" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mercredi 2 décembre 2015

2, dans le Fuuta Tooro: forêt classée de Bokhol

Termitière, salvadora persica colon et acacias raddianas en forêt classée de Bokhol
2015 12 2, 14h25 / © Photo par Frédéric Bacuez

* Fuuta Tooro (Fouta-Toro ex Tekrour). Forêt classée de Bokhol-

Pique-nique. Avec Alix & Daniel Mignot.
Temps: brume sèche saisonnière...

Pique-nique sous le parasol d'un acacia tortilis de la 'forêt classée de Bokhol', entre Dagana et Gamadji Saré. Cet arbre est typique des grands espaces arides du continent, indissociable aussi des images d'Epinal sur le continent 'sauvage', avec ou sans vautour et panthère - ici ce sera sans, depuis longtemps, trèèèèèès longtemps... Le boisement est fourni, avec de vénérables fûts en relative bonne densité, de la race ouest-africaine raddiana. Surtout, les arbres ne sont pas démembrés comme hélas le sont l'immense majorité des arbres du Sénégal. Sous la voûte en revanche, aucune jeune pousse, aucune trace d'ensemencement naturel: pas de graines, pas de gousses ! Tout est systématiquement avalé par le bétail errant, qui sera d'autant plus attiré par le sous-bois et ses 'fruits' qu'il est cette année riche d'herbages réservés pour le coeur de la saison sèche, quand les pâturages dunaires seront épuisés.

Du walo au diéri

La 'forêt de Bokhol', délimitée en 1938 sur 290 hectares, fait partie de la vingtaine de forêts classées de la vallée du fleuve Sénégal (sur les quelque 213 recensées dans tout le pays). Il s'agit le plus souvent de classement virtuel, ou de l'héritage délaissé d'une autre époque. Toutes ou presque sont en mauvais état voire disparues. Dans les basses terres inondables - dites du walo-, les aménagements hydro-agricoles ont eu pour effet de réduire ou de détourner de manière drastique les crues saisonnières, déjà amoindries par les grandes sécheresses des années 70' et 80'. Or c'est la crue de septembre-octobre qui alimentait les fameuses gonakeraies de la vallée: sans elle, l'acacia nilotica ne peut s'épanouir et dégénère rapidement. Sur les terres jamais inondées - dites du diéri, étroite bande entre vallée fluviale et savanes arborées des hauteurs dunaires-, les boisements dominés par l'acacia tortilis ssp. raddiana (cf. photos ci-dessous) ont longtemps été épargnés par l'Homme; le bipède prédateur avait l'embarras du choix en matière de combustibles, pour sa survie, entre les branchages de la savane arborée, en haut, et le charbon de gonakier, en bas... L'acacia raddiana est l'arbre des espaces de transition par excellence, avec une préférence pour les sols légers, sablonneux et bien drainés. Longtemps, ses bosquets du diéri ont été oubliés, d'autant plus que le bois de l'acacia raddiana n'est pas réputé pour ses qualités - tant mieux pour lui... Hélas aujourd'hui, c'est la pression anthropique qui pourrait être fatale à l'étroit 'cordon' boisé du diéri: le long de la route nationale, récemment refaite "grâce au peuple américain" (on fait ce qu'on peut pour empêcher la 'takfirisation' de l'Islam local...), les bourgades se succèdent, s'étalent, s'étirent de part et d'autre du ruban progressiste et parfois, comme ailleurs, se rejoignent pour bientôt fusionner. Pour accompagner l'explosion démographique coincée entre sables et argiles, il faut du bois, vite, au plus pressé, au plus près. Le bétail suit le mouvement, jusqu'à la prochaine grande sécheresse, surtout le cheptel le plus dévastateur, celui de nos copines les chèvres ! Partout, de part et d'autre la Nationale 2, la saleté, les immondices jetés aux vents, le capharnaüm kitsch en guise de modernité à deux sous marquent le paysage sec et dépouillé de leurs empreintes indélébiles.

 Pour en savoir plus:
Acacia raddiana, un arbre des zones arides à usages multiples, par E. Le Floc'h & M. Grouzis, CNRS/CEFE et IRD


Du walo (forêt de Goumel à acacia nilotica) au diéri (forêt de Bokhol à acacia tortilis ssp. raddiana)
/ Avec Google Earth


" Et puis de distance en distance, posés comme pour faire jardin anglais, 
de ces chétifs arbustes en forme d'ombrelle, au feuillage terne et clair, 
(...) espèces de parasols d'épines penchés à droite ou à gauche de leur tronc grêle: 
c'est un mimosa triste, l'éternel mimosa des solitudes africaines, 
le même qui croît dans toutes les régions arides de l'intérieur 
- jusqu'à là-bas, de l'autre coté des grands déserts, dans les sables du Sénégal; 
un mimosa qui ne produit rien, ne donne même pas d'ombre... "

