" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mardi 6 octobre 2009

Survivre à la viande...



Ci-contre : vautours charognards (percnoptères bruns, necrosyrtes monachus, hooded vulture) sur les restes d'un éléphant abattu par des 'soldats'; sud du Burkina Faso, ex Haute-Volta, 1982 / Courtesy photo Bacuez, 1980-1982, tous droits strictement réservés

" (...)
Du Tchad au Cap, l'avidité de l'Africain pour la viande, éternellement entretenue par les famines, était ce que le continent avait en commun de plus fort et de plus fraternel. C'était un rêve, une nostalgie, une aspiration de tous les instants - un cri physiologique de l'organisme plus puissant que l'instinct sexuel. La viande ! C'était l'aspiration la plus ancienne, la plus réelle, et la plus universelle de l'humanité. Il pensa à Morel et sourit amèrement. Pour l'homme blanc, l'éléphant avait été pendant longtemps uniquement de l'ivoire et pour l'homme noir, il était uniquement de la viande, la plus abondante quantité de viande qu'un coup heureux de sagaie empoisonnée pût lui procurer. L'idée de la " beauté " de l'éléphant, de la " noblesse " de l'éléphant, c'était une notion d'homme rassasié, de l'homme des restaurants, des deux repas par jour et des musées d'art abstrait - une vue de l'esprit élitiste qui se réfugie, devant les réalités sociales hideuses auxquelles elle est incapable de faire face, dans les nuages élevés de la beauté, et s'enivre des notions crépusculaires et vagues du "beau ", du " noble ", du "fraternel ", simplement parce que l'attitude purement poétique est la seule que l'histoire lui permette d'adopter. Les intellectuels bourgeois exigeaient de leur société décadente qu'elle s'encombrât des éléphants, pour la seule raison qu'ils espéraient ainsi échapper eux-mêmes à la destruction. Ils se savaient tout aussi anachroniques et encombrants que ces bêtes préhistoriques : c'était une simple façon de crier pitié pour eux-mêmes, afin d'être épargnés. (...) "
- Romain Gary, in ' Les racines du ciel ', Ed. Gallimard, 1956, page 354

Voir aussi : Peter Beard, http://www.peterbeard.com/

Ci-dessous : braconnier et hippotrague rouan subadulte (antilope rouanne, hippotragus equinus, roan antelope), parc national Kaboré Tambi, sud du Burkina Faso, 1993 04
/ Photos par Frédéric Bacuez, TOUS DROITS STRICTEMENT RÉSERVÉS







 

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