" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mardi 23 février 2016

23, 'Brèche de Barbarie': les fous, des océanites tempête et des sternes pierregarins

Océanite tempête - hydrobates pelagicus, en train de pêcher
Fleuve Sénégal derrière la brèche, PNLB 2016 02 23, 8h40 / Courtesy © photo (détail) par Vic Paine pour Ornithondar


Ci-dessus: sternes pierregarins - sterna hirundo (à g.), et océanite tempête - hydrobates pelagicus (à d.), autour de la brèche...
PNLB 2016 02 23, 8h40 / © Photos par Frédéric Bacuez
- Cliquer sur les photos pour agrandir -

* Parc national de la Langue de Barbarie (PNLB)
De la brèche à l'île aux oiseaux -

23 février 2016. MATIN, 8h05-11h35-
En pirogue à moteur, barrée par Abdoulaye; et à pied par la Langue
Avec Joanna Dailey, Pip Rowe & Vic Paine du Kielder Ospreys / J-1A/2
Temps: marée haute. Fin du grand vent nord/nord-ouest.

Nos correspondants du Kielder Ospreys* (Northumberland, Angleterre) sont dans le parc national de la Langue de Barbarie (PNLB) pour la semaine. Un de leurs balbuzards pêcheurs (pandion haliaetus, osprey), le bagué UV, est aussi suivi par satellite: il passe l'hiver ici, dans le Gandiolais (à suivre sur Ornithondar). Ce matin, nous savons qu'UV a choisi de fréquenter les méandres de Doune Baba Dieye et le voisinage de Niokobokh. Avec la pirogue des écogardes nous aimerions accéder à la zone, par le fleuve. Hélas, à marée haute l'océan pénètre furieusement dans la brèche wadienne; cette partie du fleuve, devant le phare de Pilote y compris, est trop tourmentée pour laisser passer notre esquif... On se contentera d'accoster sur le banc de sable encore épargné au sud immédiat du gouffre bouillonnant - puis d'espérer repérer l'envol d'UV, au loin. En vain. En lieu et place, quelques anonymes balbuzards plastronnent sur des filaos morts de l'ancien tombolo submergé, indifférents à la furia océane (cf. photo ci-dessous).

* Lire:
Langue de Barbarie National Park - Part 2, par Joanna Dailey in Kielder Ospreys, 2016 03 15
Langue de Barbarie National Park - winter home for UV and many other birds, par Joanna Dailey in Kielder Ospreys, 2016 03 5


Balbuzard pêcheur - pandion haliaetus, 'sur' la brèche...
PNLB 2016 02 23, 8h40 / © Photo par Frédéric Bacuez


Les alizés ont été puissants, ces derniers jours. En flux continus du nord/nord-ouest. Ce matin, les bourrasques se sont assagi. Mais la mer reste agitée; le fleuve brassé par les entrées océaniques est ourlé de vagues. Excellentes conditions pour apercevoir, peut-être, quelques oiseaux pélagiques qui, à la différence de Dakar, passent bien au large de la Langue de Barbarie et de Saint-Louis, le plus souvent hors de vue. Je ne crois pas si bien penser: sur le banc humide coté fleuve, parmi les quelques hérons cendrés et pélicans blancs au toilettage, une quinzaine de sternes pierregarins (sterna hirundo, common tern) ont passé ici la nuit et les heures trop agitées pour se reposer avant de poursuivre leur remontée prénuptiale vers le nord paléarctique. Comme les sternes naines (sterna albifrons ssp. guinea) et d'accidentelles sternes bridées (sterna anaethetus ssp. melanoptera) ou fuligineuses (sterna f. fuscata), des sternes pierregarins ont (jadis) niché sur l'île aux oiseaux du parc national, à quelques kilomètres au sud de la brèche (bientôt sur Ornithondar). Les dérangements intempestifs, la fragilité de l'îlot et probablement les bouleversements écologiques environnants ont anéanti l'espoir de voir les communes espèces nidificatrices du site rejointes par quelques raretés... 

