" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

samedi 22 mai 2010

22, une rareté: un Bec-en-ciseaux d'Afrique 'écrème' le Djeuss

* Djeuss bangotin, des deux cotés -

Ci-dessus: 
à g., en Namibie 2006 11, © photo (détail) par Klaus Schindler pour African Bird Club
à d., à Sette Cama au Gabon 2006 10, © photo (détail) par John Caddick pour African Bird Club


MATIN-

Ça m'a pris de court, car quelle surprise ! A 8h25 depuis mon belvédère, je jetais un œil au loin sur la pointe Thiolet pour voir si nos Pélicans n'y étaient pas réinstallés (Voir ICI sur Ornithondar), quand un cri atypique attira mon attention vers la surface des eaux du marigot: eurêka ! un (1) Bec-en-ciseau(x) d'Afrique (dit 'coupeur d'eau', Rhynchops flavirostris, african skimmer, rayador africano) 'effleurait'  les eaux (to skim, in english...) pour gober les petits poissons, d'un vol rapide toutes ailes relevées.
Le temps de courir attraper un appareil photo, le laridé tropical avait disparu avec ses cris intermittents... Jusqu'à 8h50 quand de retour du Djeuss 'doux' le drôle d'oiseau est  repassé par dessus les Prosopis de la digue avant de redescendre au ras du plan d'eau vers le delta, toujours en 'écrémant' le marigot...

Ci-contre: au Botswana 2005 11 / © photo par Michel Watelet pour African Bird Club


Nota: les oiseaux afrotropicaux qui font la 'carte postale' des grands espaces du continent noir, on ne le dit pas assez, sont tous peu ou prou en déclin rapide depuis quelques décennies. Et quand on connaît un peu le 'terrain', et en dépit des extraordinaires avancées de l'expertise scientifique sur les uns et sur les autres, tous les (grands) oiseaux emblématiques y sont dramatiquement raréfiés. Il en est ainsi des Grues couronnées, des Vautours et des grands rapaces diurnes, entre autres; et des Becs-en-ciseaux, dont on ne peut voir encore les grands rassemblements que sur le Zambèze ou la Luangwa, dans le bassin de l'Okavango, en Tanzanie et au Kenya, sur les bancs de sable de leurs cours majestueux. Des 15-25 000 becs-en-ciseaux estimés, 8 à 12 000 individus seraient d'Afrique orientale et australe (mais disparus d'Afrique du Sud), 7 à 13 000 d'Afrique occidentale et centrale... dont 80% au moins, j'en suis convaincu et je ne risque pas de me tromper, en Afrique centrale à l'est et au sud du Tchad ! Car il suffit de se reporter aux enquêtes menées depuis plus de vingt ans sur les étendues aquatiques d'Afrique de l'ouest pour vite comprendre que le Bec-en-ciseaux n'y sera très vite qu'un lointain souvenir. Sur les confins nigerians du lac Tchad, Gustafsson et al. (2003) n'en ont compté aucun au début de ce (terrible) siècle ! Sur le Logone, le fleuve 'gidien' qui matérialise la frontière 'sauvage' entre Tchad, Cameroun et Centrafrique, encore noté à la fin des années 1950 le laridé tropical n'y a jamais été observé depuis 1980 lors des inventaires qui se sont succédé dans le complexe Waza-Logone  (Scholte et al., 1999). Plus à l'ouest, si Serle & Morel le trouvaient encore "localement commun au Mali et au Nigeria" jusque dans les années 1970, Morel & Morel remarquaient aussi que le Bec-en-ciseaux n'était plus, à la veille des années 80, qu' "assez commun mais sporadique sur le fleuve Sénégal" [ndlr, ?], "de l'embouchure à la Falémé".

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Nombre total de pages vues