu (à g.) et Mémoire Continent (à d.) [Mauritanie]

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