" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

vendredi 23 décembre 2011

23, ils attrapent même njagabaar, le pélican emblématique !


Ci-dessus: 2011 12 23 midi, Bango; pélican blanc adulte captif / Photo par Abdoulaye pour Ornithondar

* Saint-Louis, Sor et pont Faidherbe -
MATIN-
- ~60 pélicans blancs (pelecanus onocrotalus) en vol plané à basse altitude au dessus de 'Garage-Bango' et du commissariat de police de Sor, en ville [sud>nord est].
- 1 balbuzard pêcheur (pandion haliaetus, osprey) remontant le fleuve Sénégal survole les eaux basses juste à l'aval du pont Faidherbe, cherchant sa proie... en ville.
- Au pied du pont Faidherbe, à l'amont: des sternes caugek (sterna sandvicensis, sandwich tern), des sternes pierregarin (sterna hirundo, common tern) et quelques guifettes noires (chlidonias niger, black tern).

* Bango. 'Quartier des pêcheurs'-
MIDI-
On m'avait signalé que des pêcheurs de la famille N'Diaye avaient incidemment attrapé, il y a dix jours, un pélican dans leurs lignes d'hameçons, sur le fleuve Sénégal: pris aux crochets par les ailes,  njagabaar - en langue wolof, l'emblématique pélican du delta sénégalo-mauritanien, l'idiot !... J'envoie mon jeune 'reporter' Abdoulaye pour en savoir plus... Et immortaliser le captif... si l'oiseau est encore en vie.  
Dans la cour sous un  auvent de paille, au milieu du bric à brac d'une famille pléthorique, un pélican blanc adulte (pelecanus onocrotalus, great white pelican) en plumage quasi nuptial attend. Il n'est pas entravé, ni attaché; mais les plumes d'ailes qui lui permettraient de fuir ses pêcheurs ont été précautionneusement arrachées. Le temps que ça repousse, le grand palmipède aura été, au choix, vendu à un maître qui le prendrait à domicile comme un chien, comme un jouet pour les enfants, comme une dinde festive. Voire comme une excentricité maraboutique, pour le seul prestige... Et si le plus grand oiseau du pays ne trouve pas acquéreur il ira, comme tout volatile qui se respecte - plus c'est gros, plus c'est bon...-, dans la marmite !










Ci-contre: 2011 12 23 midi, Bango-barrage. Pélican et goéland captifs...
/ Photos par Abdoulaye pour Ornithondar

Nota: environ 25 000 pélicans blancs fréquentent le delta sénégalo-mauritanien, de l'Aftout es saheli au nord à l'ancienne embouchure du fleuve au sud : si 500 à 700 oiseaux  immatures stationnent à l'année autour de Saint-Louis, 10 à 15 000 adultes peuvent se reproduire, essentiellement sur un ilôt artificiel du bolong de Djoudj, dans le parc national du même nom (PNOD). Depuis quelques années, l'augmentation lente mais continue des effectifs pousse les pélicans à tenter de s'installer sur de nouveaux sites, le plus souvent vainement. A l'exception du Diawling mauritanien, où les sujets nidificateurs ont toutes les chances de parvenir à leurs fins, en l'état actuel de la protection des autres sites potentiels nos emblèmes deltaïques doivent se résigner à s'entasser sur le nichoir dégradé du Djoudj, avec de fortes pertes d'oeufs et d'oisillons entre novembre et janvier. Il en va pour les pélicans comme pour les cormorans, les échassiers et les rapaces afrotropicaux, dont toutes les colonies ont été éradiquées coté sénégalais entre 1960 et 1980. A l'exception de petites héronnières au Djoudj et périphérie immédiate, et d'une minuscule renaissance d'anhingas à l'extrème sud de la Langue de Barbarie, la pression anthropique, le déboisement clandestin, le pillage des nids et des oisillons, le braconnage et l'invisibilité des Eaux & Forêts sur le terrain n'offrent aucune perspective favorable à l'émergence de toute nouvelle colonie des grands oiseaux sur les rives sénégalaises du fleuve. Quant aux captures du gigantesque palmipède, il se fait partout aux yeux de tous, mais sans doute à l'insu de nos vaillants uniformes: si leur démarche chaloupée dans les rues de Goxuumbacc ou de Guet N'Dar (quartiers des pêcheurs de la Langue de Barbarie, cf. photos ci-dessous), y bloquant parfois la circulation routière, est du meilleur effet pour les rares touristes en mal de pittoresque, il faut savoir que les pélicans sont le plus souvent blessés, accidentellement, ou tués, volontairement. Il m'arrive régulièrement de trouver des amas de plumes dans les plaines alluviales du fleuve, ou des ailes abandonnées près des campements de pêcheurs itinérants. D'aucuns m'ont déjà avoué, hilares, qu'ils en faisaient régulièrement leur en-cas !

Ci-dessous: 2010 11, Guet N'dar (Langue de Barbarie), pélican blanc captif / Courtesy photos par Eddy Graëff, www.saintlouisdusenegal.com

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