Pélagiques ramenés vers le littoral !

Coté fleuve de la brèche, deux 'hirondelles de mer' courent la houle à toute vitesse et en tout sens. Depuis l'embarcation, j'ai peine à les suivre, avec les jumelles. Il est quasiment impossible, surtout, de les photographier dans de bonnes conditions - on se contentera de 'preuves' (cf. photos en annexe et 'Nota' ci-après)... Avec Pip Rowe nous remarquons le liseré blanchâtre sous les ailes, preuve s'il en est qu'il s'agit indubitablement d'océanites tempête (hydrobates pelagicuseuropean storm-petrel), l'une des cinq espèces d'océanites* pouvant être rencontrées au large des côtes sénégalaises en hiver et lors de leurs migrations.

L'Europe de l'Ouest accueille 95% de la population mondiale de l'océanite tempête, estimée à 1 500 000 individus. L'écrasante majorité nidifie sur les îles Féroé (Danemark, 150 000 à 400 000 couples), dans le Royaume-Uni (20 000 à 150 000 couples), en Irlande (50 000 à 100 000 couples) et en Islande (50 000 à 100 000 couples). La France héberge 400 à 600 couples, la Norvège et quelques pays méditerranéens ainsi que les îles Canaries (environ 1000 couples pour ces dernières) abritant les autres colonies du petit oiseau de la haute mer. Comme toutes les espèces d'oiseaux pélagiques, l'espèce est menacée par l'anthropisation et l'artificialisation des côtes, la prédation des nids par les animaux introduits ou domestiques errants, et par la raréfaction des ressources alimentaires.
Dans les eaux sénégalaises, l'océanite tempête n'est pas fréquemment observé, bien qu'il est un migrateur/hivernant régulier - et quantitativement abondant au regard d'autres espèces pélagiques confidentielles pourtant notées plus souvent au large de nos côtes. Même à Dakar, hotspot mondialement réputé pour l'observation des oiseaux de mer, la présence de ce petit pétrel près des côtes reste aléatoire:

" (...) The swedish team had great luck with this species in October 2003. They recorded 7 birds from Isle N'Gor and 52 from two pelagics off the Cap Vert Peninsula. 
Between 1995 and 1997 (a total of four seawatching periods) British birders only saw this species on their pelagic trips, with a highest total of 14 birds on 5 tours/days at sea 1995. 
Interesting ! It seems that you have to coincide with the right period and also a lucky day within the period to see this species side with Wilson's.
The question for future seawatchers remain: is this species - along with Leach's and Madeiran Storm-petrel - as scarce as the counts so far indicate ? Does it occur at other times ? Or have the days chosen for pelagic tours been the wrong ones ? "

* Océanite tempête (hydrobates pelagicus), Océanite culblanc (oceanodroma leucorhoa), hivernants du Paléarctique occidental / Océanite de Castro (oceanodroma castro) et Océanite frégate (pelagodroma marina), des îles de l'Atlantique / Océanite de Wilson (oceanites oceanicus), migrateur intra-africain de l'hémisphère sud

Nota: il y a dix ans, fin avril 2006, une nuée de 620 océanites tempête avait/aurait été notée à l'aval du pont Faidherbe, en amont de la brèche*. Cette mention enregistrée à l'African Bird Club (ABC) a depuis disparu de nos radars, on ne sait pourquoi... Erreur d'identification ? Confusion avec des guifettes noires (?), nombreuses à marauder dans cette zone et sous le pont en avril, mai et juin ? Pas de documentation suffisante pour attester de l'exceptionnelle importance du nombre d'oiseaux ? L'improbable décompte peut laisser craindre quelque confusion, en effet... Bref...



