" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

jeudi 11 février 2010

11, cigogne(s) noire(s) vagabonde(s)... Vers le Ndiaël ?


* De Thiolet à Ngallele via Bango -

- 2010 02 11:
MATIN, 11h10-

Venant des rives du fleuve Sénégal, 1 cigogne noire (ciconia nigra, black stork, cf. ci-contre) survole Bango en direction de Ngallele, N>SE puis E, assez haut. La cigogne vient des confins de Taba Ahmetou où elle a passé l'automne et une partie de l'hiver, avec une douzaine de ses congénères (arrivées le 30 septembre 2009, cf. notule). Avant de remonter vers l'Europe (péninsule ibérique surtout), les cigognes noires ont tendance, dans le delta, à vagabonder des abords du fleuve vers les dépressions intérieures plus tranquilles (Trois Marigots-Ndiaël-Djoudj, lac de Guiers), dès l'assèchement des plaines alluviales alors soumises à de trop fréquents dérangements.


* Réserve de faune du Ndiaël -

- 2010 01 26:

MIDI-
François Marmeys et Idrissa N'Diaye (cf. photo ci-dessous à d., du parc national des oiseaux du Djoudj, PNOD) font une courte incursion dans la réserve de faune du Ndiaël, qui s'étend actuellement sur 46 550 hectares à l'est de Ross Bethio. En milieu de journée, ils peuvent observer, notamment, 13 cigognes noires (ciconia nigra, black stork, cf. ci-contre et photos ci-après) et 1 courvite isabelle (cursorius cursor, cream-coloured courser).

Ci-dessous: dépression de la réserve de faune du Ndiaël, cigognes noires observées par Idrissa N'Diaye (PNOD) / 2010 01 26 midi, courtesy photos par François Marmeys, droits réservés











Le Ndiaël revient de loin...
La vaste dépression sans relief, patchwork infini de sables salins et d'herbes rases, ponctuée de cuvettes aussi peu profondes que chotts et sebkhas sahariens, fut longtemps, à l'écart des Hommes, plus 'sauvage' que son célèbre voisin du Djoudj. Dans les années 70 du dernier siècle, on pouvait encore, en hiver, y dénombrer les sarcelles d'hiver (anas querquedula, garganey) par dizaines de milliers, ainsi que 200 000 combattants variés (philomachus pugnax, ruff) et 5 000 flamants roses (phoenicopterus ruber, greater flamingo).


Un sanctuaire ornithologique sacrifié...
Dès les années 60 pourtant, suite aux travaux de remblaiement et de captage des eaux du fleuve Sénégal, via l'omnipotente OMVS et ses affidés techniques -sénégalais-, et au détournement des eaux alluviales vers les casiers rizicoles puis vers les gourmandes exploitations 'étrangères' d'exportateurs de tomates et de fabricants de sucre -français-, le Ndiaël s'assèche précocement dès la fin des pluies, offrant des paysages en cours de désertification rapide. L'invasion des dépressions par le bétail ne fait qu'accélérer le processus de dégradation du site. Classé en réserve de faune/d'avifaune en 1965 sur 52 567 hectares initiaux, sans zonage défini, sans zone tampon ni aire centrale de protection stricte -hormis un classement 'sur papier' de 10 000 hectares Ramsar, le Ndiaël est inscrit dès 1977 sur la Liste de Montreux des sites Ramsar les plus menacés au monde. A partir de 1993, sous la pression bourse déliée des Ong internationales, le Sénégal accepte de remettre progressivement en eau une partie de la dépression - via les eaux de drainage de la SAED et, dans une moindre mesure, par le surplus du marigot de Niety Yone connecté au lac de Guiers, encouragé par le Conseil International de la Chasse (CIC-OMPO, France) qui voit d'un très mauvais oeil que 'ses' canards d'Europe souffrent partout au Sahel d'une détérioration rapide de leurs sites d'hivernage.
En avril 2009, une subvention de 16 millions 548 mille francs CFA est allouée par le Fonds pour l'Environnement Mondial (FEM) dans le cadre du projet COMPACT (Gestion communautaire pour la conservation des aires protégées), dans le but de poursuivre la réhabilitation du réseau hydrographique du Ndiaël, ouf... Un énième saupoudrage qui a toutes les chances de s'ensabler ou de se disperser en séminaires, ateliers de formation et autres cérémonies de restitution de rapport répétitif*2... Le classement du Ndiaël en 'Réserve de Biosphère' par l'Unesco, "noyau central" d'une virtuelle 'Réserve de Biosphère Transfrontalière' (RBT) -avec la Mauritanie, ne changent pas grand chose à la donne: le Ndiaël n'est protégé, pour l'essentiel, que par des engagements très oniriques, de mielleux voeux pieux, ou de solutions bien périphériques (cf. fiche du 'Projet Biodiversité Mauritanie Sénégal'*1) !...

