" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

lundi 15 juin 2015

15, un bucorve d'Abyssinie dans l'arrière Gandiolais

2015 06 15, 18h30. Bucorve d'Abyssinie femelle dans l'arrière Gandiolais / Courtesy © photo par Daniel Mignot pour Ornithondar

* Gandiolais intérieur -

Fin d'APREM'-
Daniel & Alix Mignot. En véhicule 4x4.
" La brousse du Gandiolais réserve encore quelques surprises; rencontre inattendue ce soir vers 18h30: un grand calao femelle ", nous informe l'ami Daniel.

Nota: l'observation d'un bucorve d'Abyssinie (ex grand calao du nord, bucorvus abyssinicus, abyssinian ground hornbill) est inhabituelle dans le nord-ouest du Sénégal. Le grand oiseau terrestre ne semble pas fréquenter le bas-delta du fleuve, de Rosso à Saint-Louis et de Diama au Ndiaël (Walo). Pas vu non plus dans les dunes boisées des Trois-Marigots (Diéri) alors qu'il est à l'occasion noté du Ndiambour (y compris par Ornithondar), également ondulé de dunes 'mortes' mais en partie cultivé; comme l'est l'arrière pays du Gandiolais, dans une moindre mesure. En Afrique subsaharienne dont il est endémique (cf. carte ci-après), nous avons constaté que le grand calao a une préférence pour les zones de contact entre petites brousses et champs extensifs, dans cette zone-tampon si favorable aux proies, exclusivement carnées: le grand marcheur ne se nourrit en effet qu'au sol, de serpents (y compris la terrible vipère heurtante, un fléau pour les agriculteurs !), de batraciens (lire ICI*2), de lézards, de coléoptères, de locustes, de scorpions et de grandes araignées comme les néphiles, mais aussi d'oisillons voire de tortues, et même de charognes.

Avec le Front Inter Tropical (FIT)...

Régulièrement observés dans la moitié sud du pays, à l'année  - notamment du coté du Niokolo Koba, il semble que les bucorves apparaissent dans le paysage sahélien du Sénégal avec les premières remontées du Front Inter Tropical (FIT), qui annoncent la mousson. Sur les confins du Ferlo, on nous avait assuré qu'outardes et grands calaos n'étaient visibles qu'à partir du mois de mai - jusqu'à l'éradication du tapis herbacé et des espèces animales qui en dépendent, en général entre novembre et janvier.

Le bucorve d'Abyssinie bénéficie, en général - sauf chez certains peuples obsessionnellement chasseurs du Mandé qui veulent s'approprier leurs bec et casque en guise d'ornements mystiques-, de la bienveillance des populations des latitudes soudano-sahéliennes - comme pour l'ombrette africaine, voir ICI sur Ornithondar. Les agriculteurs savent qu'une famille de grands calaos, qui peut rassembler en certaines saisons plus d'une dizaine de membres, peut 'nettoyer' un terrain en très peu de temps. Au Burkina Faso, j'ai souvent vu les paysans travailler leur terre tandis que les bucorves arpentaient les marges du champ pour piétiner et harponner tout ce qui fuyait le labour ou la récolte. Malgré sa taille qui en fait un des oiseaux les plus grands d'Afrique, le bucorve n'en demeure pas moins timide et farouche, très difficile à approcher, n'hésitant pas à s'envoler vers la frondaison d'un arbre bien feuillu pour s'abriter; arbre qui doit être vieux, avec de belles anfractuosités ou de grandes cavités pour accueillir le nid - les arbres qui ont reçu la foudre sont propices ! Ah oui: à la différence de ses cousins (dans le Sahel: tockus nasutus et tockus kempi), monsieur bucorve (peau de la gorge, du cou et du sac dilatable rouge et bleu, cercle orbital bleu) n'enferme jamais madame dans sa loge jusqu'à la sortie des oisillons... Trop volumineuse, la dame bleue !

Les prospectives de BirdLife International*1 ne sont pas pessimistes pour l'avenir du bucorve d'Abyssinie. Il semblerait que le grand calao va étendre son aire de répartition. Ornithondar reste dubitatif: car même si les paysans ne nourrissent pas d'hostilité envers cet allié, les arbres susceptibles d'accueillir des nichées vont se faire de plus en plus rares ! C'est déjà ce qui se passe pour de nombreuses espèces comme les vautours et surtout les rapaces du genre aquila... Il n'y a pas de raison que cela soit différent pour le grand calao... même mystique !

*1 Voir: Birdlife.org/Abyssinian ground hornbill
*2 Lire: un conte du Mali... Les funérailles du grand calao

Distribution actuelle du bucorve d'Abyssinie / IUCN red list

2 commentaires:

  1. Bonjour,

    J'ai fais quelques photos de cette espèce dans l'arrière Gandiolais. D'après ma petite et modeste enquête cette famille composée d'un mâle, de 3 femelles avec 2 subadultes (mes obs) habiterait là depuis la nuit des temps, générations après générations. C'est atypique et curieux ! Pour les arbres, en effet, l'avenir n'est pas radieux. Mais gageons que "la nuit des temps" se poursuive pour cette lignée de bucorves. Merci pour les news du Nord!

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  2. Un grand merci pour votre contribution, cher anonyme... Ce clan est probablement celui qui fréquente aussi, à l'occasion, les dunes plus ou moins cultivées du Ndiambour, au sud de Rao. Ornithologiquement vôtre. Frédéric Bacuez.

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