" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

vendredi 7 décembre 2012

7, les varans de la cour

Ci-dessus: 2012 12 7 fin d'aprem'. Varan du Nil prenant le soleil déclinant, agrippé au tronc d'un eucalyptus
/ Photo par Frédéric Bacuez, droits réservés

* Bango. Lampsar d'eau douce -


Il y a probablement 5 varans du Nil (varanus niloticus, Nile monitor) à la maison ! J'écris "à la maison" tant les importuns que nous sommes semblons quelque peu déranger la quiétude des sauriens depuis notre installation saisonnière... chez eux ! Il y en a deux costauds qui laissent chaque jour sur le sable la trace en  long zigzag de leur queue passante d'une maison riveraine à l'autre. On a beau se faire discret, et ne pas bouger quand ils déambulent comme des sumos sous la frondaison des manguiers (cf. photo ci-dessous à g.), toutes griffes dehors et la langue volubile: celle-ci repère vite la chaleur anormale des corps humains, trop humains; et les voilà qui détalent dans un grand fracas, dans l'eau, dans le craquement des typhas et des herbes aquatiques. Lorsque les jours et les nuits restent fraîches, les lézards un brin ventripotents cherchent le soleil: l'un escalade le tas de feuilles mortes et de déchets, et se poste au sommet, toujours aux aguets; l'autre décide en toute fin de journée de goûter les ultimes rayons bienfaisants, agrippé au tronc d'un eucalyptus enluminé (cf. photo ci-dessus). Il y a aussi deux immatures qui galopent comme des chevaux, se poursuivant dès qu'il s'agit de partager les quelques déchets alimentaires que nous déposons avec empathie au seuil du marigot, pour eux. Et puis il y a un juvénile de la mousson passée, solitaire, pas encore échaudé par les aléas de la vie de saurien, insouciant voire inconscient: un jour de grand froid tropical, il s'aplatit sur le ciment pigmenté devant la porte d'entrée de la maison - il n'y a que la moustiquaire qui nous sépare, lui les quatre pattes étales, moi assis à la table de travail (cf. photo ci-dessous à d.)... Le garnement  joue même les monte-en-l'air, escaladant je ne sais comment les murs abrupts de la case géante, pour se faufiler sous le toit par un trou de rouille; on l'entend alors ramper entre la tôle et les seckos qui tapissent le plafond puis gratter pour déplacer quelques débris avant de se lover dans une déformation des tiges tressées en forme de creux douillet - comme mon lit, pas loin, dessous... L'autre jour, au dôme, le varan maladroit manquait de chuter entre deux liaisons de seckos mal ficelées, se rattrapant in extremis par les griffes comme des serpettes, avant de se reprendre sur un bout de planchette vertigineuse, au plus haut de la maison intérieure, comme une vigie, faisant salon: d'en bas, je le voyais me regarder de son perchoir, nullement confus de tant d'audace. Jadis, au village burkinabè, à la fin de l'hivernage j'en avais presque toujours un entre les briques mal découpées et la tôle du toit - quand elle ne s'envolait pas avec la bourrasque. Devenant vite trop gros, les sauriens prenaient alors la clé des champs, à leurs risques et périls tant leur chair, entre veau et poisson, est partout prisée par les gourmets, en Afrique - sauf ici ! Ô miracle merveilleux !

Ci-dessous: à g., varan adulte en promenade  sous les arbres - à d., varan juvénile sur le pas de porte
/ Photos par Frédéric Bacuez, DR




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