" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mardi 19 février 2013

19, un grand cormoran hameçonné, libre mais condamné

Ci-dessus: 2013 02 19 soir, 18h30, un grand cormran à poitrine blanche retenu par un hameçon et un bout de filet de pêche !
/ Photo par Frédéric Bacuez

* Bango. Lampsar d'eau douce -

SOIR-
A 18h30 au pied de mon ponton, un grand cormoran à poitrine blanche (phalacrocorax carbo ssp. lucidus, white-breasted cormorant) est retenu aux racines d'un arbre riverain des herbiers par un résidu de filet de pêche relié à un hameçon planté dans le jabot de l'infortuné (cf. photos ci-dessus et dessous) ! Je descends dans l'eau pour tenter de récupérer le cormoran qui tire de toutes ses forces sur le nylon; celui-ci se libère des racines au moment où mes bras allaient saisir le palmipède; cahin-caha l'oiseau s'enfonce dans les herbes en traînant l'attirail, qui le gêne et s'accroche partout. Le temps d'enfiler ma combinaison imperméable, il est déjà derrière le rideau de typhas, sur les tas d'herbes aquatiques qui flottent. Impossible de l'approcher, il s'enfonce toujours plus dans l'eau et les herbes, près du marigot où je perdrais pied... Le cormoran est probablement condamné, il mourra par incapacité de se nourrir, ou définitivement prisonnier d'un taillis; ou dévoré par... l'un des nombreux varans des lieux !

Ci-dessous: 2013 02 19 18h30, grand cormoran condamné par l'absorption d'un hameçon relié à un bout de filet 
/ Photos par Frédéric Bacuez


















Nota: les oiseaux payent un lourd tribut à l'abandon dans la nature des filets de pêche usagés et à l'utilisation des hameçons à tout propos, en quantité industrielle. Les enfants désoeuvrés de Bango, qui sont l'avenir très sombre de leur village, comme tant d'autres le sont pour le pays - ce n'est en tout cas pas ici "la faute à Rousseau", encore moins "à Voltaire" !- passent leurs journées d'hiver à pêcher les oiseaux à partir de la digue qui divise le Lampsar (cf. photo ci-après à d.). Piégeant les poissons, qu'ils récupèrent lors de la remontée des grandes sennes de leurs aînés, d'un ou plusieurs hameçons reliés à un long filin de nylon, ils font tournoyer le traquenard au-dessus de leurs petites têtes pour le lancer au plus loin dans les eaux du marigot; ils se cachent ensuite dans le fond des pirogues amarrées et tirent l'appât lentement pour faire croire aux oiseaux piscivores que ces poissons-là sont bien vivants. Les sternes caspiennes (sterna caspia) et caugeks (sterna sandvicensis), les cormorans africains (phalacrocorax africanus) et à poitrine blanche (phalacrocorax lucidus, cf. photo ci-après au centre), et dans une moindre mesure des mouettes ou des goélands s'y laissent souvent prendre et sont alors tirés à toute vitesse par les gamins, aux anges, tandis que les pauvres bêtes freinent de leurs ailes et boivent la tasse... Parfois, l'oiseau se libère in extremis de son hameçon, probablement après que celui-ci a tout de même déchiré langue, chairs et jabot des miraculés... Nombre d'oiseaux survivent et finissent d'ailleurs éclopés, pas seulement à cause de l'oisiveté des enfants; partout des déchets solides, plastique ou métalliques jonchent les plages, les berges des cours d'eau et des lagons; partout des résidus de filets ou des filets entiers, parce que déchirés, sont jetés par les pêcheurs eux-mêmes dans le fleuve ou sur les rives de leur 'lieu de travail': j'observe régulièrement des limicoles, des échasses blanches (himantopus himantopus), des chevaliers aboyeurs (tringa nebularia) et des spatules d'Europe (platalea leucorodia), estropiés et claudicants. Parfois, noyés ou l'estomac crevé par les hameçons avalés, des cormorans, des hérons et autres ardéidés parsèment les rives du grand fleuve Sénégal. Plus souvent, comme dans la petite baie de Khaye, ce sont les filets dormants, immergés aux trois-quarts et maintenus par des piquets installés par leurs parents, qui permettent aux adolescents inoccupés de profiter de l'aubaine: les sternes caugeks qui plongent pour attraper leur  proie se prennent souvent dans les mailles (cf. photo ci-dessous à g.); elles finissent vite, après avoir été égorgées dans les règles de l'art mahométan, dans la marmite du soir, pour accompagner l'ataya et la marie-jeanne indigène !

Ci-dessous, 2013 01 10
à g., sterne caugek prise au piège d'un filet dormant, baie de Khaye 
- au centre, grands cormorans à poitrine blanche attirés par les appâts hameçonnés, Lampsar saumâtre 
- à d., les petits pêcheurs d'oiseaux de Sénégal 2013 !
/ Photos par Frédéric Bacuez

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