Océanites tempête - hydrobates pelagicus, au large de Dakar
Senegal shoreline. Relief print e edition of 24 (60 cm x 40 cm) / Par © Bruce Pearson, janvier 2014

Océanite tempête - hydrobates pelagicus, sur le fleuve Sénégal près de la brèche...
 PNLB 2016 02 23, 8h40 / © Photo par Frédéric Bacuez (détail)


Les fous de Bassan en flux prénuptial, un puffin vagabonde...

On retrouve des océanites tempête coté océan, à quelques encablures de la plage, dans la partie classée parc national de la Langue de Barbarie: deux oiseaux, peut-être les mêmes qui surfaient sur les ondes fluviales, tout à l'heure. Au large, au niveau du talus, des dizaines de fous de Bassan (sula bassana, northern gannet), bien qu'en moindre abondance qu'au large de Dakar (26-28 février, à venir sur Ornithondar) suivent le 'rail', la plupart dans le sens sud-nord. Il y a tous les âges, y compris des adultes et subadultes visiblement plus décidés à remonter l'Atlantique, surtout quand ils sont plusieurs à la queue leu leu, filant au ras des vagues. Comme il y a de la brume mêlée de suspensions sablonneuses, on ne distingue guère ce qui vole au-delà du talus: tiens, pendant quelques secondes, un puffin ! Pas le bonheur d'identifier le gracieux voilier - blanc au dessous avec ce liseré sombre typique du pourtour des ailes. La taille me semble plus petite et compacte que celle du puffin des Anglais (puffinus puffinus), il pourrait s'agir d'un puffin de Macaronésie (puffinus baroli) mais rien n'est moins sur, l'observation est trop brève, hélas... En revanche, aucun labbe (stercocarius sp., skua sp.) à l'horizon.


