" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

vendredi 8 juillet 2016

8, prinia modeste - manteau gris et oeufs roses de saison

Prinia modeste - prinia subflava ssp. subflava, en plumage nuptial et dans un balanites aegyptiaca
Brousses de Toddé 2016 07 8, 15h20 / © Photo par Frédéric Bacuez

* Aire communautaire patrimoniale des Trois-Marigots.
Brousses du Khant, de Ndenent et de Toddé -

Résumé: carnet rose dans les brousses de Toddé, au seuil des Trois-Marigots. Si les Prinias modestes (prinia subflava subflava) chantent à gorge déployée, c'est de la saison nuptiale, l'une de ces cisticolae a déjà pondu: deux délicats œufs roses et marbrés au fond d'un nid en forme de sac à mains...

Abstract: birth column in Todde bush, on the threshold of the Trois-Marigots. If the Tawny-flanked Prinias (prinia subflava subflava) sing out loud, this is the wedding season, one of them has already laid: two delicate pink and mottled eggs at the bottom of a nest shaped handbag...

APREM'-
Avec Etienne Henry

Dans un arbuste, une Prinia modeste (prinia subflava ssp. subflava, tawny-flanked prinia) s'approche d'un petit nid profond qui se fond parfaitement dans le paysage jaune et gris des environs. Le passereau allait disparaître dans la corbeille mais s'envole prudemment à notre approche. A environ deux mètres au-dessus du sol, collé aux branchettes de l'épineux, le nid douillet et cryptique est fait de fines herbes séchées; nous sommes contraints de nous dresser sur la pointe des pieds, en évitant les épines comme des lardoirs pour scruter ce qu'il y a dedans ! Youpi ! Deux œufs tout rose avec quelques marbrures personnalisées, comme toujours chez cette Prinia, attendent d'être couvés (cf. photos ci-dessous). Vite, quelques photos et laissons la place au duvet incubateur du nicheur, l'une des trois espèces dans notre delta de la grande famille des cisticolidae: Prinia modeste; Prinia à front écailleux; Prinia aquatique, toutes grandes de 11 à 12 centimètres...

"Conspicuous and vocal"

Nota 1: en cette saison à la cime des arbustes, les "visibles et vocales" Prinias chantent activement, plus intensément encore qu'à la saison sèche... La Prinia aquatique (prinia fluviatilis), inféodée aux cours d'eau, marigots et marais choisira volontiers des tamarix senegalensis. Les Prinia à front écailleux (spiloptila clamans, voir ICI sur Ornithondar) et Prinia modeste (prinia s. subflava) opteront souvent pour le balanites aegyptiaca, un arbre robuste bardé d'épines et d'un genre de dattes sauvages (cf. photo en haut de notule), particulièrement riche de ces petits insectes qui font le bonheur de nos deux cisticoles. Sur le pourtour arbustif d'une minuscule mare à sec, il y en a une, de Prinia modeste... Elle chante à tue-tête, arborant un plumage nuptial typique de la saison qui lui donne, pour le coup et provisoirement, un aspect de Prinia aquatique... Déjà pas facile, hors le chant, de les différencier l'une de l'autre, ces deux-là, surtout en milieu où elles se côtoient (berges des Trois-Marigots, digue bangotine et plaine alluviale du fleuve Sénégal)... Heureusement ici c'est la brousse sèche, peu de chance d'y croiser la Prinia de la végétation riveraine et des herbiers marécageux... Ouf... Bandeau noirâtre lui donnant un aspect sévère, queue temporairement raccourcie, dos, manteau et tête devenus gris: pas de doute, notre Prinia est en mode reproduction, sur son arbre perchée... Un à deux kilomètres plus loin, rebelote: encore une Prinia modeste, cette fois près du nid, "en forme de sac à mains et fait de bandes d'herbes tissées ensemble". A l'intérieur, les deux œufs réglementaires (deux à quatre, c'est selon) sont comme il faut, rosés (parfois ils sont d'aspect beige voire verdâtre), avec ces tâches et couperoses plus foncées si caractéristiques de l'espèce.

