" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

jeudi 2 janvier 2014

2, du petit gravelot à la bécassine sourde

2014 01 2 18h, bécassine sourde fouillant la vase d'une tanne au pied de la piste-digue longeant le Lampsar / Photo par Frédéric Bacuez

* Au pied de la digue-piste de Mboubeune à Bango -

SOIR, 18h-

Les tannes qui se succèdent au pied de la piste sur la digue du Lampsar depuis Mboubeune sont, surtout au couchant, le lieu idéal pour observer et photographier sans difficulté les ardéidés et les limicoles, des rallidés et parfois quelques curiosités généralement peu visibles. C'est aussi l'un des sites les plus propices pour admirer la beauté du tarier pâtre africain (saxicola torquatus), de la sous-espèce locale moptanus. Ce soir, alors que le soleil enlumine la plaine de Biffeche, il y a de nombreux combattants variés (philomachus pugnax) et leurs copines les échasses blanches (himantopus himantopus), mais seulement une barge à queue noire (limosa limosa). En y regardant de plus près, on se rend parfois compte que parmi les nombreux bécasseaux minutes (calidris minuta) et les grands gravelots (charadrius hiaticula) des sous-espèces hiaticula et tundrae, de petits limicoles moins fréquents mais tout aussi nordiques sont aussi de la villégiature sénégalaise: un jour, ce sera un bécasseau cocorli (calidris ferruginea) voire, une autre fois, un bécasseau de Temminck (calidris temminckii)...

Deux poids plumes sur la vase

Ce soir, la chance nous sourit: au bas du talus, les combattants ne prennent pas peur et ne déclenchent pas l'envol général... Du coup, on a le loisir de rechercher 'l'intrus' au milieu des chevaliers (tringa nebularia et glareola), des échasses et des bécasseaux. A quelques mètres en contrebas, c'est l'oeil brillant du petit gravelot (charadrius dubius, little ringed plover) qui attire mon regard; puis, toujours au pied de la digue, c'est le mouvement dit de la 'machine à coudre' qui me fait dévier l'appareil photographique des échassiers émergés. Oui, mais oui, il s'agit bien d'une bécassine sourde (lymnocryptes minimus, jack snipe) en train de chercher sa nourriture dans les profondeurs de la boue riveraine, à grands coups de basculements ébouriffés vers l'avant ! La petite est tellement occupée à transpercer la vase en se secouant énergiquement qu'elle est vraiment... sourde à notre présence, à quelques mètres en aplomb... Soudainement, elle s'immobilise, penche la tête, nous regarde fixement sans bouger durant deux à trois longues minutes puis elle décolle prestement. Silencieusement et en ligne droite et basse, pas du tout comme sa grande cousine, la bécassine des marais (gallinago gallinago), autrement plus commune, bruyante et zigzaguant à l'envol.

  • Des trois espèces de gravelots hivernant dans le delta du fleuve Sénégal (charadrius hiaticula, charadrius alexandrinus, charadrius dubius), le petit gravelot est autrement moins commun que l'immanquable grand gravelot avec lequel l'observateur inattentif le confond. Car ce n'est pas vraiment la taille qui différencie - 2 cm dans le meilleur des cas !- les deux convives de la vasière, plutôt saumâtre pour le grand, plutôt douce pour le petit. Non, c'est l'oeil qui fait du petit gravelot un bijou photogénique, avec son cercle orbitaire d'un jaune d'or ! L'oiseau du soir, bien qu'en mue postnuptiale très tardive, n'a pas encore perdu ni l'éclat de ce cercle jaune, ni sa largeur; étonnant, début janvier...
  • Des trois espèces de bécassines hivernant dans le delta du fleuve Sénégal (gallinago media, gallinago gallinago, lymnocryptes minimus), la bécassine sourde est la plus septentrionale, nous arrivant de la taïga scandinave et russe pour un hiver fort discret sous les latitudes sahéliennes, au Sénégal essentiellement dans la région du fleuve et de son delta originel à l'ouest de Dagana, dans le Sine Saloum et sur la Gambie dans une moindre mesure. Pas plus grande qu'un bécasseau ou qu'un petit gravelot (18 à 20 cm dont 4 cm de bec...), la plus cryptique des trois bécassines se tient généralement tapie dans la végétation, où elle échappe aisément à l'observateur - qui peut la confondre avec la répandue bécassine des marais- et aux prédateurs, au premier rang desquels l'Homme... Elle est de ce fait, bien que peu commune, moins en danger que sa grande cousine la bécassine double, inscrite à la Liste rouge des oiseaux en voie de disparition de l'UICN dans la catégorie NT ('near threatened/bientôt menacé')

Ci-dessous: 2014 01 2 18h-18h15, sur les tannes de la plaine de Biffeche: à g., bécassine sourde - à d., petit gravelot / Photos par Frédéric Bacuez

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Nombre total de pages vues