* Lire: Kane A., Mbaye I, Triplet P. (responsable de l'exemplaire réserve française du Marquenterre, en baie de Somme): 'Restauration d'une zone humide Ramsar: espoirs et difficultés de la remise en eau du Ndiaël et des Trois Marigots, delta du fleuve Sénégal' (2002)

Une lente résurrection...
Heureusement, la nature a des capacités de régénération encore sous-estimées. Après avoir perdu 46 % de son couvert végétal entre 1984 et 2003, essentiellement des arbres dont certaines espèces totalement éradiquées, mais aussi deux espèces du tapis herbacé pourtant moins atteint, on a noté avec surprise, ces dernières années, la réapparition de quatre espèces de graminées - à moins qu'elles n'aient échappé, jusqu'alors, aux rarissimes et incomplets inventaires de la biodiversité du site... Depuis une douzaine d'années néanmoins, le Ndiaël redevient (localement, très localement) attractif (mais guère au delà de fin janvier) pour quelques ardéidés et laridés (jusqu'à 5 000 sternes hansel, gelochelidon nilotica, le 23 11 2002; 200 goélands railleurs, larus genei), les limicoles (dont le gravelot à collier interrompu, charadrius alexandrinus: 1410 en 1994 - plutôt en basses eaux) et certains anatidés (outre les dendrocygnes veufs, dendrocygna viduata, des sarcelles d'été, anas querquedula: jusqu'à 32 000 en 1998; et le retour des canards pilets, anas acuta: jusqu'à 7 860 en 1996 - plutôt en hautes eaux). Bon an mal an, le nombre d'oiseaux d'eau y excède maintenant les 20 000 individus. On y aperçoit régulièrement des pélicans blancs, des ibis falcinelles, de grandes aigrettes, des spatules d'Europe, des flamants roses; des barges à queue noire, limosa limosa: une exceptionnelle concentration de 10 935 barges a été enregistrée en 1993, même si les effectifs de ce limicole pour l'ensemble du delta sénégalais avoisine en moyenne les 3 à 5 000 oiseaux hivernants; et toujours des combattants variés, philomachus pugnax, utilisant souvent le Ndiaël comme dortoir: par exemple, 75 000 en 1993, et 134 000 en 1997 !

Cigognes et grues...
Mais ce sont les regroupements spectaculaires de grands échassiers, hivernants et résident, qui font du Ndiaël un indispensable maillon entre Djoudj et estuaire du Sénégal. Cigognes (tantale ibis afrotropical; cigognes blanches et cigognes noires du paléarctique) et grues couronnées (afrotropicale) y stationnent régulièrement: en février 2006, 170 grues couronnées noires, balearica pavonina ssp. pavonina (sur les 250 vues le même jour dans la région), sont dénombrées au Ndiaël. Deux jours plus tard, 117 cigognes noires, ciconia nigra, y sont observées en vol cerclant (une moyenne de 5 à 20 de ces échassiers y stationnent en général, entre octobre et mars). Quant aux cigognes blanches, ciconia ciconia, quasi inconnues des franges côtières du delta, plus de 300 d'entre elles survolent le site, le 7 janvier 2002; et un groupe exceptionnel de 550 est observé sur un lac saisonnier, le 4 décembre 2003 !

Des oiseaux quasi sahariens...
Le Ndiaël est un excellent spot pour observer quelques raretés à cette latitude. Après les grandes sécheresses de 1973-1974 et 1984-1985, puis avec l'assèchement de la dépression par les 'aménageurs' du delta, des espèces traditionnellement inféodées aux biotopes désertiques du Sahara et de son immédiat pourtour ont fait leur apparition ou augmenté en nombre dans les steppes du Ndiaël. C'est particulièrement vrai pour les alouettes, dont le sirli du désert, alaemon alaudipes, depuis au moins 1999; et l'alouette du Kordofan, mirafra cordofanica, observée dans le sud du Ndiaël en 2004 12 (4 individus) et 2006 02 (1 individu). La moinelette à front blanc, eremopterix nigriceps, y cotoie maintenant sa cousine à oreillons blancs, eremopterix leucotis. Quant au courvite isabelle, cursorius cursor, il s'y rencontre désormais plus facilement que le soudano-sahélien courvite de Temminck, cursorius temmincki, moins déserticole.

Des mammifères relictuels
Au Ndiaël, la grande faune est depuis longtemps éteinte, avant les années 50 du siècle dernier. Si le cobe redunca y a un jour même déjà existé il n'y est plus depuis des plomb(e)s, mais quelques gazelles à front roux, gazella rufifrons ssp. rufifrons, y subsistent laborieusement (remontant de la vallée fossile du Ferlo), comme au Djoudj, en sus des phacochères, phacochoerus africanus, des chacals dorés, canis aureus, des renards blonds des sables, vulpes pallida, et autres bandes de patas, communs dans tout le nord sénégalais. Quelques vivéridés (mangoustes sp. et genettes; peut-être civettes) et mustélidés (zorille commune, ictonyx striatus; peu probablement le ratel) s'y font discrets. Les pythons, et quelques crocodiles du Nil de retour, y seraient présents, localement, c'est à voir... Le fait le plus spectaculaire reste le contact à plusieurs reprises depuis le début de ce siècle avec une/des hyène(s) tachetée(s), crocuta crocuta, auparavant rencontrée pour la dernière fois en... 1952. Une hyène a d'ailleurs attaqué un troupeau de bovins et mortellement blessé un veau, il y a tout juste un an (cf. notule de 2009 01 18, http://ornithondar.blogspot.com/2010/02/18-une-hyene-tachetee-dans-le-ndiael.html): en l'état actuel de la sécurisation du Ndiaël, je lui/leur donne peu cher de sa/leur peau, à elle/elles aussi...
Sources: BirdLife international et African Bird Club

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