" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

lundi 21 janvier 2013

21, pouillot de Bonelli: l'hôte hivernal des 'dunes mortes'

2013 01 21. Pouillot de Bonelli chassant dans un acacia tortilis, Aire communautaire des Trois-Marigots / Photo par Frédéric Bacuez

* Aire communautaire des Trois-Marigots -

Au pied des antiques dunes mortes*1 ou à même les cordons sablonneux et boisés, l'hôte hivernal des acacias est à l'évidence le pouillot de Bonelli (phylloscopus bonelli, western Bonelli's warbler), visiteur du Sahel*2 en provenance du Paléarctique, de septembre à avril. Dans l'Aire communautaire des Trois-Marigots, dévolue à l'élevage - et à la chasse, les boisements d'acacias (senegal, seyal, tortilis) propices à la résidence hivernale du pouillot de Bonelli y sont importants, clairs mais homogènes et plutôt en bon état. Même si la régénérescence spontanée des arbrisseaux d'acacias y est rendue très difficile en raison d'un pâturage sans pitié du tapis herbacé, éradiqué dès le mois de décembre par les innombrables têtes de bétail qui y circulent...

*1 Très vieilles dunes de sable stabilisées par leur végétalisation naturelle et/ou par cimentation des sables souterrains transformés en grès fixateurs.

*2 Dans notre région du fleuve Sénégal, l'espèce est localisée et peu fréquente dans le walo, la plaine alluviale à proprement dite - on la retrouve en effectifs moindres, tout de même, sur les cordons littoraux à Mimosaceae du Sénégal et de Mauritanie ou sur les dunes mortes comme celle de Taba Tache, au Sénégal, ou celles de Ziré et de Birette, de l'autre coté du fleuve en Mauritanie... En revanche, l'espèce est fort commune sur le diéri, ces terres non inondables ou inaccessibles à la crue fluviale de septembre-octobre: vieux cordons dunaires du delta et steppes sahéliennes du Ferlo. A l'inverse, les pouillots véloces (phylloscopus collybita), ibériques (phylloscopus ibericus) et fitis (phylloscopus trochilus) sont bien plus abondants dans les vallées alluviales et là où les boisements gardent sous eux de nombreux fourrés de combretum, sur le diéri, ou de tamarix, dans le walo. Sur la zone des Trois-Marigots, il suffit parfois de faire quelques centaines de mètres pour passer d'un biotope à pouillots de Bonelli (hautes terres) à un biotope favorable aux autres pouillots hivernants (basses terres).

2013 01 28, sous les acacias parasols dans les 'dunes mortes' des Trois-Marigots
/ Photo par Frédéric Bacuez

Sur certains secteurs des Trois-Marigots, la densité des pouillots de Bonelli est remarquable: au moins deux individus pour un groupe de quatre à six acacias. Je les vois chasser régulièrement aux cotés d'un authentique résident africain, le pririt du Sénégal (batis senegalensis, Senegal batisVoir ICI sur Ornithondar), comme lui infatigable "dénicheur" d'insectes arboricoles et tout aussi confiant. Je note que les deux espèces sont encore plus fréquentes sur les versants (nord-)ouest des ourlets dunaires, à l'abri des poussées de l'harmattan. Dans les arbres sains, bien moins taillés et maltraités ici qu'ils ne le sont dans la plaine alluviale, les pouillots de Bonelli sont peu farouches et sont actifs toute la journée, bien que peu matinaux. Ils fréquentent assidûment les faux-gommiers (acacia tortilis, umbrella thorn acaciaseing en langue wolof) dans lesquels ils chassent et débusquent sans difficulté les petites araignées et les pucerons qui s'y cachent, malgré les repoussantes épines blanches qui en hérissent les branches (cf. photos en haut et ci-après).

Ci-dessous: 2013 01 21, Aire communautaire des Trois-Marigots, pouillots de Bonelli inspectant méticuleusement les acacias des ourlets dunaires / Photos par Frédéric Bacuez



















Nota: le pouillot de Bonelli est un passereau originaire du bassin méditerranéen, sur ses deux rives, essentiellement occidentales - ses plus gros effectifs se retrouvent en Espagne, où l'augmentation du couvert forestier et la déprise agricole lui assurent probablement une certaine expansion. Au-delà des Pyrénées, si l'espèce était en remontée vers le nord et l'ouest de la France, et même vers la Belgique et les Pays-Bas dans les années '80 du siècle passé, il semble qu'un retrait progressif de ces zones conquises soit noté depuis une quinzaine d'années. La vallée du Rhône et les piémonts ouest des reliefs montagneux jusqu'en Suisse et même jusqu'en Bavière allemande sont aussi un important couloir de pénétration européenne - y compris sur les adrets alpins, souvent plus haut qu'on le pensait jusqu'alors: je l'ai entendu chanter le 15 juin 2012 à 1820 m d'altitude, dans le massif français des Bornes*, à 26° en plein soleil ! Si le choix de l'habitat estival du pouillot de Bonelli se modifie en fonction de la latitude, on a récemment découvert que nos précieux pouillots de Bonelli avaient un faible pour les ourlets forestiers, ces lisières naturelles faisant originellement le lien progressif entre la forêt et les zones non boisées, tout autant que les coteaux ensoleillés et les formations claires du pourtour méditerranéen. Dans la conception cadenassée et mercantile du "paysage" d'aujourd'hui, ces lisières disparaissent et sont coiffées au cordeau: si globalement la population de pouillots de Bonelli n'est pas encore affectée par l'encasernement paysager (sic), on remarque que l'espèce disparaît des zones littorales, en France et en Espagne, au Maroc et en Algérie, où ces ourlets forestiers attiraient en nombre notre passereau avant d'être hachés menu pour faire place au béton, aux parkings et aux aires ludiques à la gloire des masses moyennes... Il n' y a pas de hasard: dans le bas-delta du Sénégal, je remarque que c'est sur des sites ressemblant à ces ourlets euro-méditerranéens que le pouillot de Bonelli est le plus abondant: de type coteau (ici sableux) exposé au soleil, en pente douce et boisé, clairement mais régulièrement (cf. photo ci-dessus), sans fourrés, ouvrant progressivement sur de larges espaces vides d'arbres (ici des marigots, humides ou asséchés, ou des steppes plus ou moins salinisées). 

* D'autres observations à 1875 m d'altitude dans le Vercors et à plus de 2000 m dans le Haut-Dauphiné (Alpes françaises), cf.: http://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Pouillot-debonelli.pdf

Ci-dessous: 2013 01 21. Aire communautaire des Trois-Marigots, pouillots de Bonelli en action... / Photos par Frédéric Bacuez


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