" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mardi 3 janvier 2012

3, estuaire: un labbe parasite et une dizaine de fous !

2012 01 3 matin, un labbe parasite juvénile est sur le fleuve Sénégal, un peu à l'amont de la 'brèche' dans la Langue de Barbarie
/ Photo par Rozenn Le Roux pour Ornithondar

* Fleuve Sénégal au nord de la brèche, au large de Sor Diagne -

MATIN-
A quelques encablures de la brèche artificielle dans la Langue de Barbarie faisant office d'embouchure au fleuve Sénégal, au large de Sor Diagne un labbe parasite (stercorarius parasiticus, arctic skua) se repose sur les eaux  plus tranquilles ici. A l'approche de notre pirogue, le skua s'envole et s'éloigne vers le débouché des eaux de la sebkha de Khor. A contrejour, pas évident d'évaluer l'âge de l'oiseau marin: j'ai d'abord pensé à un juvénile ou à un immature de phase sombre, mais la mue bien visible (deux échancrures typiques dans les plumes du bord postérieur des ailes) laisserait envisager qu'il s'agit là d'un adulte, ou d'un subadulte, en mue hivernale.... Il est possible que cela soit la première observation photographiée d'un labbe parasite - et de tout labbe !- sur le cours estuarien du fleuve Sénégal.

Ci-dessus: 2012 01 3 matin, labbe parasite juvénile au ras des eaux du fleuve Sénégal
/ Photo par Rozenn Le Roux pour Ornithondar


Nota: cinq espèces de labbes peuvent fréquenter les eaux maritimes du Sénégal: si les labbe parasite (stercorarius parasiticus, cf. photos ci-dessus) et labbe pomarin (stercorarius pomarinus) sont les plus  observés, on pourrait y noter aussi le grand labbe (stercorarius skua), plus rarement le labbe à longue queue (stercorarius longicaudus) et, pourquoi pas, remontant de... l'Antarctique, le labbe de Mc Cormick (stercorarius maccormicki). Ces grands oiseaux du cercle holarctique, mais aussi d'Ecosse, d'Islande et de Scandinavie hivernent massivement au large des côtes angolaises, namibiennes et sud-africaines mais un nombre élevé d'immatures vagabondent aussi dans l'Atlantique nord, jusque dans le Golfe de Guinée. La péninsule dakaroise du Cap-Vert est un spot mondialement réputé pour l'observation des labbes et des oiseaux pélagiques en général, notamment depuis les Almadies et les îlots de Yoff et N'Gor*1. Plus au nord de la Grande Côte, dans le bas-delta du fleuve Sénégal, il n'est pas anormal d'observer de temps à autre des 'entrées' d'oiseaux de mer jusqu'à la hauteur du barrage de Diama: mais c'est surtout entre la passe de Thiolet, le lagon de Sal Sal et la nouvelle brèche dans la Langue de Barbarie qu'on a toutes les chances, surtout quand les alizés soufflent, d'observer des oiseaux généralement invisibles sur le littoral - et même près de la côte: on peut alors admirer des troupes de guifettes noires et de sternes pierregarins plus fournies que d'habitude, venant se mettre à l'abri à l'arrière de la Langue. Avec de la patience et de la chance, on pourrait même apercevoir des sternes arctiques et de Dougall (européennes), des sternes fuligineuses et bridées (tropicales), et à l'occasion des mouettes de Sabine, quelques mouettes tridactyles, pygmées et mélanocéphales, voire un goéland cendré. Plus spectaculaires encore: après les grandes tempêtes océanes, les pétrels (2 espèces), les puffins (8 espèces) et les océanites (5 espèces), tous oiseaux qui ne viennent à terre que pour nidifier, la nuit et le plus souvent sur des îles, peuvent se laisser tenter par une incursion sur les eaux moins tumultueuses du fleuve Sénégal en sa partie parallèle au cordon littoral. C'est, par exemple, un vol de 620 océanites tempête (hydrobates pelagicus, european storm-petrel) 'forageant' au gré du fleuve près de Saint-Louis, le 20 avril 2006 (cf. notule: http://ornithondar.blogspot.com/2010/02/24-des-oceanites-tempetes-au-large-du.html); ou une mouette de Franklin, observée le 28 février 2008*2. Quant aux fous de Bassan, avec une bonne paire de jumelles on pourra sans difficulté en observer des dizaines, parfois à quelques encablures de la plage (Guet N'Dar et Ndar Tout, Sal Sal, Hydrobase, brèche), plongeant comme des torpilles sur les bancs de poissons (cf. ci-après). On n'oubliera pas de surveiller parmi les immenses troupes de sanderlings qui courent et s'envolent à la moindre alerte sur les étroites bandes de sable qui encadrent la brèche, submergées à marée haute, si quelques phalaropes à bec large, une sorte de bécasseau qui passe le clair de son existence à nager en mer, n'ont pas décidé de venir faire un tour sur la Langue de Barbarie; il est vrai qu'à l'abri des alizés, ces étranges limicoles pélagiques le font plus volontiers sur la Petite Côte, au sud de Dakar. Mais sait-on jamais...

*1 Lire: http://www.africanbirdclub.org/feature/senegal.html
Voir le site dédié: http://senegal.seawatching.net/
*2 Sources: African Bird Club

Ci-dessous à g., 2001 01. Labbe parasite adulte, Sine Saloum (Sénégal)
/ Photo par Bruno Portier pour African Bird Club


Ci-dessus: à d., 2009 01. Fou de Bassan de 1er hiver au large de Banjul-Barra (Gambie)
/ Photo par Artur Bujanowicz pour African Bird Club

* Langue de Barbarie. 'Brèche artificielle', au contact de l'océan Atlantique et du fleuve Sénégal -

MIDI-
Depuis le banc de sable temporaire le plus avancé dans la brèche, j'ai la joie de voir dans mes jumelles, au moins 8 fous de Bassan (morus bassanus/sula bassana, northern gannet, cf. photo ci-dessus à d.) dans les embruns et le sable en suspension, juste au contact de la mer et du débouché fluvial. Les oiseaux sombres, des juvéniles dont je remarque vite le v blanc sur les sus-caudales, volent lentement aux limites de la barre et de son fracas de vagues. Les géants s'élèvent à peine avant de plonger, comme au ralenti et toutes ailes repliées, sur un banc de poissons, probablement du yaboye, dont on devine la large tâche sombre au ras des eaux.  C'est magnifique ! Le fou de Bassan, plus grand oiseau de mer régulier de cette partie de l'Atlantique - jusqu'à 1m80 d'envergure*-, est ici beaucoup moins fréquent qu'au large des côtes marocaines, d'autant que la limite sud de sa répartition hivernale ne dépasse pas la frontière de la Sierra Leone: le grand voilier ne pénètre pas dans le Golfe de Guinée.

* A l'exception d'occasionnelles frégates superbes (fregata magnificens), venues des îles du Cap-Vert, dont l'envergure peut atteindre 2m44 !

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