" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

samedi 9 juillet 2016

2-9 juillet, un piège photographique dans le 'bush', ça ne trompe pas...

Phacochère commun - phacochoerus africanus, traversant le champ des terriers...
2016 7 4, 5h32 du matin / © Photo Ornithondar

* Aire communautaire patrimoniale des Trois-Marigots -

En véhicules 4x4.
Avec Alix & Daniel Mignot, et Jean-Pierre Ténégal (2016 07 2)
Avec Etienne Henry et Jean-Pierre Ténégal (2016 07 9)

Abandonné dans la brousse sèche et sablonneuse du plus lointain des Trois-Marigots, une semaine durant: Ornithondar a installé un piège photographique près du complexe réseau des terriers partagés par des Renards pâles (vulpes pallida) et au moins un Chat ganté (felis silvestris lybica)*. Les gîtes, à l'accès très étroit, occupent un large périmètre, par paquets d'entrées et sorties multiples ouvrant aux quatre vents, vers tous les points cardinaux, avec une prédilection pour des ouvertures au S-SE et au N-NO. Quelques groupes de terriers semblent abandonnés (effondrements, toiles d'araignées, herbes folles), certains ayant été récupérés par d'autres occupants; on pense d'abord au Chat ganté, rencontré ici-même à plusieurs reprises, au zénith comme au crépuscule; celui-ci a élargi les trous, du coup plus arrondis, mais moins bien entretenus que les descentes raides et 'au carré' des canidés. D'autres abris sont à l'évidence toujours utilisés par les Renards pâles. Il y en a même de tout récents, creusés pendant la saison sèche. Les fèces de canidés découvertes il y a quelques semaines n'ont pas été enrichies depuis, hélas. En revanche, devant les terriers dont le sable est régulièrement remonté du tunnel par les pattes antérieures et rejeté devant, entre les pattes arrière, il y a de fraîches traces de... fesses ! On devine qu'au moins un petit mammifère s'est assis là, sur le tas de sable. Les empreintes de pattes sont moins lisibles; elles marquent très faiblement le sable qui vole facilement dans le vent. Le chat ? Un renard ?

* En rappel sur Ornithondar:

Piégeage photo: alea jacta est !

Nous avons installé le piège photo le 2 juillet en fin de journée (16h05), toute orangée par une bourrasque de sable (Voir ICI sur Ornithondar et photo ci-dessous en haut à g.). En vue des terriers dont avaient émergé nos premiers Renards pâles, le 31 janvier dernier, alors que nous nous attendions à voir surgir... un Chat ganté ! Nous avons récupéré le dispositif le 9 juillet dans la matinée (10h30).

Le résultat est sans appel: pas un renard, pas un chat ! N'en concluez pas hâtivement qu'il n'y a pas, qu'il n'y a plus ni félin ni canidé, dans ce labyrinthe souterrain ! A l'évidence ils occupent, ces temps-ci, des terriers hors-champ du piège photo; ou sont actuellement absents du site, colonisant peut-être un autre refuge, plus loin, ailleurs; nous avons récemment découvert un second complexe de terriers, à quelque trois kilomètres au sud sur le même alignement dunaire (Voir ICI sur Ornithondar, 2016 06 4).

Un phaco' - et du bétail, du bétail domestique, jour et nuit !

En une semaine, le piège photographique n'a enregistré en tout et pour tout le passage que d'un Phacochère commun (phacochoerus africanus), le 7 juillet à l'aube (5h32) puis au petit matin (8h14). Seul et unique mammifère représentant la faune sauvage. Pour le reste, c'est le défilé, dont nous avons fait une petite sélection ci-après pour l'édification de celles et ceux (dont moi !) qui voudraient encore y croire, naïfs, optimistes et tous les oniriques qui pensent qu'il y aurait encore une faune secrète, ici comme dans tout le Sahel, invisible aux Hommes...  Un défilé ininterrompu de bovins et de caprins domestiques, piétinant jour et nuit le périmètre des terriers : des vaches à 22h39 ou 1h13 dans l'obscurité, c'est dire combien il n'y a rien à craindre d'un hypothétique prédateur... Le plus dangereux carnivore qui subsiste ici ? Un erratique Chacal doré (canis aureus); un timide Renard pâle (vulpes pallida) et un espiègle Chat ganté (felis silvestris lybica) - vaches, chèvres, moutons et... cochon sauvage, notre inévitable Phacochère impie, peuvent se la couler douce...

