" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

dimanche 3 mai 2015

3, Gandiolais: quatre colombars waalias visitent un ficus

2015 05 3, colombars waalias dans un ficus, au pied d'une dune du Gandiolais / Courtesy © photo par Daniel Mignot pour Ornithondar

* Gandiolais inter-dunaire -

APREM'-
Avec Alix & Daniel Mignot.

Ci-contre: 2015 05 3 15h10, tout près de l'hypolaïs polyglotte et des colombars waalias... 
/ © Photo par Frédéric Bacuez

A l'ombre d'un prosopis au pied de la grande dune, nous observons le va et vient d'une hypolaïs polyglotte (hippolais polyglotta) au-dessus des épaisses barrières de figuiers de Barbarie (opuntia ficus-indica). A l'arrière, un guêpier d'Orient (merops orientalis) volette près de son perchoir pour gober au passage les insectes ailés. Soudain, des pigeons colorés se posent dans la canopée d'un sycomore (figuier d'Afrique, ficus sycomorus), dans le carré sablonneux ceint par les cactus-raquettes... Mais oui, incontestablement il s'agit de colombars waalias* (treron waalia, Bruce's green pigeon), jadis appelés pigeons à épaulettes violettes, de la famille des 'pigeons verts'. Les oiseaux visitent leur arbre favori en quête des petits fruits dont ils aiment se gaver. Notre approche les fait s'envoler: les pigeons sont quatre, qui continuent leur pérégrination vers un autre arbre, au bas de la grande dune.

* Lire: Mystery bird: Bruce's green pigeon, treron waalia, in The Guardian 2011 11 8

Première documentation 
de colombars waalias dans notre bas-delta

Nota 1: notre observation de quatre colombars waalias dans cette partie du Gandiolais est une première, mais pas un événement improbable ! Nik Borrow ne répertorie pas l'espèce du nord-ouest sénégalais, la considérant absente des régions du Djolof au nord d'une diagonale qui va des Niayes à la vallée fossile du Ferlo et au lac de Guier - on ne sait pourquoi; faute d'observateurs ? En revanche, BirdLife International estime que ce pigeon existe dans le bas-delta, au moins jusqu'aux confins méridionaux du Djoudj (Sénégal) et du Diawling (Mauritanie), sans pour autant fréquenter la moyenne vallée du fleuve (Voir ICI la carte UICN). A la vérité, notre colombidé étant particulièrement attiré par la fructification des figuiers d'Afrique (sycomores et apparentés), il est sujet à des déplacements saisonniers qui le mènent souvent vers les limites septentrionales de son aire habituelle de distribution. On sait qu'avec les flux de la mousson et la remontée saisonnière du Front Inter Tropical (FIT), les pigeons verts sont plus fréquemment observés en zone soudano-sahélienne.

Les Niayes, trait d'union de la biodiversité

Au Sénégal, les Niayes, ces dépressions arborées et riches d'arbres fruitiers, sauvages comme domestiques, sont propices à une progression vers le nord d'un certain nombre d'espèces officiellement absentes des latitudes sahéliennes. La disposition même de ces vallées inter-dunaires, relativement humides et parallèles au littoral, encourage la progression de certains oiseaux vers le septentrion sénégalais: le Gandiolais est connu pour accueillir, plus ou moins saisonnièrement, des espèces théoriquement sudistes: c'est le seul site de notre Sahel où le souïmanga à ventre jaune (cinnyris venustus) a été noté. Ce pourrait être le cas aussi du souïmanga éclatant (cinnyris coccinigastrus) voire du souïmanga cuivré (cinnyris cupreus). Ici le savanicole pic cardinal (dendropicos fuscescens) pourra rencontrer le très sahélien petit pic gris (dendropicos elachus, Voir ICI sur Ornithondar). Sans que cela soit de l'ordre de l'exploit, on pourrait croiser: du serin du Mozambique (serinus mozambicus), de la veuve dominicaine (vidua macroura), du capucin nonnette (spermestes cucullatus), de l'astrild à joues oranges (estrilda melpoda), du tisserin à cou noir (ploceus nigricollis), peut-être de la corvinelle à bec jaune (corvinella corvina); idem de certaines espèces d'hirondelles plus soudaniennes. C'est par là que remontent pendant la saison pluvieuse le loriot doré (oriolus auratus), le martin-pêcheur pygmée (ceyx pictus) ou le martin-chasseur du Sénégal (halcyon senegalensis), le coucou-geai (clamator glandarius) et le coucou de Levaillant (oxylophus levaillantii). Des rapaces plus habitués de la Petite Côte font des incursions jusque dans le bas-delta du fleuve Sénégal en remontant par les Niayes et le littoral de la Grande Côte: c'est le cas du gymnogène d'Afrique (polyborodeis typus) et du busautour des sauterelles (butastur rufipennis), voire de l'aigle de Wahlberg (hieraaetus wahlbergi). Ornithondar a documenté le premier survol authentifié du Lampsar par un duo de vautours palmistes (gypohierax angolensis), en février 2013, probablement portés par les vents et les paysages à palmiers des Niayes (Voir ICI sur Ornithondar)... Palmiers dont les noix font le régal quasi exclusif de ces mêmes vautours...

Ci-dessous:
au centre, colombar waalia dans un ficus du Gandiolais, 2015 05 3 / Courtesy © photo par Daniel Mignot pour Ornithondar
- à g. et à d., localisation de l'observation des colombars waalias / © Google Earth


Nota 2: à l'instar de tous les oiseaux considérés comme du gibier de "petite chasse", le sort des pigeons verts n'intéresse personne d'autre que les... chasseurs; ou leurs compères braconniers d'Afrique forestière et pré-guinéenne qui font d'invraisemblables carnages dans les populations du colombar à front nu* (treron calvus) pour nourrir des villes dans lesquelles un repas (arrosé de bière) ne peut être digeste que par son abondance de viandes, boucanées, faisandées, en vrac - qu'importe !
En pays de savanes, soudaniennes et sahéliennes, le colombar à épaulettes violettes (treron waalia) est, comme le ganga, un joli plumage de choix pour les gâchettes du safari subsaharien, le temps d'un séjour viril dont le triptyque exotique est souvent: gibier, houblon, cul ! Au Sénégal, après nos ancêtres les Gaulois, les indépendants ont parachevé l'oeuvre en extirpant du pays ce qu'il y survivait de la grande faune. Place donc à la petite chasse !

La législation sénégalaise en matière de chasse autorise un quota de six pigeons par jour et par fusil. Je ne suis pas certain que la Loi soit partout respectée, y compris dans les zones amodiées d'intérêt cynégétique (ZIC)... Au vu de certaines photos glanées ici et là dans les galeries de trophées des concessionnaires de la place, toujours exposés avec un sens exacerbé de l'installation artistique (en cercle, en étoile, en alignements, par taille, par espèce - avec les heureux amoureux de l'Âfrique, en armes et camouflages derrière les cadavres), et sachant que la plupart des guides de chasse n'ont qu'une vague connaissance des espèces (je parle aussi des Toubabs tropicalisés !), on peut en douter... Une chose est certaine: les rassemblements d'une cinquantaine voire une centaine de colombars waalias sur les arbres en fruits sont devenus beaucoup plus rares qu'il y a encore une vingtaine d'années; si ce n'est pas une preuve du déclin de l'espèce... Pan, pan ! C'est "beau", un pigeon vert...


Ci-dessous: 
à g., l'envol des colombars, Gandiolais 2015 05 3 / © Photo par Frédéric Bacuez
- au centre et à d., chasses sénégalaises / © DR

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