" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mardi 3 décembre 2013

3, un pipit rousseline sur un tumulus coquillier du Khant nord

2013 12 3 8h30, pipit rousseline de 1er hiver sur tumulus coquillier aux abords du marigot de Khant nord / Photo par Frédéric Bacuez

* Marigot de Khant nord: carrières de sable coquillier -

MATIN-
A 8h30, un pipit rousseline de 1er hiver est en train de se nettoyer le plumage, à quelques mètres du duo d'Ornithondar occupé à compter ses canards de surface (voir ICI sur Ornithondar)... Sur un petit tertre de sables coquilliers, au seuil des carrières inondées, le passereau n'est pas effarouché par notre présence sur le monticule voisin. L'observation dure une dizaine de minutes avant que le jeune motacillidé ne s'envole vers d'autres tumulus, un peu plus loin.

Nota 1: Ornithondar n'est guère surpris de trouver le pipit rousseline (anthus campestris, tawny pipit) en lisière des carrières du Khant nord. Des hauts-plateaux marocains et de l'Europe méditerranéenne aux plaines d'Ukraine et aux steppes mongoles où il niche, le passereau partout affectionne les espaces ouverts aux herbages ras et clairsemés, plutôt caillouteux et/ou sablonneux. Aux abords de ces sablières du delta sénégalais et en lisière d'une vaste zone pastorale, le passereau est à son aise: partout des tumulus de vieux sables et de coquillages, parsemés d'herbes jaunes et basses, ressemblant un peu aux gravières arides pour lesquelles au-delà du Sahara l'oiseau nourrit quelque préférence. 

" Le Pipit rousseline occupe les milieux ouverts et secs à sols caillouteux, à végétation clairsemée ou rase. C’est l’hôte typique des pelouses sèches de la zone méditerranéenne, mais aussi de moyenne altitude "

Comme nombre de passereaux dépendants de paysages entretenus mais pas aseptisés, notre passereau est considéré comme une espèce en voie de rapide raréfaction en Europe (in Tucker & Heath 1994), à cause de la destruction de ses habitats par l'intensification agricole et la culture forestière, l'uniformisation 'utilitaire' des paysages, et surtout la disparition de l'élevage extensif. Si le pipit rousseline n'est plus considéré comme nicheur en Suisse, il est inscrit à la Liste rouge des espèces en voie de disparition en France - où il n'y subsiste que 20 à 30 000 couples. La totalité des pipits rousselines européens hiverne au sud du Sahara, une majorité de ceux-ci s'installant de fin septembre à début avril surtout en zone des savanes au contact sahélo-soudanien. Dans le bas-delta du fleuve Sénégal, les effectifs hivernants restent modestes, et fort discrets. Cependant, si on a toutes les chances de l'apercevoir dans les alignements dunaires du Diéri, on trouvera une belle densité de rousselines dans les steppes dunaires de Sal-Sal, juste au nord de Goxuumbacc, aux portes de Saint-Louis dans la Langue de Barbarie...

Nota 2: trois espèces de pipits en provenance du Paléarctique occidental peuvent hiverner dans le delta du fleuve Sénégal: le pipit des arbres (anthus trivialis) y est le plus aisément contacté, surtout en fin d'hiver quand les oiseaux en début de migration prénuptiale remontent des zones de savanes et font halte dans le delta, souvent pour quelques jours voire plusieurs semaines, avant la grande traversée du Sahara (voir ICI sur Ornithondar); le pipit rousseline (anthus campestris), qui fréquente des espaces spécifiques (lire ci-dessus); le pipit à gorge rousse (anthus cervinus), hivernant localisé descendu des confins pré-arctiques, à plusieurs reprises noté de notre région (malheureusement pas par Ornithondar !). Une espèce afrotropicale et erratique, le pipit à long bec (anthus similis) est réputée apparaître dans le bas-delta entre novembre et mars, venant des pays orientaux voisins. Enfin, une espèce afrotropicale résidente, le pipit à dos uni (anthus leucophrys) est l'espèce la moins rare de tous les pipits au Sénégal (voir ICI sur Senegal Wildlife) et en Afrique de l'ouest. Le seul handicap des pipits, et il est de taille: les différentes espèces se ressemblent beaucoup, et elles ne sont pas d'apparence spectaculaire... Donc personne ne les recherche vraiment, les observations sont peu abondantes, et forcément fragmentaires. Chers ornithologues, amis naturalistes du Sénégal (?!), à vos jumelles !

Ci-dessous: 2013 12 3 matin, pipit rousseline jeune hivernant dans les sables coquilliers du Khant nord / Photo par Frédéric Bacuez

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