" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mercredi 30 septembre 2009

30, une mangouste ichneumon et plein de traces


* Plaine alluviale du fleuve Sénégal. Digue n°2 -

MATIN, 9h-

Sur la digue n°2 encombrée par la repousse saisonnière du feuillage des acacias, j'aperçois fugacement une longue queue recourbée vers le haut, et sa touffe noire finale qui me fait aussitôt penser à une mangouste ichneumon (herpestes ichneumon, egyptian mongoose). En effet, quelques minutes d'immobilisme plus tard, la voilà qui apparaît farfouillant un marais résiduel, puis remontant sur la digue. Apercevant enfin ma silhouette au milieu du chemin, elle s'enfonce dans la roselière de la plaine alluviale... Superbe ! Mais pas eu le temps de la photographier, dommage (cf. la 'preuve', ci-contre)...


Ci-dessus : une mangouste ichneumon s'enfonce dans les taillis d'acacias puis les roselières de la plaine alluviale / Photo par Frédéric Bacuez
Ci-dessous : herpestes ichneumon, dessin de Jean Chevallier (in Michel Le Berre, Faune du Sahara, Mammifères, ed. Raymond Chabaud-Lechevallier) / Courtesy Groupe d'Etude et de Recherches des Ecologistes Sahariens (GERES, http://geres-asso.org/index.html), Maroc

La mangouste ichneumon (herpestes ichneumon, egyptian/greater gray mongoose) est la plus grande des mangoustes d'Afrique - avec la mangouste à queue blanche. Plantigrade "à longues griffes peu recourbées et non rétractiles" (in Mammifères d'Afrique, par Haltenorth et Diller, cf. photos d'empreintes ci-après) c'est une mangouste encore plus basse sur pattes que d'autres espèces de même taille : l'effet reptilien de sa silhouette est accentué par l'aspect de son pelage, rustre, grisâtre, avec de longs poils tombant et couvrant presque jusqu'au sol les membres, le postérieur et la base de la queue. La queue, d'ailleurs, est un bon moyen pour l'identification, même furtive - comme ce jour... : fine et longue, elle s'achève par une touffe noirâtre comme un balai-brosse, très visible, et l'ensemble de la queue est recourbée vers le haut quand la mangouste se déplace. Cette queue lui sert même de leurre, de piège à oiseaux : on a vu l'ichneumon, immobile, camouflée et aplatie au sol, la queue s'agitant comme... un cobra !... On l'a même déjà observée faisant la 'chandelle' !!
Également présente au Maghreb et dans le sud de la péninsule ibérique, cette mangouste est une 'traqueuse' (ichneumon, en vieux grec) ubiquiste, ayant quelque préférence pour les brousses arborées comportant des points d'eau, les mattorals littoraux et les plaines inondables. Les marais ne lui font pas peur, elle nage aisément si elle y est contrainte - on l'a vu aussi pêcher. Se nourrissant de petits vertébrés (insectes, escargots, batraciens, oeufs et oiseaux jusqu'à la taille d'un francolin), la mangouste ichneumon, comme la mangue rayée, est un redoutable tueur de serpents mais aussi, à l'occasion, un dévastateur de poulaillers. Nocturne et diurne là où elle n'est pas trop dérangée - mais habituellement en chasse le matin et en fin d'après-midi, l'ichneumon est territoriale et utilise son aire comme un cadastre : mêmes chemins, mêmes latrines, comme la civette (cf. notule de 2009 07). Généralement solitaire, la mangouste ichneumon en famille se déplace véritablement à la queue leu leu, donnant l'impression d'un gigantesque serpent en mouvement ! J'ai de cette dernière particularité un souvenir magique de petit matin dans les marais de Kwilwooko (parc national Kaboré Tambi, Burkina Faso, cf. photo ci-dessous) d'une famille de six traversant comme d'un seul un marais de nénuphars presque asséché, dans le dos de mon ami qui m'accompagnait... A peine s'était-il retourné, la 'chenille' avait disparu !

Souvenirs...
Ci-dessous : l'habitat idéal des mangoustes ichneumon : une 'colonne' de six vient juste de traverser le bas-fond bientôt à sec, au petit matin.
1995 11 27, dans les marais de Fûguu-Konnrogo, parc national Kaboré Tambi
/ Photo par Frédéric Bacuez 









2009 09 30, des traces dans la plaine alluviale du fleuve Sénégal...


































Ci-contre : partout dans la plaine alluviale, des empreintes de mangoustes ichneumon, de varans du Nil (seconde photo en haut à gauche), de phacochère commun (première photo en haut à gauche et ci-dessus), et d'échassiers...
/ Photos par Frédéric Bacuez

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