Nota: je le répète sur tous les tons: on a plus de chance de croiser un mammifère en Europe de l'ouest que dans dans tout le Sahara et le Sahel réunis* ! C'est un résolu travail d'éradication systématique qui a commencé il y a au moins 70 ans, largement documentée par les administrateurs et les naturalistes 'européens' de l'époque puis, très tardivement c'est à dire maintenant et trop tard, par les scientifiques (toujours) occidentaux. Dans l'indifférence absolue des Africains, au nord comme au sud du Sahara - au sud la prise de conscience étant encore plus absente qu'au nord... L'Afrique subsaharienne nourrit un culturel désamour pour la Science (trop disciplinée, trop rigoureuse, pas assez échevelée), sauf quand elle demeure onirique et proclamatrice (l'économie et les concepts idéologiques, ha ha ha !)... On est donc (sans surprise) effaré de lire que les Girafes, les Addax, les Gazelles et les Autruches ont pu ainsi être massacrés, par dizaines en une seule expédition de 'chasse'. Et pas de discrimination dans les implications: les Blancs, on le sait, mais les Noirs, et les Entre deux, on le dit moins - le Touareg armé ayant été le plus efficace, sans doute le plus radical, pour répondre à la demande des centres urbains et des innombrables caravanes qui, loin des images d’Épinal chères au romantisme orientaliste, se sont mises avec l'arrivée de moyens de locomotion modernes et pour toutes sortes de raisons, à sillonner le Sahel et surtout le Sahara...

* Lire:
Préservation de la faune sauvage dans la zone sahélienne de l'ouest africain, par A. Villiers, Muséum national d'histoire naturelle (Paris, France), in La Terre et la Vie, 1958
Fiddling in biodiversity hotspots while deserts burn ? Collapse of the Sahara's megafauna, par Sarah. M. Durant et al., in Diversity and Distributions 2013 11 28

Dans le Sahel, après la chasse, le braconnage et la capture, causes directes de la disparition de la faune, ce sont les impacts indirects qui ont parachevé le travail d'éradication. Au premier rang desquels, l'élevage extensif de masse et irréfléchi, avec tout son bétail pléthorique qui n'est régulé que tous les trente ans quand survient le cycle récurrent des sécheresses comme une grande faucheuse. Mieux, on a établi dans les zones pompeusement appelées 'sylvo-pastorales' des forages gigantesques qui, à défaut d'inventer des pâturages, permettent de puiser profondément dans les nappes phréatiques, pour des milliers de têtes de bétail peu commercialisées - la quantité pour le prestige culturel ! Partout le tapis herbacé est tondu avant le mois de janvier, contraignant les éleveurs à toujours plus émonder les arbres. Lesquels, face à la demande croissante en combustibles de populations humaines toujours plus nombreuses, sont de plus en plus petits, rares, prématurément coupés. Pas de rejets, les graines et boutures sont impitoyablement avalées par le bétail. Quant aux abris, buissons et ultimes bosquets, ils sont sans cesse rongés, perturbés, abîmés par les bêtes domestiques, les bergers, bûcherons et autres charbonniers: guère de possibilité de repli et de tranquillité pour tous les animaux qui ne sont pas des fouisseurs... ou des cochons sauvages protégés par la mansuétude divine...

Ce qu'il en reste, de la faune de jadis...

  • Chacal doré-Loup d'Afrique / Renard pâle / Chat ganté / Phacochère commun / Patas / Mangouste ichneumon / Mangouste des marais / Mangouste à queue blanche / Civette d'Afrique / Genette commune d'Afrique de l'ouest / Zorille commune / Écureuil terrestre du Sénégal / Lièvre des buissons / Rat roussard du Nil / Souris à mamelles multiples / Gerbilles sp. et autres petits rongeurs /
  • Petite gerboise d'Egypte [en expansion depuis le nord] / Cricétome des savanes [en expansion depuis le sud] / Callitriche [extrêmement localisé]

Inch'Allah...

  • Porc-épic à crête / Hérisson à ventre blanc / 

Improbables...

  • Hyène tachetée [sujet tué par collision au carrefour de Rosso, un à deux sujets aperçus dans le Ndiaël] / Serval / Ratel / Mangouste rouge / Galago du Sénégal / Gazelle à front roux [après réintroduction au Djoudj ?, Ferlo sud]

Eradiquées:

  • Eléphant d'Afrique / Girafe de l'ouest / Lion d'Afrique [ultime sujet abattu par un 'chasseur' bangotin peu après 1960 vers le Djoudj] / Panthère / Guépard / Lynx caracal / Oryctérope / Damalisque / Gazelles, Antilopes etc.


Piégeage photographique du 2 au 9 juillet 2016
Un Phacochère s'est décrotté le groin contre mon piège, 
le cochon !
(Voir photos ci-après)

Ci-dessous, de haut en bas et de g. à d.:
du 2 au 9 juillet 2016, près des terriers aux Renards pâles et Chat(s) ganté(s)...
un ou deux phacochère(s) et du bétail, du bétail et encore du bétail domestique, bovins et caprins, jour... et nuit ! 
2016 07 2-9 / © Photos piège photographique Ornithondar


Récupération du piège photographique le 9 juillet 2016
Il y a pourtant des fèces... et des traces de fesses assises, 
devant les terriers - hélas hors-champ, zut !
(Voir photos ci-après)

Ci-dessous:
Aux terriers des Renards pâles et du Chat ganté
Trois-Marigots 2016 07 9 matin / Courtesy © photos par Etienne Henry pour Ornithondar

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