OISEAUX / 40 espèces cochées, 3 sp. entendues
AUTRES / 2 espèces

Vu:
  • Puffin sp. (puffinus sp., shearwater sp.), 1 ind. en mer
  • Océanite tempête (hydrobates pelagicus, european storm-petrel), 2 à 4 ind. - 2 ind. à l'aval de la brèche sur le fleuve Sénégal (cf. photos ci-dessus et en haut de notule à d.), et 2 ind. plus tard coté océan à quelques dizaines de mètres au large de la plage
  • Fou de Bassan (sula bassana, northern gannet), dizaines d'ind. de toutes les classes d'âge - 1ère et 2e AC, immatures et quelques adultes ou subadultes - l'immense majorité en vol S>N !
  • Pélican blanc (pelecanus onocrotalusgreat white pelican) (cf. photo ci-dessous)
  • Pélican gris (pelecanus rufescenspink-backed pelican) (cf. photo ci-dessous)
  • Cormoran africain (phalacrocorax africanuslong-tailed cormorant)
  • Grand cormoran à poitrine blanche (phalacrocorax carbo luciduswhite-breasted cormorant)
  • Aigrette à gorge blanche (egretta gulariswestern reef egret(cf. photo ci-dessous)
  • Grande aigrette (egretta alba, great egret), 2 ind.
  • Héron cendré (ardea cinereagrey heron)
  • Spatule blanche (platalea leucorodia, eurasian spoonbill), 36 ind. en vol prénuptial S>N (cf. photo ci-dessous)
  • Balbuzard pêcheur (pandion haliaetusosprey), 25 à 30 ind. en tout - dont quelques sujets 'sur' la brèche (cf. photo ci-dessus) et 10+ ind. stationnés sur la plage [tous ces sujets à l'amont de l'île aux oiseaux coté Langue de Barbarie]
  • Milan parasite (à bec jaune, milvus migrans parasitusyellow-billed kite), 1 + 2 ind. en mode copulation !
  • Huîtrier-pie (haematopus ostralegus, eurasian oystercatcher - inscrit à la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées de disparition, dans la catégorie Near Threatened/NT-Bientôt menacé), 2 ind. [berge du fleuve Sénégal coté Langue de Barbarie]
  • Courlis corlieu (numenius phaeopuswhimbrel)
  • Courlis cendré (numenius arquata ssp. orientaliseurasian curlew, inscrit à la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées de disparition, dans la catégorie Near Threatened/NT-Bientôt menacé), 1 à 2 ind. (cf. photo ci-dessous) [berge du fleuve Sénégal coté continent]
  • Chevalier aboyeur (tringa nebulariacommon greenshank), 1 seul ind.
  • Chevalier guignette (actitis hypoleucoscommon sandpiper)
  • Goéland brun (larus fuscus ssp., lesser black-backed gull)
  • Goéland railleur (larus geneislender-billed gull)
  • Goéland d'Audouin (larus audouiniiAudouin's gull)
  • Mouette à tête grise (larus geneislender-billed gull)
  • Sterne caspienne (sterna caspiacaspian tern)
  • Sterne royale (sterna maxima ssp., royal tern)
  • Sterne caugek (sterna sandvicensissandwich tern)
  • Sterne pierregarin (sterna hirundo, common tern), 15 ind. stationnés sur le banc de sable aval de la brèche, au repos et toilettage matinal (cf. photo en haut de notule à g.)
  • Sterne naine (sterna albifrons ssp., little tern), 1 ind. en vol [fleuve au nord de l'île aux oiseaux]
  • Tourterelle masquée (oena capensis, Namaqua dove), 1 ind. en vol
  • Tourterelle pleureuse (streptopelia decipiens, african mourning dove), 1+ ind.
  • Tourterelle maillée (streptopelia senegalensis, laughing dove) [Zébrabar]
  • Martinet des maisons (apus affinis ssp. aerobateslittle swift)
  • Martin-pêcheur pie (ceryle rudis, pied kingfisher), 1 ind.
  • Guêpier nain (merops pusillus, little bee-eater), 2 ind. chassent les mouches au-dessus d'un cadavre de mouton... [berge du fleuve Sénégal coté continent]
  • Cochevis huppé (galerida cristata ssp. senegallensiscrested lark), 2 ind.
  • Hirondelle rustique (hirundo rustica, barn swallow), quelques ind. dont 4 ind. en vol groupé [au-dessus du fleuve Sénégal]
  • Agrobate podobé (cercotrichas podobe, black-scrub robin), 1 ind. [presqu'île du Zébrabar]
  • Choucador à oreillons bleus (lamprotornis chalybaeus, greater blue-eared glossy starling), quelques ind.
  • Travailleur à bec rouge (quelea quelea, red-billed quelea)
  • Moineau domestique (passer domesticus ssp. indicus, house sparrow) [Zébrabar)
  • Tisserin à tête noire (ploceus melanocephalus ssp. capitalisblack-headed weaver)

Et peut-être 1 goéland leucophée (larus michaellis ssp., yellow-legged gull) ?

Entendu:
Oedicnème du Sénégal (burhinus senegalensis, Senegal thick-knee) [PC du PN et 'Héron Cendré'] / Huppe fasciée d'Afrique de l'Ouest (upupa epops ssp. senegalensis, west african hoopoe), 1 ind. pupule à midi / Gonolek de Barbarie (laniarius barbarus, yellow-crowned gonolek) [Zébrabar] /

PNLB
 Plus bas sur le fleuve à l'abri de la Langue de Barbarie 
avant que la brèche comme une excavatrice à godets ne vienne tout tournebouler !

Ci-dessous, de g. et à d. et de haut en bas:
Courlis cendré - Spatules blanches en vol sud>nord
Pélican blanc, immature - Aigrette à gorge blanche et pélicans gris
PNLB, 2016 02 23 matin / © Photos par Frédéric Bacuez
- Cliquer sur les photos pour agrandir -



AUTRES:
  • Crabe violoniste (uca tangeri)
  • Ocypode africain (crabe-fantôme, ocypode africanaafrican ghost crab)

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