" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon, 1737
" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde "
- Albert Camus

vendredi 9 juillet 2010

9, nuit à verse sur le nord du Sénégal


* Nord du Sénégal. Delta, fleuve Sénégal, Ferlo -


Hier soir, les amas verticaux qui escaladaient le ciel loin au sud avaient pris du relief coloré au couchant; j'avais deviné qu'il pleuvrait dans la nuit. Au delà de mes espérances car dans la nuit, presque toute la nuit, une longue et puissante averse est en effet tombée sur Saint-Louis et Bango (de 2h10 à ~6h15), le delta et tout le Sahel sénégalais. Encore une fois, la mousson ne fait pas (plus) dans la demi-mesure: après avoir inondé, dévasté et tué du Ghana au Liberia en juin, 'l'hivernage' semble, cette année encore, décupler sa puissance sur l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest; même sur nos confins présahariens, dans le delta du fleuve Sénégal, l'une des régions les moins arrosées des latitudes soudano-sahéliennes, la chaleur et l'humidité, les bourrasques et l'intensité pluvieuse semblent sans nuances: après sa troisième pluie - dont deux grosses averses !- d'une saison à peine commencée, Saint-Louis pulvérise ses records pluviométriques: au 9 juillet, 91,3 mm contre ses 9,3 mm habituels, soit +982% par rapport à sa moyenne normale !!! Dans la nature lessivée, les arbres ont été complètement délestés de leur poussière, les feuilles des palétuviers du Lampsar, lustrées !

Ci-contre: première grande pluie de mousson à Tewaka, Burkina Faso / 1993 06 7, photo Frédéric Bacuez, DR

- Fleuve Sénégal, du delta vers l'amont:
Saint-Louis, 63,4 mm / Bango, 42,2 mm / Podor, 49,0 mm / Matam, 6,0 mm / Bakel, 18,0 mm
- Intérieur et Ferlo:
Louga, 46,9 mm / Linguere, 91,3 mm (maximum sénégalais du jour) / Ranerou, 52,5 mm

Nota 1: Dakar, 53,2 mm; toutes les stations du pays ont enregistré des chutes d'eau, en particulier dans le nord sahélien et dans le Sine Saloum.
Nota 2: toujours les bizarreries sénégalaises: pas de coupure électrique sous le sceau d'eau nocturne - en tout cas pas à Bango, enfin je crois; j'ai tout de même un peu dormi malgré mon inlassable plaisir puéril à regarder et écouter toutes les pluies d'Afrique. Je dis cela car on atteint désormais des records de délestage, depuis quelques semaines, dans ce pays à-vau-l'eau, tout particulièrement quand il n'y a pas la lumière d'un orage à l'horizon... Et ça dure, ça dure... Autrement plus durable que la bougie made in China quand nos électriciens au pif au mètre nous plongent parfois dans la nuit noire, nous incitant à de profondes réflexions sur le souhait d'illuminé(s) d'arrimer définitivement notre 'pirogue' (Sunugal) à la poupe des "Grands" qui font la pluie et le beau temps du monde...  Pendant ce temps-là, d'ailleurs, l'innombrable plèbe des agglomérats du petit pays perd patience - momentanément car les furia ne sont qu'éruptions spectaculaires sans lendemains , elle manifeste, comme chaque 'été', brûle des pneus et casse les agences Sénélec; à Dakar, à tous les coups; à Thiès; sur la petite Côte. Dans le nord, les marabouts ensorcellent bien leurs ouailles, on y est donc fatalistes...

Lire aussi: http://mali.blogs.liberation.fr/helsens/2010/07/le-grand-nettoyage.html
Et sur  'notre' mousson: http://www.futura-sciences.com/fr/doc/t/climatologie/d/quest-ce-que-la-mousson-africaine_590/c3/221/p1/


Ci-dessus: bitte d'amarrage sur les rives du Lampsar, au couchant / Photo par Frédéric Bacuez, DR

MATIN-
Bien après la pluie, les crapauds jaspés continuent de coasser à tue-tête, encore à 9h dans la matinée !
1 camaroptère à dos gris (camaroptera brachyura, grey-backed camaroptera - c'est un peu notre troglodyte mignon à nous !) se faufile dans les buissons de bougainvillées, en chantant aussi à gorge déployée
Toute la journée, allers et venues dans le ciel bangotin du coucou didric (chrysococcyx caprius, didric cuckoo), plein chant, tandis que les tisserins gendarmes (ploceus cucullatus, village weaver) continuent de pousser leurs crécelles rapeuses dans les arbres du jardin
NUIT du 9 au 10-
Une quinzaine de crapauds jaspés en goguette, partout dans le jardin; l'un d'eux s'est positionné sur le muret qui ceint le flamboyant et le palmier, et gobe tout ce qui passe; des limaces très sombres tracent leurs cheminements baveux sur les murs et le sable de la cour.
Toute la nuit, vacarme assourdissant des crapauds jaspés tout au long de la berge sud du marigot, en particulier vers les confins de la caserne
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