Dans les années '60-70 du siècle dernier, Gérard et Marie-Yvonne Morel avaient noté que la nidification de la Prinia modeste se tenait d'août à décembre*. Etienne Henry et Ornithondar découvrent ce 8 juillet 2016 un nid contenant deux œufs de l'espèce. S'il est fort probable que notre passereau est en phase nuptiale dès la toute fin de la saison sèche (juin), il est tout aussi vraisemblable que si les conditions le permettent, la reproduction puis la couvaison se font sans attendre, dès les prémices de la saison humide. Cette année, s'il n'a pas encore (vraiment) plu sur la basse vallée, en revanche l'hygrométrie semble suffisamment forte, plus forte que d'autres années plus sèches à cette période, avec une bonne reprise du feuillage et l'émergence consécutive d'un stock suffisant d'insectes, pour que la Prinia juge fort à propos que la couvée pouvait se faire dès la première semaine de juillet. Avec l'excellente première pluviométrie dans la bande soudanienne, nous autres sahéliens en recevons, Hommes et oiseaux, les effluves moites qui font espérer, ou patienter... Pas trop longtemps, quand même !

* Dates de reproduction des oiseaux de Sénégambie, par Gérard J. & Marie-Yvonne Morel, IRD ex ORSTOM, Richard-Toll, 1982


 Dans les années '60-70 du siècle dernier,
Gérard & Marie-Yvonne Morel  avaient noté que 
la nidification de la Prinia modeste se tenait d'août à décembre. 
Etienne Henry et Ornithondar découvrent ce 8 juillet 2016 
un nid contenant deux œufs de l'espèce. 

Ci-dessous:
nid de Prinia modeste - prinia subflava ssp. subflava, et deux œufs typiques de l'espèce
Brousses de Toddé 2016 07 8, 15h20 / Courtesy © photos par Etienne Henry pour Ornithondar



Nota 2: La Prinia modeste a une large répartition continentale, à l'exception faite de quelques coins et recoins de la cuvette congolaise, de la corne et du sud-ouest africains. En Afrique australe, cette Prinia est la principale cible du parasitisme par une espèce de Tisserin, le Tisserin-Coucou (anomalospize imberbis) qui agit, comme son nom l'indique, comme un cuculidé: placer son œuf au milieu de ceux de la Prinia, comme si de rien n'était, pour qu'il soit couvé et l'oisillon élevé par elle ! Dans le Sahel c'est sa chance, notre Prinia modeste peut mener sans souci la couvaison de ses vrais rejetons: aucun Tisserin ni Coucou de la place ne viendra parasiter son nid ! Même si le phénomène existe ici aussi, chez d'autres espèces: le Combassou du Sénégal (vidua c. chalybeata) chez les Amarantes (commun) à bec rouge (du Sénégal, lagonosticta s. senegala), le Coucou didric (chrysococcyx caprius) surtout chez les Tisserins (ploceus sp.), le Coucou africain (cuculus gularis) chez le Drongo brillant (dicrurus adsimilis ssp. divaricatus) et parfois chez la Corvinelle à bec jaune (corvinella corvina); le Coucou jacobin (oxylophus jacobinus) chez le Bulbul des jardins (pycnonotus barbatus ssp. inornatus) et accessoirement chez des Cratéropes (turdoides sp.); le Coucou de Levaillant (oxylophus levaillantii) encore chez des Cratéropes (turdoides sp.) et accessoirement chez le Choucador à ventre roux (lamprotornis pulcher); le Coucou-Geai (clamator glandarius) chez le Corbeau-pie (corvus albus), oui oui c'est culotté, voire chez n'importe quel Choucador (lamprotornis sp.) à disposition... C'est du propre ! 

Lire:
Cuckoo Finches, par AfricanCuckoos.com, in University of Cambridge (Royaume-Uni) et University of Cape Town (Afrique du sud)
Why the Cuckoo Finch Is Called a Brood Parasite ?, par Joseph Bennington-Castro in I09 We come from the future, 09 2013

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