- Pierre Loti, in Propos d'exil (1896)


Ci-dessous: 
à pied dans la forêt classée de Bokhol... Acacias raddianas, termitière et guêpier d'Orient
2015 12 2, ~14h30 / © Photos par Frédéric Bacuez



Quand elles restent saines et continues, les forêts 'sèches' du diéri dominées par acacia raddiana sont des sites privilégiés pour observer une foultitude d'oiseaux insectivores, afrotropicaux résidents comme paléarctiques saisonniers: chez les plus grands, irrisors, huppes fasciées, calaos à bec rouge, guêpiers d'Orient, drongos; chez les plus petits, ce sont des bataillons entiers d'hivernants qui viennent se gaver d'insectes dans la frondaison des acacias parasols: les hypolaïs obscures et les pouillots de Bonelli, surtout, mais aussi des hypolaïs polyglottes et des pouillots véloces; les fauvettes orphées, surtout, mais aussi des fauvettes passerinettes; chez les autochtones, ce seront les érémomèles, des crombecs sitelles, les souïmangas, des brubrus. La forêt résonne des chants de toutes les espèces de tourterelles, innombrables, des cris des perruches à collier et des gloussements des calaos à bec rouge, des couinements du drongo brillant (dicrurus adsimilis divaricatus, cf. ci-dessous) et du chant mélodieux de l'agrobate podobé (cercotrichas podobe, cf. ci-dessous).



OISEAUX / 19 espèces cochées, 1 sp. entendue
MAMMIFÈRES / 1 espèce cochée
AUTRES / 3 espèces

Vu (liste non exhaustive):
  • Ombrette africaine (scopus u. umbretta, hamerkop), 1 ind. en vol [vers Merry]
  • Rapace sp. indéterminée, 1 ind. à l'ombre dans la canopée d'un acacia raddiana, s'envole avant identification
  • Vanneau (coiffé) à tête noire (vanellus tectus, black-headed lapwing), 4 ind. [sous-bois de la FC de Bokhol] (cf. photo ci-dessous)
  • Pigeon roussard (de Guinée, columba guinea, speckled pigeon), 3 + 3+ ind. avec des pigeons domestiques [Fanaye et villages RN2]
  • Perruche à collier (psittacula k. krameri, rose-ringed parakeet), 1 + 5 à 6 ind. criards, dont des sujets juvéniles
  • Guêpier (vert) d'Orient (merops orientalis ssp. viridissimus, little green bee-eater), assez nombreux, par petits groupes familiaux. Semble remplacer ici le guêpier nain du bas-delta (cf. photo ci-dessus à g.)
  • Coliou huppé (à nuque bleue, 'oiseau-souris', urocolius macrourus, blue-naped mousebird), ~10 ind.
  • Rollier d'Abyssinie (coracias abyssinicus, abyssinian roller), 1 à 2 ind.
  • Huppe fasciée eurasienne (upupa epops ssp. epops, eurasian hoopoe), 1 ind.
  • Calao à bec rouge (tockus e. kempiwestern african red-hornbill), quelques ind.
  • Agrobate podobé (cercotrichas podobe, black scrub robin), 1 à 2 ind., chanteurs (écouter ci-dessus)
  • Pouillot de Bonelli (phylloscopus bonelli, western Bonelli's warbler)
  • Fauvette passerinette (sylvia cantillans, subalpine warbler), 1 + 1 ind.
  • Drongo brillant (dicrurus adsimilis ssp. divaricatus, fork-tailed drongo), 1 à 2 ind. - dont un chanteur, un ouin ouin de bébé ! (écouter ci-dessus)
  • Choucador à longue queue (lamprotornis caudatus, long-tailed glossy starling), plusieurs dont 4 ind. ensemble
  • Alecto à bec blanc (bubalornis albirostris, white-billed buffalo weaver), dont nids coloniaux
  • Tisserin vitellin (ploceus vitellinus, vitelline masked weaver), assez nombreux
  • Travailleur à bec rouge (quelea quelea, red-billed quelea)
  • Cordonbleu à joues rouges (uraeginthus b. bengalus, red-cheeked cordon-bleu), nombreux ind. dont sujets juvéniles


Vanneaux (coiffés) à tête noire dans la forêt de Bokhol
2015 12 2, 14h30 / © Photo par Frédéric Bacuez

Entendu:
Tourterelle sp. / Brubru africain (nilaus a. afer, brubru), 1 à 2 chanteurs [forêt de Bokhol] /

AUTRES:
  • Écureuil terrestre du Sénégal (xerus erythropusstriped ground squirrel), 1 ind.
  • Piéride veinée de brun (anapheis aurota), innombrables !
  • Petit monarque d'Afrique (danaus chrysippus ssp. chrysippuscommon plain tigerlesser wandererqueen butterfly, 'african queen'), 1+ ind.
  • Termitière, quelques unes dans la forêt classée (cf. photos ci-dessus)

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