" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mercredi 27 janvier 2010

27, des lamantins périssent à cause de la SAED


* Vallée du Dioulol, barrage du Nawel. Kanel, région de Matam -C'est par un communiqué de presse que l'organisation Wetlands International a annoncé la triste nouvelle, le 27 novembre 2009: la mort de trois rares lamantins d'Afrique (trichechus senegalensis, african manatee, cf. ci-contre) écrasés contre les grilles de retenue d'un pont-barrage construit à l'hivernage 2008 sur le Nawel (cf. photo ci-dessous), affluent du fleuve Sénégal, dans la vallée du Dioulol, aux portes de la localité de Kanel.
















Ci-dessus: le pont-barrage sur le Nawel et ses grilles de retenue contre lesquelles les lamantins sont morts / Photo DR
Ci-contre: le fleuve Sénégal et ses débordements entre Bakel (Sénégal) et Kaedi (Mauritanie), encore fréquentés par des lamantins



L'ouvrage posé en travers du Nawel (cf. photo ci-dessus), à cinq kilomètres du fleuve Sénégal, a été réalisé par la Société Nationale d'Aménagement et d'Exploitation des terres du Delta du fleuve Sénégal et de la Falémé (SAED), l'omnipotente excroissance des voeux pieux présidentiels à faire de nos confins sahélo-sahariens un grenier magique, à tout prix -une kyrielle de bailleurs de fonds y pourvoie, dont la France-, quelqu'en soit le coût écologique. Wetlands International et divers services techniques sénégalais avaient pourtant passé un accord avec la SAED pour que la retenue d'eau du Nawel ne soit pas construite sans écluse afin de permettre aux lamantins de la vallée du Dioulol de redescendre vers le fleuve Sénégal au moment de la décrue de saison sèche. Wetlands International, les ONG Océanium de Dakar et Noé Conservation qui tentent depuis quelques années de recenser et protéger les derniers lamantins du fleuve Sénégal avaient d'ailleurs transmis à la SAED et à l'Office de Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) leur estimation des populations de lamantins de l'ensemble du fleuve, depuis Kidira jusqu'à l'embouchure; une vingtaine des siréniens était envisagée sur trois de ses affluents, dans la région de Matam, dont une dizaine sur le cours du Nawel et dans ses débordements saisonniers, notamment le marigot de Wendou Kanel. Peine perdue, malgré les promesses de la SAED de prendre en compte 'technique' la requête des Ong. En décembre 2008, c'est pourtant contre les grilles infranchissables du nouveau barrage qu'un premier lamantin se fracasse et meurt noyé; un accord est alors concédé par la SAED à Wetlands International Afrique (WIA) pour la suppression des grilles incriminées. En septembre 2009, devant l'inertie de la SAED, le coordonnateur du projet de conservation des lamantins ouest africains, le docteur Mamadou Niane, adresse une lettre de rappel au directeur général de la SAED qui ne s'est toujours pas acquitté de sa promesse de réaménagement du pont-barrage du Nawel. Et voici qu'un an après le premier drame, trois autres lamantins sont retirés des eaux stagnantes au pied de l'ouvrage, broyés par la décrue du Nawel contre le piège du 'barrage' obstinément obstruant ! Et de quatre...

La SAED ne pourra pas arguer de son ignorance du lamantin; tout le monde, là-bas, du coté de Kanel, connait depuis au moins 2005 l'existence des lamantins du Nawel ! Ce sont des centaines de villageois qui en 2006, 2007, 2008 et 2009 ont participé, avant, pendant et après la construction du fameux pont-barrage, au sauvetage de plusieurs lamantins prisonniers des eaux boueuses de la vallée, en saison sèche. Sous l'égide de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), l'Ong sénégalaise Océanium d'Ali Haïdar (tout de même classé dans le top 100 des plus grands défenseurs de l'environnement !) appuyée par Noé Conservation avec le soutien des réseaux protecteurs de la biodiversité aquatique (Wetlands International et le Programme Régional de Conservation de la zone côtière et Marine -PRCM) a non seulement inventorié les effectifs actuels des lamantins d'Afrique dans le bassin du fleuve Sénégal mais aussi déclenché des opérations spectaculaires et médiatiques de transfert de plusieurs lamantins - du Wendou Kanel en particulier- dans le lit du fleuve ou ses marigots riverains - comme le Pattowel. Car dès décembre 2005, Océanium avait repéré 5 à 6 lamantins piégés par la baisse des eaux dans les marigots limitrophes du Nawel ; capturés, les siréniens avaient été munis de balises avant leur relâche dans le fleuve, dans le but d'étudier leurs déplacements. Depuis, chaque année, avec la complicité des populations riveraines (pêcheurs Thioubalos et agents des services de l'Environnement et des Pêches), entre 1 et 3 lamantins, dont une femelle de deux ans (2 mètres et près de 300 kgs !) en 2007, étaient capturés afin de les libérer en eau profonde... Et vint alors la SAED ...


- Voir le communiqué de WIA et les photos des lamantins morts, datés du 27 novembre 2009:
http://afrique.wetlands.org/Portals/17/trois%20%20cadavres%20de%20lamantins%20retrouvés %20à%20Matam%20-nord%20du%20Sénégal.pdf
- Lire la notule du blog d'Océanium, datée du 18 janvier 2010:http://oceanium.blogspot.com/2010/01/menace-sur-les-lamantins-de-la-vallee.html
- Lire aussi:
http://www.prcmarine.mr/index.php?option=com_content&task=blogcategory&id=60&Itemid=78



Ci-dessous: restes de lamantin du fleuve Niger, au zoo de Bamako, Mali 2009
/ Courtesy photo par Thierry Helsens

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