" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

jeudi 16 décembre 2010

16, de 3 ibis sacrés captifs à Bango

2010 12 15, ibis sacré immature retenu prisonnier à Bango / © Photo Ornithondar, DR

* Bango -

Lendemain de Tamkharit à Bango: les enfants s'adonnent toujours à leur traditionnel carnaval à la sauce locale, le tadjaboone. Les ribambelles défilent dans les ruelles de sable et crient leur joie à grand renfort de tam tam contemporains, les bidons d'huile de contrebande. Du coup, ce matin il n'y a pas de braconniers sur la digue des deux Lampsar. Un peu de répit pour les oiseaux; même les bihoreaux nocturnes, sous le ciel gris, déambulent à midi le long des racines de palétuviers.


Ci-dessus: trois jeunes ibis sacrés captifs, Bango 2010 12 15 / © Photos Ornithondar, DR

Dans le village, souvenirs de la korité passée - l'Aïd qui clôt le mois de Ramadan, 3 jeune ibis sacrés (threskiornis aethiopica, sacred ibis) mais 'domestiques' ont grandi, même si leur plumage devenu noir et blanc est encore juvénile - blanc moucheté du cou, pas de plumeau en bout de queue. Les fameuses divinités de l'Egypte pharaonique sont prisonnières d'une cour sahélienne, sableuse et piquetée de pommiers de Sodome (calotropis procera, faftan en langue wolof). Dans les jours qui avaient précédé la fête religieuse du 9 septembre*1, le dénommé M.*2 dont la famille vit entre les villages mauritanien de Thiong et sénégalais de Bango avait déniché les trois pulli à peine duvetés dans le nid de leurs parents, quelque part dans le bas-delta, coté mauritanien: trois petits cadeaux sans frais pour son cher frère de Bango - ou ses enfants. Les poussins ont survécu au rapt, et trois mois plus tard, tout de même amputés des plumes indispensables à leur envol libératoire, les trois ibis arpentent de long en large, comme en cage, la cour de leur prison, nue, sèche, parsemée de reliques de la civilisation des Hommes. Les toubabs - blancs, jaunes et autres basanés dégorgeant de pétrodollars - font bien piller la planète exotique pour s'amouracher de serins, bengalis, perroquets, caméléons, boas, servals et autres mygales... Il n'y a pas de raison que les Sénégalais n'aiment pas, eux-aussi privativement, les zanimos, non ?

* "a niché plusieurs fois au Parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD) en septembre", in 'Les oiseaux de Sénégambie', par G. & M.Y. Morel, ORSTOM/IRD Editions 1990
*2 Un brave type qui, tout de même, a déjà été arrêté pour le vol... du moteur d'une autre pirogue que la sienne... Et dont on me dira quelques jours plus tard qu'il avait d'abord cherché à vendre les ibis; et qu'il n'en était pas à son premier pillage de nids !
















Ci-contre: ibis sacré immature au lac Darkoy, nord du Burkina Faso, 2004 05
/ Photo par Yvan Perre, pour African Bird Club, DR



Nota: l'ibis sacré n'a jamais été abondant dans le delta du fleuve Sénégal ("dans l'ensemble sporadique et jamais commun" signalent les Morel G. & M.Y dans les années '70 du siècle passé). A l'instar d'autres échassiers afrotropicaux (ibis falcinelle, ibis hagedash, tantale ibis, marabout), leurs nichoirs et autres 'héronnières' ont quasiment tous disparu des rives sénégalaises, à l'exception de quelques colonies dans le petit parc national du  Djoudj: systématiquement pillés ! Du coté mauritanien, de réels efforts ont permis depuis quelques années la renaissance de colonies sur différents sites du bas-delta, y compris hors du parc national du Diawling. Malheureusement, les populations qui ont des familles sur les deux berges du fleuve ainsi que les pêcheurs sénégalais continuent de braconner et piller, quand l'occasion se présente, les nids miraculeux du Ntialakht et du Gueyeloubé... Coté sénégalais, tout a été pillé, depuis longtemps...

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