" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

lundi 25 mai 2009

25, barbicans à poitrine rouge à Bango, la preuve !


* Bango, village et impasse Gustave Pelloux -
Ce 25 mai 2009 à Bango, Eddy Graeff a filmé un couple des barbicans à poitrine rouge (lybius dubius/bearded barbet) qui ont pris l'habitude de venir tambouriner aux vitres de sa maison. Ce comportement apparemment singulier se retrouve chez d'autres oiseaux comme les souïmangas à longue queue - chez les mâles en période nuptiale, ou tout simplement chez les moineaux domestiques (qui, dans mon jardin, ont les mêmes attitudes contre un miroir, mâles et femelles de concert !). La plupart du temps, à la différence des nectariniidae, à l'occasion insectivores, qui viennent facilement capturer les insectes aux vitres, les moineaux granivores et les barbus frugivores (barbion à front jaune, barbican de Vieillot et barbican à poitrine rouge) en veulent d'abord à leur reflet, avec force coups de bec ! Ces mâles surtout, dans toute leur splendeur territoriale, se prennent eux-mêmes pour des rivaux et autres intrus !

Voir la vidéo d'Eddy Graeff : http://www.youtube.com/watch?v=wbM-Q7j7BmM

EN RAPPEL (cf. rapports précédents du libellé 'barbican à poitrine rouge') : espèce endémique d'Afrique de l'Ouest (de l'extrême ouest centrafricain à la Sénégambie), le barbican à poitrine rouge vit en savane boisée entre les 10 et 15° N. Ses exigences en matière d'habitat en font un oiseau localisé, seulement (assez) commun là où cet insatiable frugivore peut trouver de grands arbres, et tout particulièrement des figuiers, des vergers -à papayers de préférence !-, des arbres vieux ou morts dans lesquels il recherche des excavations pour nicher (de mai à août), et la proximité de cours d'eau. Le nord sahélien ne lui offre pas ces biotopes. On ne s'étonnera pas que les (field)guides des oiseaux de la région ne le signalent jamais sous nos latitudes pré sahariennes; ni le Borrow/Demey, ni le Sinclair/Ryan, pas même le Barlow/Wacher ! La référentielle check list des Morel n'en a jamais vu trace au nord du 14.30° N du Sénégal...
Et pourtant : la première observation sahélienne du plus grand des capitonidés recensés en Sénégambie est faite en décembre 2004, 3 individus, à Bango (cf. http://www.africanbirdclub.org/countries/Senegal/news.html , "signifiant une extension de son aire de répartition vers le nord") ! Pour ma part, en 2008-2009 je l'ai observé (jusqu'à quatre ensemble) à plusieurs reprises chez Eddy Graeff (jardin abritant encore de vénérables prosopis, dans un quartier où subsistent aussi quelques ficus); je l'ai encore vu au coeur même du village, dans la cour de l'ami Aïdara, où le barbican, peu combatif, avait fort à faire avec des oiseaux autrement plus petits que lui, deux moineaux gris et un serin à croupion blanc qui tentaient de le déloger d'un trou à faible hauteur d'un badanier (cf. rapport de 2008 08 2).
Deux hypothèses : le barbican à poitrine rouge avait disparu de ses rares biotopes favorables en zone sahélienne, à la faveur du cycle de sécheresse débuté en 1969, pour y revenir à la fin des années 90 avec le retour d'un régime des moussons plus humide. Ou alors, l'oasis végétative de Bango aurait-elle permis la présence des oiseaux sans que personne ne s'en rende compte ? Peu probable au vu des couleurs et de la familiarité de ce barbican, et de l'ignorance de l'espèce par des Bangotins suffisamment en âge pour le (re)connaître...
Oiseau spectaculaire de par la couleur de son plumage, les mouvements particuliers de sa queue, la forme de ses yeux et la robustesse poilue de son gros bec, le barbican à poitrine rouge, comme tous les barbus, est du genre bruyant, en vol, même s'il est moins vocal que ses cousins de la région sahélienne, le barbican de Vieillot et le barbion à front jaune, dont les chants lancinants et monotones, portant loin, généralement joués en duo, font intrinsèquement partie des ambiances sonores des paysages d'Afrique... Tous les promeneurs de la savane les ont entendus, même sans les voir, chantant sans discontinuer à couvert de grands arbres; notamment en avril et mai.

Ci-dessous, 2008 10 12, jardin de la famille Graeff, impasse Gustave Pelloux, à Bango. Barbican à poitrine rouge à la fenêtre (cf. aussi rapport de 2008 09 12)...
/ Courtesy photos Eddy Graeff

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