" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mercredi 26 mars 2008

26, les hippos du Lampsar ne sont pas un mythe !


* Bango/Sanar. Lampsar, coté 'eau douce' -



" LES HIPPOS DE BANGO : MYTHE OU RÉALITÉ ?


Officiellement c'est dit et écrit, il n'y a plus d'hippopotame dans le fleuve Sénégal depuis belle lurette. Ceux qui survivaient à la mare de Kankossa, en Mauritanie, ont rendu l'âme dans les années 60... A Saint-Louis même, de vieilles mémoires en voie de disparition vous rappelleraient que jadis, du temps où la déesse des eaux Coumba Bang signifiait autre chose qu'un nom fantomatique d'hôtel, le marigot de Khor enjambé par la route de Dakar hébergeait quelques familles de ces pachydermes aquatiques. Aujourd'hui, les plus proches amphibiens sont à rechercher du coté de la Falémé et du Niokolo Koba, bref à perpète ! Et pourtant : tout Saint-Louis se souvient encore des ébats d'un hippopotame exhibitionniste, il y a une dizaine d'années au large de la corniche de Sor; la passerelle du pont Faidherbe n'avait pas désempli pendant plusieurs jours tandis qu'on se bousculait aux balcons et terrasses des Blocs 16 et 22 pour scruter l'inhabituel spectacle du fleuve Sénégal, aux premières loges. Mais à peine vu déjà reparti, l'hippo avait disparu aussi soudainement qu'il était apparu, venu d'on ne sait où, évaporé on ne savait pas vers quel repaire ignoré des Hommes...




C'est de cette fin de siècle que commença à enfler la rumeur d'une présence d'hippopotame(s) dans les eaux dormantes du Lampsar, un bras du fleuve, entre Bango et Sanar. Aficionado de ce bolong enchanteur, Richard Bohringer dans C'est beau une ville la nuit, son film en partie tourné sur ces limons d'adoption, en fait un clin d'oeil rigolard... Un, puis deux, ou deux hippos avec bébé : on en parlait un peu comme on évoque Nessie, le légendaire monstre du Loch Ness, sous les cieux maussades de la pluvieuse Écosse. Le Lampsar n'a pourtant rien de ces fjords nordiques, lugubres et inquiétants, aux eaux sombres comme les abysses. Ici la lumière, la chaleur du soleil sahélien et la fraîcheur des brises atlantiques, le vert des typhas, l'indolence des pirogues et le ballet des oiseaux ne pouvaient pas durablement préserver le mystère de tel mastodonte, à la fois débonnaire et dangereux, discret mais dévoré par sa curiosité... et sa gourmandise d'herbivore insatiable. On le disait reposer ses trois tonnes sur une île au confluent du Lampsar et du Ngalam, le jour; on l'avait vu ici, croisé là, entendu surtout, tout près, la nuit. Et d'heureux riverains du marigot certifiaient sur l'honneur qu'il existait bel et bien, et que ce Lampsar-là était le jaccuzi d'au moins deux de ces démiurges. Paroles de tartarins hâbleurs, évidemment : comment ça, des hippopotames en Afrique, ben voyons !?




Mieux, ou pire pour les sceptiques (une mystification !) et les hallucinés d'exotismes vaporeux (un mythe !), il y a désormais des preuves : des photographies nocturnes (cf. ci-contre), énigmatiques comme il faut, prises par l'artiste forgeron Gatien Dardenne, complice belge de l'histoire et de ses lieux magiques. Parfois, singulièrement les nuits de pleine lune, confirme-t-il, deux hippopotames viennent faire le cabot à quelques mètres de ses chiens géants, Lala et Zawa. Anticipant leur arrivée, les molosses qui ne pensent qu'à sauter à l'eau pour retrouver leurs deux camarades de bain aboient depuis le ponton terrasse, réveillent et ensorcellent leur maître; les hippos approchent, les yeux écarquillés au ras de l'eau, les oreilles de gros cochons pointés vers les canidés tout excités, et ils gloussent leurs ahans de klaxons, avant de poursuivre leur promenade vers les herbiers du lodge Thioubalo, pour de noctambules orgies vertes -jusqu'à 60 kg d'herbes en cinq heures !... Il ne manquerait plus que nos "chevaux de rivière" lèvent les trois à quatre mille dendrocygnes (les canards siffleurs africains) qui y pâturent ou qu'ils agacent au passage le couple de pygargues vocifères (les aigles pêcheurs) qui a élu domicile dans les grands arbres juste au dessus de la chambre de Gatien, pour que la quiétude du Lampsar ne se mue, en quelques minutes, en cacophonie de décibels, par ces nuits pascales pourtant frisquettes...

Frédéric Bacuez dit Fretback "
Avec Eddy Graeff, pour lesaintlouisien.com, 2008 03 26 / Courtesy photos Gatien Dardenne, droits réservés

Voir aussi : rapports de 2009 11 23, 2009 08 1 et 06 12, 2009 02 et 2008 09, avec photos et/ou vidéo.
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