" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

jeudi 27 décembre 2012

27, un mégaderme à ailes orangées dans les palétuviers blancs

Ci-dessus: 2012 12 27 aprem', un mégaderme à ailes orangées se rapproche enfin, pour un instantané fugace !
/ Photo par Frédéric Bacuez

* Plaine alluviale du fleuve Sénégal. Digue n°2 -
MATIN, ~8h15 et APREM', 15h15-

Ce n'est pas un oiseau, mais ce petit mammifère est l'une de mes rencontres naturalistes préférées ! Je l'avais observé pour la première fois en avril 2009 (cliquer ICI et ICI), depuis ma balustrade sur le Lampsar saumâtre, sortant au crépuscule des palétuviers rouges de Thiolet. Dans la plaine alluviale ce matin, à l'occasion d'une sortie consacrée à la malheureuse ripisylve de gonakiers torturée par les Hommes depuis quatre ans, c'est en traversant un petit bosquet d'acacias et de palétuviers blancs isolés, le dos courbé, que je comprends dans l'instant qu'il s'agit du feuillard de Daubenton, l'autre nom du mégaderme à ailes orangées (lavia frons, african yellow-winged bat), quand je vois la fulgurance cannelle voleter entre les branches basses comme un papillon rapide, pour disparaître dans le clair-obscur d'un palétuvier ! Sous l'arbre précédent, deux engoulevents à longue queue (caprimulgus climacurus, long-tailed nightjar), que l'on dit être les rivaux de ma chauve-souris insectivore - mêmes heures de début de chasse, proies similaires- viennent de décoller dans mes pieds pour se reposer entre le taillis et le marais en contrebas. Dans les palétuviers qui ont actuellement de nombreuses feuilles jaunes, impossible de repérer le microchiroptère, qui s'élance dès que je suis... à coté de lui, pour gagner le feuillage voisin, zigzaguant comme... une bécassine. L'après-midi, me revoilà sur le site: la chauve-souris est toujours là, impossible à stabiliser et... photographier. Las, je m'assois par terre, devant le fouillis sous lequel s'est engouffré le mégaderme: dix minutes plus tard, c'est la chauve-souris qui vient à moi ! Elle se suspend quasiment en lisière du boqueteau, derrière un rideau de feuilles, et elle m'observe, à moins de cinq mètres: je devine les grandes oreilles oblongues et le singulier nez retroussé du petit être, couvrant telle une feuille remuante une partie de sa face - lavia frons, évidemment  (cf. photo ci-dessus) ! Sans brusquerie, je ramasse mon appareil photo, clic clac, la voilà déjà repartie, légère et peut-être rassurée, vers l'un ou l'autre des cinq gros palétuviers blancs de son domaine diurne.

Nota: seule espèce de son ordre en Afrique, le mégaderme à ailes orangées vit en général entre les latitudes 15°N et 15°S, mais sa distribution reste encore mal connue, notamment en Afrique occidentale. Ce chiroptère affectionne les biotopes voisins des marais et cours d'eau, à la végétation pas trop dense, parsemés d’îlots d'acacias ou de palétuviers des basses branches desquels il peut surveiller à loisir les environs. Car notre chauve-souris, bien que nocturne comme ses congénères, ne dort que d'un oeil: dans la journée, toujours sur le qui-vive, le mégaderme effectue de très courts vols entre les différents arbres qui forment son reposoir diurne - pour lui seul, et madame quand c'est de saison... Il n'attend d'ailleurs pas la tombée de la nuit, pour partir en chasse avant les autres espèces de chiroptères, rentrant au dortoir dix minutes avant le lever du soleil. Ses couleurs vives et sa vulnérabilité, surtout au crépuscule, font du mégaderme une proie prisée par les petits rapaces comme les faucons crécerelle (falco tinunculus) et chicquera (falco chicquera), mais aussi des omnivores calaos (tockus sp.) et coucals (centropus senegalensis). On ne sait pas grand chose de l'évolution de ses effectifs: si l'on suppose que l'espèce n'est pas menacée, le mégaderme à ailes orangées n'est cependant jamais commun.

Sources: voir The American Society of Mammalogists/Lavia frons

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